Netanyahu à Abou Dabi : une réunion secrète à dix pays pour resserrer les alliances régionales

Le Premier ministre israélien s'est rendu sans préavis aux Émirats arabes unis le 27 septembre pour rencontrer le président Mohammed ben Zayed. Une réunion multilatérale discrète a ensuite rassemblé à Abou Dabi des représentants d'Israël, des Émirats et de huit autres pays, dont l'Arabie saoudite et les États-Unis, sur fond de tensions croissantes avec l'Iran et les Houthis au Yémen.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction
Netanyahu à Abou Dabi : une réunion secrète à dix pays pour resserrer les alliances régionales
Photo : Illustration générée par IA

Benjamin Netanyahou a effectué le 27 septembre une visite non annoncée à Abou Dabi pour s'entretenir avec le président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Le lendemain, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhan, se rendait à Washington pour rencontrer le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Ces deux déplacements, survenus à vingt-quatre heures d'intervalle, replacent le Golfe au centre d'une crise sécuritaire régionale de plus en plus imbriquée, entre tensions avec l'Iran, reprise des combats au Yémen et renforcement de la coordination militaire autour de l'Arabie saoudite.

Une réunion secrète à dix pays autour de la table

Selon des sources émiraties citées par JForum, une réunion diplomatique s'est tenue à Abou Dabi réunissant Israël, les Émirats arabes unis et huit autres pays : l'Arabie saoudite, les États-Unis, le Maroc, le Koweït, Bahreïn, la Libye, Oman et l'Égypte. Les délégations israélienne et émiratie se seraient d'abord entretenues seules, avant d'être rejointes par les autres participants. Cette séquence traduit une volonté de dialogue multilatéral dans une région marquée par des tensions persistantes, au-delà des accords bilatéraux déjà conclus dans le cadre des accords d'Abraham.

La présence libyenne retient l'attention. Saddam Haftar, fils du commandant Khalifa Haftar et figure influente de l'est libyen, a rencontré officiellement le vice-président émirati Mansour ben Zayed le 25 septembre. Des informations non confirmées indiquent qu'il aurait également rencontré Benjamin Netanyahou lors de ce déplacement. Selon un ancien conseiller de Khalifa Haftar, Saddam Haftar chercherait un soutien israélien pour ses ambitions présidentielles en Libye.

Les dessous diplomatiques du voyage de Netanyahou

La rencontre entre Netanyahou et Mohammed ben Zayed reste difficile à interpréter : aucun des deux gouvernements n'a communiqué de compte rendu détaillé. Reuters a confirmé la rencontre via un haut responsable israélien. Elle intervient alors qu'un rapport de Haaretz allègue que le président émirati aurait averti Netanyahou avant l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, une affirmation que le Premier ministre israélien dément. Pour le général de réserve Giora Eiland, ancien chef du Conseil de sécurité nationale israélien, ce voyage pourrait répondre à un objectif de politique intérieure : obtenir d'Abou Dabi un démenti officiel de cette allégation, démenti qui, selon lui, n'est pas venu.

Vers une coordination sécuritaire élargie

La visite du prince Fayçal à Washington s'inscrit dans un contexte militaire plus immédiat. Selon Reuters, le prince héritier Mohammed ben Salmane avait sollicité une assistance militaire directe des États-Unis contre les Houthis. Washington a refusé de mener des frappes mais a accepté de fournir un appui en renseignement et en ciblage. Le 25 septembre, les chefs d'état-major saoudien, pakistanais et turc s'étaient déjà réunis à Riyad dans le cadre de l'accord de défense conjointe de La Mecque, pour renforcer la coopération en matière de renseignement et de coordination militaire.

Selon Eiland, Israël partage avec les Émirats une même lecture de la menace iranienne et privilégie, aux côtés de Washington, le maintien de la pression économique sur Téhéran plutôt qu'une nouvelle offensive militaire. Il juge en revanche improbable qu'Israël s'implique activement dans un conflit saoudo-houthiste, sauf en cas d'attaque directe contre le territoire israélien. Pour Cyril Widdershoven, conseiller chez Blue Water Strategy, rien n'indique à ce stade qu'une offensive régionale coordonnée ait été décidée : les éléments disponibles montrent une intensification de la diplomatie et des préparatifs défensifs, pas le lancement d'une opération commune.

Questions fréquentes

Qui a participé à la réunion secrète d'Abou Dabi ?
Israël, les Émirats arabes unis, l'Arabie saoudite, les États-Unis, le Maroc, le Koweït, Bahreïn, la Libye, Oman et l'Égypte, selon des sources émiraties citées par JForum.
Pourquoi Netanyahou s'est-il rendu à Abou Dabi ?
Officiellement pour rencontrer le président Mohammed ben Zayed sur la sécurité régionale ; selon le général Giora Eiland, un objectif politique intérieur, obtenir un démenti émirati sur l'affaire du 7 octobre, aurait aussi motivé ce déplacement.
Israël va-t-il s'impliquer militairement contre les Houthis ?
Selon Giora Eiland, Israël n'envisage pas de rôle actif dans un conflit saoudo-houthiste, sauf en cas d'attaque directe contre son territoire.

Dossiers Iran · Accords d'Abraham

Commentaires

    À lire aussi

    Tentative de détournement d'un vol Flydubai : des passagers israéliens déjouent le drame
    Les PRO

    Tentative de détournement d'un vol Flydubai : des passagers israéliens déjouent le drame

    Nucléaire iranien : Netanyahou informe le président des Émirats des dernières avancées de Téhéran
    Les PRO

    Nucléaire iranien : Netanyahou informe le président des Émirats des dernières avancées de Téhéran

    Netanyahou en visite secrète à Abou Dhabi pour un démenti sur l'alerte du 7-Octobre
    Les PRO

    Netanyahou aux Émirats : Abou Dhabi confirme pour la première fois une visite, élargie à un sommet régional sur l'Iran