Midterms américains : la fracture sur Israël s'invite dans la bataille du Congrès
Les Américains votent mardi pour renouveler l'intégralité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, dans un scrutin où les sondages donnent les Démocrates favoris. Au-delà du sort de Donald Trump, plusieurs candidats progressistes critiques d'Israël pourraient entrer au Congrès, relançant le débat sur l'avenir du soutien américain à l'État hébreu.

Le président Donald Trump affronte mardi son premier test électoral depuis son retour à la Maison-Blanche. Les Républicains défendent une majorité étroite à la Chambre des représentants et un avantage de 53 sièges contre 47 au Sénat. Pour Israël, l'enjeu dépasse la seule arithmétique partisane : plusieurs candidats démocrates, qui accusent Israël de commettre un génocide à Gaza et réclament la fin de l'aide militaire américaine, ont une chance réelle de rejoindre le Congrès.
Une majorité démocrate jugée probable, le Sénat plus incertain
Selon Harry Enten, analyste en chef de CNN, les Démocrates disposaient à la veille du vote de 92 % de chances de remporter la Chambre et de 71 % de chances de s'emparer du Sénat, avec une projection de 237 sièges contre 198 pour les Républicains à la Chambre. Le réseau Fox News évaluait de son côté à 223 le nombre de sièges acquis ou favorables aux Démocrates à la Chambre, suffisant pour la majorité, tandis que sept sièges sénatoriaux restaient disputés selon le Cook Political Report : Alaska, Iowa, Kansas, Maine, Michigan, Ohio et Texas. L'histoire électorale américaine rappelle que le parti du président sortant a perdu des sièges à la Chambre lors de 20 des 23 élections de mi-mandat organisées depuis 1934, avec une moyenne de 27 sièges perdus. Trump lui-même avait déjà perdu la Chambre en 2018, tout en conservant le Sénat.
Le Michigan, épicentre de la fracture démocrate sur Israël
Dans le Michigan, la course au Sénat a cristallisé les tensions. Deux jours avant le scrutin, la représentante démocrate Haley Stevens a annoncé qu'elle soutiendrait le candidat républicain Mike Rogers plutôt que le nominé de son propre parti, Abdul El-Sayed. Stevens, considérée comme une alliée résolue d'Israël, a dénoncé une publicité d'un groupe indépendant soutenant El-Sayed, qui reliait le coût de la vie aux aides américaines à Israël, et a réclamé qu'il s'en désolidarise et clarifie ses déclarations passées sur l'État hébreu. El-Sayed a affirmé que sa campagne n'était pas à l'origine de cette publicité et a dit la désapprouver. Interrogé lundi sur CBS quant au droit d'Israël à exister, il a répondu « oui, si un accord commun... », une réponse conditionnée qui contraste avec son soutien sans réserve au droit des Palestiniens à un État. Selon le New York Times et l'université de Siena, El-Sayed devançait Rogers de 53 % à 42 % avant l'annonce de Stevens, dont l'effet sur le vote reste incertain.
Une nouvelle génération progressiste proche du Congrès
Plusieurs candidats devraient entrer au Congrès depuis des circonscriptions acquises aux Démocrates, avec des positions allant au-delà de la critique du gouvernement Netanyahou : arrêt des livraisons d'armes, conditionnement de l'aide sécuritaire, sanctions, voire soutien au boycott. Brad Lander, ancien contrôleur financier de New York et juif se définissant comme sioniste libéral, a été brièvement interpellé le mois dernier lors d'une cueillette d'olives organisée avec des Palestiniens et des Rabbins pour les droits de l'homme à Nahalin, en Judée et Samarie ; Tsahal a indiqué que l'activité se déroulait dans une zone nécessitant une coordination sécuritaire préalable, ce que les organisateurs contestent. Le ministère israélien des Affaires étrangères a dénoncé une provocation politique. D'autres figures, comme Donavan McKinney dans le Michigan, Darializa Avila Chevalier à New York ou le médecin Adam Hamawy dans le New Jersey, réclament également la fin de l'aide militaire. Selon Axios, certains d'entre eux discutent de former un groupe informel surnommé « The Bloc », susceptible de rejoindre les sept élus déjà associés au « Squad », dont Alexandria Ocasio-Cortez et Rashida Tlaib.
Ce que Jérusalem surveille après le vote
Un éditorial du Jerusalem Post souligne que le soutien à Israël reste divisé selon les générations plus que selon les seuls partis : le Pew Research Center relevait en avril que 80 % des Démocrates avaient une opinion défavorable d'Israël, contre 53 % en 2022, et que 57 % des Républicains de moins de 50 ans partageaient ce sentiment. Les résultats, attendus dans la nuit de mardi à mercredi, détermineront si Trump doit composer avec un Congrès hostile pour la seconde moitié de son mandat, et si de nouvelles propositions législatives visant à restreindre l'aide militaire à Israël trouveront une majorité à la Chambre.
Questions fréquentes
- Quels sièges sont renouvelés lors de ces midterms ?
- Les 435 sièges de la Chambre des représentants, 35 des 100 sièges du Sénat, ainsi que des postes de gouverneurs dans 36 États.
- Pourquoi la course du Michigan est-elle scrutée de près par les pro-israéliens ?
- Parce que la représentante démocrate Haley Stevens a préféré soutenir le candidat républicain Mike Rogers plutôt que le nominé démocrate Abdul El-Sayed, accusé d'être trop critique envers Israël.
- Qu'est-ce que "The Bloc" évoqué par Axios ?
- Un groupe informel que plusieurs candidats démocrates progressistes, critiques de l'aide militaire à Israël, envisageraient de former au Congrès pour peser sur la ligne du parti.



