Réélu de justesse, Lula freine le rapprochement de l'Amérique latine avec Israël

Luiz Inácio Lula da Silva a été réélu président du Brésil le 25 octobre face au sénateur Flávio Bolsonaro, qui avait promis de transférer l'ambassade brésilienne à Jérusalem. Ce résultat interrompt une dynamique régionale de rapprochement diplomatique avec Israël engagée depuis 2023 par plusieurs pays d'Amérique latine.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction
Réélu de justesse, Lula freine le rapprochement de l'Amérique latine avec Israël
Photo : Illustration générée par IA

Lula l'emporte avec 51,79 % des voix valides contre 48,21 % pour Flávio Bolsonaro, candidat du Parti libéral. L'écart, de l'ordre de 4,4 millions de voix selon les chiffres officiels, n'a pas empêché Bolsonaro d'annoncer qu'il ne reconnaissait pas les résultats, sans préciser par quel recours il entendait les contester.

Une victoire entachée par une polémique sur les horaires de vote

La Cour suprême électorale a prolongé le scrutin de deux heures dans la soirée du 25 octobre, après une demande de la campagne Lula élargie en quelques heures à l'ensemble du pays. Cette décision, prise par le juge Cristiano Zanin — ancien avocat personnel de Lula, nommé par lui à la Cour suprême en 2023 —, est intervenue après la fermeture de milliers de bureaux de vote, dont environ 80 % à São Paulo. Le président du Tribunal supérieur électoral, Kassio Nunes Marques, a lui-même reconnu qu'aucune norme ne prévoyait une telle prolongation. À ce jour, aucune fraude susceptible d'avoir inversé le résultat n'a été établie et aucune annulation n'a été prononcée.

La fin d'une dynamique régionale pro-israélienne

Bolsonaro avait fait du rapprochement avec Israël un axe central de sa candidature. Lors d'une rencontre avec des responsables juifs à Buenos Aires, le 28 juin 2026, il avait promis qu'en 2027 le Brésil « aura de nouveau un ambassadeur en Israël » et déplacera son ambassade à Jérusalem. Après son avance au premier tour, le 4 octobre, Netanyahou lui avait adressé ses félicitations sur X, évoquant le souhait de « restaurer l'extraordinaire amitié entre Israël et le Brésil ».

La réélection de Lula referme cette perspective. Le président brésilien, devenu un critique constant de la campagne militaire israélienne à Gaza, avait vu son gouvernement soutenir en janvier 2024 la plainte pour génocide déposée par l'Afrique du Sud devant la Cour internationale de justice. Un mois plus tard, sa comparaison entre les souffrances des Palestiniens à Gaza et l'extermination des Juifs par Hitler avait déclenché une crise diplomatique. La fédération juive brésilienne CONIB avait publiquement condamné ces propos, jugés déformants et offensants pour la mémoire des victimes de la Shoah, une critique reprise par le musée de l'Holocauste de Buenos Aires. Depuis, Israël et le Brésil n'échangent plus d'ambassadeurs.

Le Brésil s'écarte ainsi d'une tendance observée depuis 2023 dans plusieurs capitales d'Amérique latine : l'Argentine de Javier Milei, qui a fait du soutien à Israël un pilier de sa politique étrangère, la Bolivie de Rodrigo Paz Pereira, le Honduras de Nasry Asfura, le Chili de José Antonio Kast et la Colombie d'Abelardo de la Espriella ont tous renoué ou renforcé leurs liens diplomatiques avec Jérusalem, parfois en rompant avec les choix de leurs prédécesseurs.

Une controverse qui rebondit jusqu'à la Knesset

À Jérusalem, la défaite de Bolsonaro a immédiatement alimenté les tensions politiques. Yaïr Lapid a évoqué la chute de « proches de Netanyahou », avant de préciser regretter la victoire de Lula et soutenir le candidat pro-israélien, tout en jugeant que la proximité avec le Premier ministre était devenue « un handicap politique partout dans le monde ». Le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar lui a répondu en l'accusant de réduire « deux immenses amis d'Israël » à leur seule proximité avec Netanyahou.

Bolsonaro a annoncé vouloir saisir la justice pour contester le scrutin, sans que la voie de ce recours soit clarifiée. Tant qu'aucune décision judiciaire ne vient trancher cette contestation, la relation entre Brasilia et Jérusalem reste gelée au niveau où l'avait laissée la crise de 2024, sans ambassadeur dans l'une ou l'autre capitale.

Questions fréquentes

Pourquoi la réélection de Lula inquiète-t-elle Israël ?
Lula a soutenu la plainte pour génocide contre Israël devant la Cour internationale de justice et comparé Gaza à la Shoah, ce qui a conduit au retrait des ambassadeurs des deux pays depuis 2024.
Que promettait Flávio Bolsonaro sur Israël ?
Il s'était engagé à transférer l'ambassade brésilienne à Jérusalem en 2027 et à rétablir un ambassadeur à Tel-Aviv, nouant des liens avec Netanyahou.
Le résultat de l'élection est-il contesté ?
Bolsonaro refuse de reconnaître sa défaite après une prolongation controversée du scrutin décidée par un juge proche de Lula, mais aucune fraude n'a été établie à ce jour.

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