Sanctions européennes sur les implantations : des emplois palestiniens menacés

Des experts avertissent que les restrictions commerciales envisagées par plusieurs pays européens contre les entreprises israéliennes de Judée-Samarie risquent de frapper en premier lieu les travailleurs palestiniens qu'elles emploient. Londres, Paris et Ottawa ont annoncé des mesures visant les produits issus de ces zones industrielles, dans un contexte où le chômage côté palestinien avoisine déjà 30 %.

3 min de lecture5 vuesPar la rédaction
Sanctions européennes sur les implantations : des emplois palestiniens menacés
Photo : Illustration générée par IA

Plusieurs économistes et responsables interrogés par The Press Service of Israel (TPS-IL) mettent en garde contre un effet inverse à celui recherché par les gouvernements européens. En visant les entreprises israéliennes installées dans les territoires de Judée et Samarie, les restrictions commerciales pourraient priver des milliers de Palestiniens d'emplois bien rémunérés et accélérer le départ de populations déjà tentées par l'exil.

Des salaires deux fois supérieurs à ceux du marché local

Dans les zones industrielles israéliennes de la région, un ouvrier palestinien touche en moyenne près du double de ce que lui verserait un employeur palestinien. Un chef d'entreprise de la zone industrielle de Barkan, en Samarie, identifié sous le seul prénom de Zvika par crainte des campagnes de boycott, confie à TPS-IL que ses centaines de salariés palestiniens seraient les premiers touchés en cas de recul de son activité. Il assure leur garantir les mêmes conditions sociales qu'à ses employés israéliens, contre environ 20 % de ce salaire chez un employeur palestinien, sans certitude de retrouver un poste équivalent. Selon le Bureau central palestinien de la statistique, le salaire journalier moyen d'un Palestinien travaillant pour un employeur israélien atteignait 263,40 shekels (84,14 dollars) au deuxième trimestre 2026, contre 134,30 shekels (42,90 dollars) chez un employeur palestinien.

Un marché du travail déjà exsangue

La situation économique de l'Autorité palestinienne s'est fortement dégradée depuis 2023. L'Organisation internationale du travail évoque une contraction de 17,1 % du PIB réel entre le premier trimestre 2023 et le premier trimestre 2025, tandis que la Banque mondiale chiffre à 28 % la baisse cumulée du PIB de l'Autorité palestinienne et de Gaza en 2024, effaçant quinze ans de croissance. Le chômage est passé de 14 % (129 000 personnes) fin 2023 à un pic de 29,5 % (294 000 personnes) début 2026, avant de redescendre légèrement à 27,9 % (284 000 personnes). Dans le même temps, le nombre de Palestiniens employés par des entreprises israéliennes a progressé, atteignant 53 000 au deuxième trimestre 2026, dont 17 600 dans des localités juives de Judée et Samarie et plus de 35 000 à l'intérieur de la ligne d'armistice de 1967. Un rapport du Jerusalem Center for Security and Foreign Affairs, signé par l'ancien ambassadeur Alan Baker et Maurice Hirsch, estime que la révocation éventuelle de permis de travail, en réponse aux sanctions britanniques, pourrait faire grimper le taux de chômage jusqu'à 34 %. Hirsch dénonce ce qu'il appelle une « hypocrisie délirante » des capitales européennes, qu'il juge prêtes à accueillir des réfugiés syriens mais réticentes envers les Palestiniens.

Londres, Paris et Ottawa en première ligne

L'Union européenne reste divisée sur la marche à suivre depuis l'avis de la Cour internationale de justice de 2024. L'Allemagne, l'Autriche, la Hongrie et la République tchèque s'opposent à une interdiction commerciale globale, tandis que la Commission européenne a présenté en juillet 2026 plusieurs pistes aux ministres du Commerce : licences d'exportation spécifiques, hausse des droits de douane ou interdiction partielle. Faute de consensus, le Royaume-Uni a annoncé en septembre 2026 son intention d'interdire les importations issues des localités juives de Judée et Samarie, avec une législation attendue sous six à neuf mois, tout en saluant des mesures déjà engagées par l'Irlande, l'Espagne, la Norvège, la Belgique et les Pays-Bas. La France et le Canada ont annoncé des intentions similaires. Le dossier reste suspendu aux textes législatifs britanniques et aux arbitrages à venir au niveau européen.

Questions fréquentes

Combien de Palestiniens travaillent pour des employeurs israéliens ?
Environ 53 000 au deuxième trimestre 2026, dont 17 600 dans des localités israéliennes de Judée et Samarie et plus de 35 000 à l'intérieur de la ligne verte, selon le Bureau central palestinien de la statistique.
Quel est l'écart de salaire entre employeurs israéliens et palestiniens ?
Le salaire journalier moyen est de 263,40 shekels chez un employeur israélien contre 134,30 shekels chez un employeur palestinien, soit presque le double.
Quels pays ont déjà annoncé des restrictions commerciales ?
Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé des mesures nationales, tandis que l'Irlande, l'Espagne, la Norvège, la Belgique et les Pays-Bas ont déjà engagé des dispositions similaires.

Dossier Judée et Samarie

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