NAZA, documentaire israélien primé à Venise, déclenche une vive polémique en Israël

Le documentaire « NAZA », coréalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu samedi le prix spécial du jury à la Mostra de Venise après une ovation de vingt-cinq minutes. En Israël, le film, fondé sur des témoignages anonymes de vingt-quatre soldats et agents du renseignement, suscite une controverse d'ampleur, entre accusations de trahison et démenti catégorique de Tsahal.

3 min de lecturePar la rédaction
NAZA, documentaire israélien primé à Venise, déclenche une vive polémique en Israël
Photo : LucaFazPhoto · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

« NAZA », d'une durée d'environ quatre-vingts minutes, reprend un terme employé par l'armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils susceptibles d'être tués lors d'une frappe. Le film s'appuie sur les témoignages, anonymisés par modification numérique des voix et des visages, de vingt-quatre soldats et membres du renseignement militaire, filmés sur des toits de Tel-Aviv. Ses auteurs, Yuval Abraham et Rachel Szor, avaient déjà coréalisé « No Other Land », oscarisé en 2025. Sa première projection à Venise a été suivie d'une ovation debout de vingt-cinq minutes, un record pour le festival.

Une polémique immédiate en Israël

Le contraste entre l'accueil vénitien et la réception israélienne a été frontal. L'acteur Yossi Marshak a reproché aux réalisateurs de ne pas évoquer les massacres et viols commis le 7 octobre, jugeant le film « manifestement déséquilibré » et parlant d'une « honte indescriptible ». Le chroniqueur Yoav Eliasi, dit HaTzel, est allé plus loin en évoquant une trahison comparable à « une bombe atomique » et en réclamant l'arrestation des réalisateurs par le Shin Bet ainsi que le retrait de leur citoyenneté. Le militant Yoseph Haddad a estimé que le film servait la propagande de l'ennemi. Yuval Abraham a répondu qu'il jugeait nécessaire que la société israélienne regarde ce qui s'est passé à Gaza et écoute les témoignages recueillis, affirmant vouloir obtenir une diffusion du film en Israël.

Tsahal dément, un journaliste met en cause les sources d'Abraham

L'armée israélienne a rejeté catégoriquement les accusations du documentaire dès vendredi, avant même l'annonce du prix. Interrogé lundi sur la Treizième chaîne par le journaliste Raviv Drucker, Yuval Abraham a défendu la fiabilité de son travail, rappelant que le film avait été produit avec The Guardian et que les identités des intervenants avaient été vérifiées par une équipe éditoriale. Il a en retour interpellé Drucker sur l'absence, selon lui, de toute enquête approfondie de la presse israélienne sur les règles d'engagement à Gaza. Dans un communiqué sur X, le porte-parole de Tsahal a qualifié de « complètement fausses » les allégations du film, notamment celle d'une frappe autorisée alors que 500 morts civils étaient anticipés, et a affirmé que les décisions de frappe restent prises par du personnel humain, non par l'intelligence artificielle. Par ailleurs, le journaliste Eitan Fischberger a révélé, informations reprises par le Jerusalem Post, la collaboration de longue date entre Yuval Abraham et le journaliste palestinien Ahmed Alnaouq, cofondateur avec lui du projet « Across the Wall » depuis 2019. Alnaouq dirige le plaidoyer d'Euro-Med Human Rights Monitor, une ONG basée à Genève et critiquée par l'organisation israélienne NGO Monitor, qui souligne qu'un frère d'Alnaouq, tué en 2014, avait été présenté par les Brigades Qassam comme un membre de leur organisation. Aucune source n'affirme qu'Ahmed Alnaouq soit lui-même lié au Hamas ; il a par ailleurs perdu une vingtaine de proches, dont un autre frère, dans une frappe israélienne en octobre 2023.

Le précédent « No Other Land »

Cette controverse rappelle celle qui avait suivi l'Oscar de « No Other Land » en mars 2025. Le ministre de la Culture Miki Zohar avait alors appelé les institutions culturelles à ne pas projeter le film, qui n'a jamais été diffusé dans une salle israélienne. L'Association pour les droits civils en Israël avait dénoncé un appel à la censure. « NAZA » n'est à ce jour pas disponible en Israël, et la question de sa diffusion, revendiquée par ses auteurs, reste entièrement ouverte.

Questions fréquentes

Que signifie le titre « NAZA » ?
C'est un acronyme utilisé par l'armée israélienne pour désigner le nombre estimé de civils susceptibles d'être tués lors d'une frappe.
Le film sera-t-il diffusé en Israël ?
Il n'est pas encore disponible en Israël. Yuval Abraham a affirmé vouloir obtenir sa diffusion, mais aucune date n'a été annoncée.
Que répond Tsahal aux accusations du film ?
L'armée a qualifié les allégations de « complètement fausses », affirmant que les décisions de frappe sont prises par du personnel humain et niant qu'une frappe ait jamais été approuvée avec 500 morts civils anticipés.

Sources : Infos Israël News, Infos Israël News, The Jerusalem Post, Tribune Juive

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