Décryptage

Israël : ce qu'affirme Al Jazeera sur le choix de Herzog entre Eisenkot et Netanyahou

Al Jazeera affirme que le président Isaac Herzog a confié à Gadi Eisenkot, et non à Benjamin Netanyahou, la mission de former le prochain gouvernement israélien. Mais les deux articles du média, publiés à quelques heures d'intervalle le 7 novembre, montrent eux-mêmes qu'aucune majorité n'est acquise et que le processus n'en est qu'à son premier stade.

3 min de lecturePar la rédaction
Israël : ce qu'affirme Al Jazeera sur le choix de Herzog entre Eisenkot et Netanyahou
Photo : יהב טרודלר (Yahav Trudler - Yahav Studio‬‏) · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Deux articles d'Al Jazeera publiés le même jour racontent la même séquence : le président Herzog aurait tranché en faveur de Gadi Eisenkot plutôt que de Benjamin Netanyahou pour former le prochain gouvernement israélien. Le second article, publié en soirée, présente cette désignation comme actée. Le premier, publié le matin, décrivait encore la décision comme incertaine.

Ce qu'écrit Al Jazeera

Selon Al Jazeera, Herzog a notifié sa décision à Eisenkot samedi soir, avant une cérémonie officielle le lendemain. Le média présente ce choix comme devant mettre fin, selon ses mots, à « la longue présence de Netanyahou au pouvoir » (« Netanyahu's long tenure as prime minister »). Le même article qualifie, sans attribuer cette formule à une source précise, la guerre menée par Israël à Gaza de « guerre génocidaire » (« genocidal war on Gaza »).

Al Jazeera rappelle que lors des consultations menées par Herzog cette semaine, 67 députés sur 120 ont recommandé Eisenkot contre 46 pour Netanyahou, et que le bloc d'Eisenkot a remporté 48 sièges aux élections du 27 octobre contre 53 pour celui de Netanyahou, aucun des deux n'atteignant la majorité de 61 sièges.

Ce que disent les faits

Les chiffres cités par Al Jazeera montrent eux-mêmes la fragilité de la position d'Eisenkot. Sur les 67 recommandations qu'il a reçues, 19 proviennent des partis arabes, que l'ancien chef d'état-major a lui-même exclu de toute coalition. Sans ces voix, son soutien tombe sous celui de Netanyahou. Pour atteindre les 61 sièges nécessaires, Eisenkot doit encore convaincre les deux partis ultra-orthodoxes, Shas et Union de la Torah unifiée, alors que Shas a précisément apporté son soutien à Netanyahou le mercredi précédent, selon le premier article du média.

Ce même article précise que le recul de Netanyahou dans les recommandations tient en partie au retrait du soutien de l'Union de la Torah unifiée, en désaccord avec lui sur l'exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes, et non à un basculement en faveur d'Eisenkot. Herzog lui-même est cité estimant que les chiffres « peuvent sembler clairs », mais que « des vetos croisés entre les blocs et en leur sein » rendaient la situation incertaine.

Enfin, le mandat confié à Eisenkot ne constitue pas une nomination définitive au poste de premier ministre. Il dispose de 28 jours, prolongeables de 14, pour réunir une coalition d'au moins 61 sièges et obtenir la confiance de la Knesset. Al Jazeera cite un analyste, Nehru Jamhour, selon lequel l'issue la plus probable reste un blocage prolongé menant à de nouvelles élections, un scénario que Netanyahou, toujours premier ministre par intérim en cas d'échec, souhaiterait selon lui.

Ce qui n'est pas dit

La qualification de « guerre génocidaire » employée par Al Jazeera n'est attribuée, dans l'article, à aucune source, institution ou décision judiciaire. Elle est insérée dans un récit par ailleurs factuel sur la formation du gouvernement, sans rappel du contexte établi : la guerre à Gaza a commencé après l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023. Le même article précise par ailleurs que Gadi Eisenkot a siégé comme observateur au cabinet de guerre de Netanyahou durant les huit premiers mois de ce conflit, sans que le texte explique comment concilier cette participation avec le qualificatif employé.

Les articles ne mentionnent pas non plus que le rôle du président israélien reste procédural : Herzog désigne qui tente de former une coalition, il ne nomme pas le premier ministre. C'est la Knesset, par un vote de confiance, qui validera ou non le gouvernement proposé.

Prochaines étapes pour Herzog et Eisenkot

Selon le communiqué cité par Al Jazeera, la cérémonie de remise du mandat à Gadi Eisenkot devait se tenir le dimanche suivant l'annonce. Il dispose ensuite de 28 jours, prolongeables de 14, pour présenter une coalition réunissant au moins 61 députés devant la Knesset. En cas d'échec, un second candidat recevrait le même délai, puis un troisième pourrait être désigné par une majorité parlementaire pour 14 jours supplémentaires avant, faute d'accord, la dissolution de la Knesset et de nouvelles élections dans les 90 jours.

Questions fréquentes

Herzog a-t-il définitivement écarté Netanyahou du poste de premier ministre ?
Non. Herzog a confié à Eisenkot un mandat de 28 jours, prolongeable de 14, pour tenter de former une coalition. Le vote de confiance de la Knesset reste nécessaire, et un échec ramènerait Netanyahou au poste de premier ministre par intérim.
Eisenkot dispose-t-il d'une majorité stable à la Knesset ?
Non. Son bloc compte 48 sièges sur 120. Il a reçu 67 recommandations, mais 19 proviennent des partis arabes qu'il exclut de toute coalition, et il lui manque encore le soutien des partis ultra-orthodoxes pour atteindre 61 sièges.
Pourquoi Netanyahou a-t-il perdu des recommandations ?
Selon Al Jazeera, l'Union de la Torah unifiée a retiré son soutien en raison d'un désaccord sur l'exemption du service militaire pour les ultra-orthodoxes, et non parce que son électorat aurait basculé vers Eisenkot.

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