Décryptage

Hébron : le siège de dix jours face aux faits

Al Jazeera et Europalestine décrivent un « siège » de dix jours à Hébron ayant provoqué des destructions massives et le déplacement forcé de 3 300 Palestiniens. Le dossier judiciaire israélien, documenté par le Jerusalem Post, révèle des chiffres contestés, une justification militaire floue et une procédure déjà engagée devant la Cour suprême.

3 min de lecturePar la rédaction
Hébron : le siège de dix jours face aux faits
Photo : Illustration générée par IA

Ce qu'écrivent Al Jazeera et Europalestine

Al Jazeera affirme que l'armée israélienne a imposé un « siège de dix jours » aux quartiers de Ein Deir Bahha et al-Jalda, à Hébron, dans les territoires de Judée et Samarie, après la mort de deux soldats israéliens abattus le 23 octobre. Le média évoque le retour de 3 300 Palestiniens dans des habitations endommagées, 15 bâtiments démolis, 327 commerces fermés et 80 000 élèves privés de cours. Un habitant, Fahd Ahmaro, est cité : « We were driven out of our homes and houses. Words cannot describe what happened » (« Nous avons été chassés de nos maisons, les mots ne peuvent décrire ce qui s'est passé »).

Europalestine, de son côté, consacre son article à un commerçant, Ibrahim Ahmed, qui a rouvert son magasin après « dix jours de siège et de déplacement forcé ». Le texte ne mentionne à aucun moment l'attaque qui a déclenché l'opération et conclut en évoquant une ville « où les colons se croient chez eux », une formule du média lui-même.

Ce que disent les faits

Selon le Jerusalem Post, l'opération a bien commencé après une attaque terroriste du Hamas survenue le vendredi 23 octobre au matin, qui a tué deux soldats israéliens. Elle s'est achevée le lundi 2 novembre avec le retrait des forces armées du quartier occupé depuis le week-end précédent. La durée correspond donc approximativement aux dix jours évoqués par les deux textes.

Les chiffres de la population déplacée varient toutefois fortement selon les sources citées par le Jerusalem Post. L'armée parlait d'« au moins 2 000 » personnes évacuées. Une requête déposée par l'ONG Adalah devant la Cour suprême, au nom de la municipalité et de sept habitants, avance des estimations municipales allant de 780 familles à 4 969 personnes, un chiffre lui-même révisé à la hausse par rapport à une estimation antérieure de 488 familles et 3 171 personnes. Le chiffre de 3 300 avancé par Al Jazeera ne recoupe aucune de ces estimations officielles.

Le Jerusalem Post rapporte aussi que le chef d'état-major Eyal Zamir avait recommandé, dès le dimanche suivant l'attaque, de mettre fin à l'opération et d'autoriser le retour des habitants, estimant qu'aucune raison militaire ne justifiait son maintien. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a rejeté cette recommandation jusqu'après les élections, ce que le journal relie à un contexte politique plutôt qu'à une nécessité sécuritaire.

La requête d'Adalah, confirmée par le Jerusalem Post, allègue une violation de l'article 49 de la quatrième Convention de Genève et dénonce une punition collective, citant des déclarations du ministre des Finances Bezalel Smotrich présentant les démolitions comme un moyen de dissuasion. La directrice de l'Association pour les droits civils en Israël, Noa Sattath, a déclaré : « No attack, however grave, gives the military license to punish an entire city » (« Aucune attaque, aussi grave soit-elle, ne donne à l'armée le droit de punir une ville entière »). La juge Gila Canfy Steinitz a ordonné à l'État de répondre à la requête et s'attend à ce qu'aucune démolition supplémentaire n'ait lieu dans l'intervalle.

Ce qui n'est pas dit

Europalestine ne mentionne à aucun moment l'attaque du 23 octobre qui a coûté la vie à deux soldats israéliens et déclenché l'opération. Al Jazeera évoque la fusillade mais sans la qualifier d'attaque terroriste du Hamas, alors que le Jerusalem Post l'identifie explicitement comme telle et précise que deux des maisons démolies appartenaient aux suspects de l'attaque.

Aucun des deux textes ne mentionne que le chef d'état-major israélien lui-même avait recommandé, dès la semaine précédant le retrait, de mettre fin à l'opération faute de justification militaire claire. Ils passent également sous silence la procédure déjà engagée devant la Cour suprême israélienne par l'ONG Adalah et l'intervention de l'Association pour les droits civils en Israël, qui contestent publiquement la légalité de l'opération depuis l'intérieur du système judiciaire israélien. Enfin, la précision du chiffre de 3 300 déplacés avancé par Al Jazeera contraste avec la fourchette bien plus large, et elle-même révisée à plusieurs reprises, que donne la requête judiciaire citée par le Jerusalem Post.

La Cour suprême israélienne doit encore statuer sur la requête déposée par Adalah, qui réclame l'interdiction de toute nouvelle démolition et des garanties sur le retour des habitants. L'État doit répondre aux arguments de l'ONG, dont la décision déterminera les conditions d'un éventuel nouveau retrait dans d'autres zones de Hébron.

Questions fréquentes

Pourquoi l'armée israélienne a-t-elle mené cette opération à Hébron ?
Elle fait suite à une attaque terroriste du Hamas le 23 octobre qui a tué deux soldats israéliens, selon le Jerusalem Post.
Le nombre de Palestiniens déplacés est-il confirmé ?
Les chiffres varient selon les sources : l'armée évoque au moins 2 000 personnes, une requête déposée par Adalah évoque jusqu'à 4 969, tandis qu'Al Jazeera cite 3 300 retours.
Une procédure judiciaire est-elle en cours en Israël ?
Oui, l'ONG Adalah a saisi la Cour suprême israélienne, qui a ordonné à l'État de geler toute nouvelle démolition en attendant sa décision.

Dossiers Gaza et le Hamas · Judée et Samarie

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