Netanyahou poursuit Haaretz, Ynet et Channel 12 pour diffamation avant le 7 octobre
Benjamin Netanyahou a déposé mardi plusieurs plaintes en diffamation devant le tribunal de district de Jérusalem contre Haaretz, Yedioth Aharonot, Ynet et Channel 12, ainsi que contre six journalistes. Il réclame au moins 2,6 millions de shekels après la publication de récits affirmant qu'il aurait reçu, avant l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, des avertissements des Émirats arabes unis et d'Égypte qu'il n'aurait pas transmis aux responsables sécuritaires. Le Premier ministre dément formellement ces versions, à moins d'un mois des élections législatives du 27 octobre.

Benjamin Netanyahou a annoncé mardi le dépôt de plusieurs plaintes en diffamation contre trois groupes de médias israéliens et six journalistes, qu'il accuse d'avoir propagé de « purs mensonges » à l'approche des élections. « Les Émirats l'ont démenti, les Égyptiens l'ont démenti : c'est un mensonge absolu », a-t-il déclaré, selon IsraelValley, en accusant également ses adversaires politiques et des « acteurs étrangers hostiles » de vouloir faire tomber son gouvernement.
Les récits contestés sur les avertissements de 2023
La procédure vise en premier lieu une enquête publiée le 8 septembre par Haaretz, tirée du livre Hostages: 843 Days of Abandonment des journalistes Shlomi Eldar et Ruth Yuval. Selon ce récit, le président émirati Mohammed ben Zayed aurait averti Benjamin Netanyahou, fin septembre 2023, lors d'un appel d'environ 45 minutes, que Yahya Sinwar préparait une opération majeure, sans que le Premier ministre n'en informe le ministre de la Défense, le chef d'état-major, ni les directeurs du Shin Bet et du Mossad. Selon la plainte, les archives du bureau du Premier ministre ne contiennent aucune trace d'un contact direct avec Mohammed ben Zayed entre le 1er septembre et le 7 octobre 2023.
La plainte cible aussi un article de Ynet, repris du Wall Street Journal, selon lequel l'ancien chef du renseignement égyptien Abbas Kamel aurait téléphoné à Netanyahou début octobre 2023 pour évoquer une attaque imminente depuis Gaza. D'autres récits évoquent une visite discrète de Kamel en Israël le 26 septembre, sans établir publiquement qui il avait rencontré. Netanyahou dément toute communication avec Kamel durant cette période. Le ministère émirati des Affaires étrangères a pour sa part indiqué ne pas commenter « les récits médiatiques ou les spéculations concernant les conversations entre dirigeants », tout en précisant que des canaux directs existent entre Jérusalem et Abou Dhabi.
Une plainte de 2,6 millions de shekels sans preuve de préjudice
Déposée devant le tribunal de district de Jérusalem, la plainte nomme Haaretz, Yedioth Aharonot, Ynet et Channel 12, ainsi que les journalistes Shlomi Eldar, Ruth Yuval, Uri Misgav, Nadav Eyal, Barak Ravid et Attila Somfalvi. Netanyahou réclame au moins 2,6 millions de shekels, sans avoir à prouver un préjudice financier précis, arguant que les publications se sont multipliées sur plusieurs supports avec, selon lui, l'intention de nuire. Haaretz avait déjà rejeté une précédente mise en demeure exigeant un retrait, des excuses et un million de shekels, affirmant que son enquête reposait sur un travail journalistique approfondi d'intérêt public et qu'il la défendrait devant les tribunaux. Les défendeurs disposent de 60 jours après notification pour déposer leurs conclusions.
Un contentieux qui s'invite dans la campagne électorale
Ces plaintes surviennent alors que Netanyahou a repoussé, depuis 2023, la création d'une commission d'enquête d'État sur les défaillances ayant précédé le 7 octobre, préférant un autre mécanisme dont la composition resterait fixée par les responsables politiques. Selon une analyse du Jerusalem Post, cette absence de commission n'a pas éteint les questions : elles ressurgissent désormais par voie de presse et d'affrontements publics, notamment avec l'ancien chef du Shin Bet Ronen Bar, qui accuse Netanyahou d'avoir été informé de signaux d'alerte la nuit précédant l'attaque, ce que le Premier ministre conteste à son tour. Dans une tribune pour JNS, la chroniqueuse Ruthie Blum dénonce de son côté une tentative de l'opposition de réécrire l'histoire à l'approche du scrutin, rappelant que des observatrices de Tsahal postées à la frontière de Gaza avaient signalé en vain des exercices suspects du Hamas avant l'attaque. L'issue judiciaire de ces plaintes, comme celle des élections législatives du 27 octobre, devrait éclairer durablement ce qui s'est réellement joué avant le 7 octobre 2023.
Questions fréquentes
- Combien Benjamin Netanyahou réclame-t-il dans ces plaintes ?
- Au moins 2,6 millions de shekels, sans obligation de prouver un préjudice financier précis, selon la plainte déposée au tribunal de district de Jérusalem.
- Quels médias et journalistes sont visés ?
- Haaretz, Yedioth Aharonot, Ynet et Channel 12, ainsi que les journalistes Shlomi Eldar, Ruth Yuval, Uri Misgav, Nadav Eyal, Barak Ravid et Attila Somfalvi.
- Que répondent les Émirats arabes unis et l'Égypte ?
- Abou Dhabi n'a pas confirmé l'appel allégué, évoquant seulement l'existence de canaux directs avec Israël ; Netanyahou affirme que les deux pays ont démenti tout avertissement.
Dossier Le 7 octobre et les otages



