Film NAZA : Tsahal détaille sa réponse, The Guardian maintient ses accusations

Tsahal a publié jeudi une réponse de dix pages aux accusations du documentaire NAZA, après avoir enfin visionné le film lors d'une projection à Bologne. L'armée dénonce des « erreurs factuelles fondamentales » et affirme avoir identifié dix habitants de Gaza présentés comme journalistes mais liés selon elle au Hamas ou au Jihad islamique. The Guardian, producteur du film, maintient intégralement ses accusations.

3 min de lecture198 vuesPar la rédaction
Film NAZA : Tsahal rejette les accusations sur sa riposte à Gaza
Photo : Illustration générée par IA

Tsahal a livré jeudi sa réponse la plus complète aux accusations portées par le documentaire NAZA, après avoir pu visionner l'intégralité du film lors d'une projection publique à Bologne, en Italie. L'armée n'avait auparavant réagi qu'à des extraits et à des éléments rendus publics, faute d'avoir reçu une copie malgré sa demande. Son document de dix pages reprend et développe point par point la réfutation déjà annoncée plus tôt dans la semaine.

Les accusations maintenues par le documentaire

Le film, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor et produit par The Guardian, s'appuie sur les témoignages de 24 militaires et agents du renseignement israéliens, principalement affectés à des fonctions de renseignement. Il évoque une frappe dont le bilan attendu aurait atteint 500 civils, des seuils tolérés de 200 morts pour viser un cadre du Hamas et de 20 pour un opérant de rang inférieur, ainsi qu'un recours à l'intelligence artificielle, via le système Lavender, qui aurait favorisé l'efficacité du ciblage au détriment de la protection des civils. Le titre du film reprend l'acronyme hébreu de « dommage collatéral ». L'œuvre a reçu le prix spécial du jury au dernier festival de Venise.

La réfutation détaillée de Tsahal

L'armée dément avoir jamais planifié, approuvé ou mené une frappe où 500 civils, ou un nombre proche, étaient attendus comme victimes. Elle affirme aussi qu'aucun seuil automatique de 200 ou 20 pertes civiles n'a jamais existé : selon Tsahal, le film confond des seuils nécessitant l'aval de commandants plus gradés, qui pouvaient aussi rejeter l'opération, avec une autorisation fixe de tuer un nombre donné de civils. L'armée précise que les seuils réels étaient « bien plus bas », sans les chiffrer. Sur Lavender, elle répète qu'il s'agit d'une base de données croisant des renseignements sur des membres de groupes armés, et non d'une liste de cibles approuvées : « L'intelligence artificielle ne détermine ni si un objet ou une personne est désigné comme cible, ni si une cible est frappée », affirme Tsahal, insistant sur le rôle des analystes et des commandants.

L'armée reconnaît en revanche que plusieurs incidents impliquant des pertes civiles près de sites de distribution d'aide humanitaire ont donné lieu à des réexamens opérationnels et à des changements de consignes. Elle conteste cependant avoir autorisé des tirs indiscriminés contre des civils sur ces sites, affirmant que les soldats n'étaient habilités à tirer que sur des combattants ou des individus représentant une menace immédiate. Elle rejette aussi l'idée qu'un ordre d'évacuation change le statut d'un civil : chaque frappe exigerait toujours l'identification d'une cible militaire et une évaluation de proportionnalité distincte.

Tsahal reproche enfin au film de s'appuyer sur des témoins qui ne décrivent que des « étapes initiales et limitées » du processus de ciblage, sans connaître les décisions prises ensuite par les planificateurs opérationnels, les juristes et les commandants habilités à approuver ou refuser une frappe. Dans un développement distinct, l'armée affirme avoir identifié dix habitants de Gaza tués pendant la guerre et présentés dans les médias comme journalistes, qu'elle dit liés aux branches armées du Hamas ou du Jihad islamique palestinien, l'un d'eux ayant selon elle participé à l'attaque du 7 octobre. Un site dédié doit centraliser les documents à leur sujet.

La réplique du Guardian et la suite judiciaire

The Guardian affirme « soutenir pleinement » le film, fruit selon le quotidien britannique de trois années d'enquête et de plus de cent sources, dont des commandants supérieurs ayant eux-mêmes autorisé des frappes. Le journal rejette l'idée que les intervenants ne soient que des officiers subalternes cantonnés aux premières étapes du ciblage, et affirme que le New York Times, le Washington Post et l'Associated Press ont confirmé l'usage de systèmes pilotés par l'intelligence artificielle et l'assouplissement de certaines garanties. Les réalisateurs n'ont pas répondu aux sollicitations sur une éventuelle transmission préalable de leurs accusations à Tsahal.

Le même jour, la Haute Cour de justice a levé l'interdiction de publication protégeant l'identité du lieutenant-colonel Aryeh Amidror, officier du renseignement de la division de Gaza au matin du 7 octobre 2023, fils de l'ancien chef du Conseil de sécurité nationale Yaakov Amidror. Selon des éléments déjà connus, il avait écarté le scénario d'une attaque de grande ampleur, pourtant mis en œuvre tel quel ce jour-là, malgré les alertes répétées d'une sous-officière de l'unité 8200. Ce dossier reste, séparément, en cours de développement devant les instances compétentes.

Questions fréquentes

Que reproche Tsahal au documentaire NAZA ?
L'armée dénonce des erreurs factuelles sur les seuils de pertes civiles tolérées, une mauvaise interprétation du système Lavender et l'omission du contexte du 7 octobre.
The Guardian a-t-il répondu à Tsahal ?
Oui, le journal affirme soutenir pleinement le film, qu'il dit fondé sur trois ans d'enquête et plus de cent sources, dont des commandants ayant autorisé des frappes.
Qui est Aryeh Amidror ?
L'officier du renseignement de la division de Gaza en poste le 7 octobre 2023, dont l'identité a été dévoilée le même jour par la Haute Cour de justice.

Dossier Gaza et le Hamas

Commentaires

    À lire aussi

    NAZA : des cinéastes israéliens répliquent avec un contre-documentaire après Venise
    Les PRO

    NAZA : des cinéastes israéliens répliquent avec un contre-documentaire après Venise

    New York : le documentaire « NAZA » sur Gaza provoque des manifestations à sa première américaine
    Les PRO

    New York : le documentaire « NAZA » sur Gaza provoque des manifestations à sa première américaine

    Le film NAZA sur Gaza divise Israël après l'ovation de Venise et la tribune d'un ex-otage
    Les PRO

    Le film NAZA sur Gaza divise Israël après l'ovation de Venise et la tribune d'un ex-otage

    Tsahal élimine le commandant de la brigade de Rafah du Hamas
    Les PRO

    Tsahal élimine le commandant de la brigade de Rafah du Hamas