Attentat de l'AMIA : la justice argentine ordonne le procès de huit suspects
La justice argentine a formellement inculpé sept ressortissants iraniens et un Libanais pour l'attentat de 1994 contre le centre communautaire juif AMIA de Buenos Aires, qui avait fait 85 morts. Le juge fédéral Daniel Rafecas a ordonné leur procès par contumace, une première dans l'histoire judiciaire argentine.

Trente-deux ans après l'attentat le plus meurtrier jamais commis en Argentine, la justice du pays franchit une étape décisive. Le juge fédéral Daniel Rafecas a signé lundi une décision de 648 pages ordonnant le procès de huit suspects pour leur rôle présumé dans l'attentat du 18 juillet 1994 contre le centre communautaire juif AMIA de Buenos Aires, qui avait tué 85 personnes et blessé plus de 300 autres.
Les faits retenus contre les huit suspects
Parmi les inculpés figurent deux responsables toujours en fonction au sommet de l'appareil sécuritaire iranien : Ahmad Vahidi, actuel commandant en chef des Gardiens de la révolution, et Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien. Sont également poursuivis l'ancien ministre du Renseignement Ali Fallahian, l'ancien ministre des Affaires étrangères Ali Akbar Velayati, l'ancien diplomate Hadi Soleimanpour, l'ancien attaché culturel à Buenos Aires Mohsen Rabbani, l'ancien fonctionnaire d'ambassade Ahmad Reza Asghari, ainsi que Salman Raouf Salman, alias Samuel Salman El Reda, présenté comme un opérateur du Hezbollah.
Le juge Rafecas les inculpe d'homicides et de blessures aggravés par un mobile raciste ou religieux. Il qualifie l'attentat de l'AMIA à la fois de crime contre l'humanité et de génocide, et ordonne le gel des avoirs de chaque suspect à hauteur de 500 millions de dollars. La décision évoque aussi un possible lien avec l'attentat de 1992 contre l'ambassade d'Israël à Buenos Aires, qui avait fait 22 morts.
Ce processus s'appuie sur une loi argentine de 2025 permettant de juger par contumace les auteurs présumés de terrorisme ou de crimes contre l'humanité lorsqu'ils se soustraient délibérément à la justice. La cour d'appel fédérale a validé à l'unanimité, lundi également, la constitutionnalité de son application à l'affaire AMIA. L'Iran a toujours refusé d'extrader les suspects réclamés par Buenos Aires.
Les réactions en Argentine et en Israël
Le président argentin Javier Milei, connu pour ses positions pro-israéliennes, a évoqué cette procédure mercredi devant l'Assemblée générale des Nations unies, l'inscrivant dans le cadre de la menace qu'il attribue à l'Iran envers l'Occident. « Nous nous sommes alignés sans équivoque sur l'Occident, sur les États-Unis et sur Israël », a-t-il déclaré, rappelant que son gouvernement a désigné les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste et continue de réclamer justice pour les deux attentats commis sur le sol argentin en 1992 et 1994. Sur X, il a salué la décision d'un « la morale comme politique d'État ».
Le ministre argentin de la Justice, Juan Bautista Mahiques, a qualifié la décision de « jalon dans la lutte contre l'impunité » et d'« étape historique en faveur des 85 victimes, de leurs familles et de toute la société argentine ». L'ambassadeur d'Argentine en Israël, Axel Wahnish, a évoqué « un moment de justice » après trois décennies d'inaction, opposant les mémorandums signés par d'anciens gouvernements avec l'Iran à l'accord conclu par l'exécutif actuel avec Israël. Les organisations juives DAIA et AMIA ont toutes deux salué une avancée historique, la DAIA parlant d'un « pas majeur vers la vérité et la justice ».
La suite de la procédure
Aucune date n'a encore été fixée pour l'ouverture du procès, mais des experts cités par la presse argentine l'anticipent pour l'année prochaine. Il s'agirait du tout premier procès par contumace de l'histoire judiciaire argentine, un mécanisme censé permettre, après plus de trente ans de blocages et de scandales de corruption, d'aboutir enfin à un jugement dans l'affaire la plus sanglante jamais jugée dans le pays.
Questions fréquentes
- Qui sont les huit suspects inculpés dans l'affaire AMIA ?
- Sept Iraniens, dont Ahmad Vahidi, actuel commandant des Gardiens de la révolution, et Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, ainsi qu'un ressortissant libanais présenté comme opérateur du Hezbollah, Salman Raouf Salman.
- Qu'est-ce qu'un procès par contumace en Argentine ?
- Une procédure introduite par une loi de 2025 qui permet de juger des accusés de terrorisme ou de crimes contre l'humanité en leur absence, lorsqu'ils se soustraient délibérément à la justice argentine.
- Quand le procès de l'affaire AMIA doit-il débuter ?
- Aucune date n'a encore été fixée, mais des experts cités par la presse argentine estiment qu'il pourrait s'ouvrir l'année prochaine.
Sources : The Jerusalem Post, JTA, JNS, JNS




