Iran et États-Unis renouent le dialogue indirect à New York, sans changement de position affiché
Les États-Unis et l'Iran ont mené mercredi leurs premiers échanges depuis des mois, par l'intermédiaire de médiateurs, en marge de l'Assemblée générale de l'ONU à New York. Aucune des deux parties n'a annoncé d'évolution de fond, mais Washington évoque une dynamique favorable à un accord.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi et les envoyés américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont communiqué par l'intermédiaire de médiateurs, mercredi, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York. Il s'agit du premier contact de ce type depuis l'effondrement, en juillet, d'un cessez-le-feu intérimaire entre les deux pays.
Des pourparlers indirects sous médiation qatarie
Selon le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, Téhéran a transmis ses conditions à Washington par l'entremise du Qatar, notamment l'arrêt de la guerre sur tous les fronts et la fin des « actes d'agression » américains. Araghchi a rencontré le Premier ministre qatari, cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, qui joue depuis plusieurs mois un rôle de médiateur central entre Téhéran et Washington. Des médias d'État iraniens avaient d'abord évoqué une rencontre directe entre Araghchi et Witkoff, une information démentie par des responsables iraniens auprès de Reuters, qui ont précisé qu'aucun face-à-face n'avait eu lieu.
Donald Trump a qualifié la rencontre de « très productive », tout en rappelant qu'il s'agissait uniquement de contacts avec des médiateurs. « Il y a beaucoup d'élan pour parvenir à un accord. C'est ce que nous entendons de tous les côtés », a-t-il déclaré. Plus tôt dans la journée, le président américain avait affirmé devant l'Assemblée générale devoir choisir entre conclure un accord avec l'Iran ou « annihiler » le pays.
Le détroit d'Ormuz, pierre d'achoppement persistante
Un accord intérimaire signé en juin par Trump et le président iranien Masoud Pezeshkian prévoyait la levée de sanctions financières et le dégel d'avoirs iraniens en échange de négociations sur le programme nucléaire de Téhéran. Ce texte s'est effondré en quelques semaines sur la question des règles de navigation dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial. L'Iran souhaite exercer un contrôle accru sur ce passage et percevoir des droits sur les navires qui l'empruntent, une exigence rejetée par Washington.
Depuis la rupture des discussions en juillet, les deux camps ont échangé des tirs à plusieurs reprises, Trump ayant toutefois renoncé à une reprise massive des frappes après avoir été averti par ses commandants militaires d'une baisse des stocks de munitions. Washington a par ailleurs imposé un blocus sur les ports iraniens, aggravant la crise économique du pays. Des responsables iraniens affirment être prêts à supporter ce blocus tant que le détroit d'Ormuz ne sera pas rouvert selon leurs conditions.
Une région sous tension, entre pétrole et Houthis
Malgré des attaques quasi quotidiennes contre des pétroliers, le trafic dans le détroit d'Ormuz a progressivement augmenté. Les Émirats arabes unis ont retrouvé leurs niveaux d'exportation d'avant-guerre et l'Arabie saoudite a vendu 60 millions de barils destinés à être livrés au-delà du détroit. Le risque de nouvelles perturbations s'est toutefois accru depuis l'avancée, ce mois-ci, des Houthis soutenus par l'Iran au Yémen, qui menacent le trafic dans le détroit de Bab-el-Mandeb, route alternative utilisée par l'Arabie saoudite. Cette ouverture diplomatique a néanmoins contribué à maintenir les cours du Brent près de leurs plus bas niveaux en deux semaines, sous le seuil des 100 dollars le baril.
En Israël, certains commentateurs jugent la démarche américaine trop conciliante. Dans sa chronique matinale, l'éditorialiste Avraham Azoulay estime que Téhéran ne « présente » pas ses conditions mais les « dicte », et qualifie de « mascarade » le grand théâtre diplomatique observé à New York, tout en rappelant les menaces répétées de Trump de frapper le site nucléaire souterrain du mont Pickaxe en cas de reprise d'activité.
Trump a réitéré son pronostic selon lequel la guerre pourrait prendre fin autour des élections de mi-mandat américaines de novembre, sans en préciser les raisons. Aucune date n'a été annoncée pour de nouveaux pourparlers entre Washington et Téhéran.
Questions fréquentes
- Les responsables américains et iraniens se sont-ils rencontrés en personne ?
- Non. Selon des responsables iraniens cités par Reuters, les échanges se sont faits par l'intermédiaire de médiateurs, notamment le Qatar, malgré des informations initiales de médias d'État iraniens évoquant une rencontre directe.
- Pourquoi l'accord intérimaire de juin a-t-il échoué ?
- Il s'est effondré sur la question du détroit d'Ormuz : l'Iran veut en contrôler l'accès et taxer les navires, ce que Washington refuse.
- Quel est l'impact sur les marchés pétroliers ?
- L'annonce de ces contacts a contribué à maintenir le Brent près de ses plus bas niveaux en deux semaines, sous les 100 dollars le baril, malgré les tensions persistantes liées aux Houthis.
Sources : The Jerusalem Post, Tribune Juive




