Le film « NAZA » primé à Venise : Tsahal dément, la classe politique israélienne s'enflamme

Le documentaire « NAZA », coréalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise le 12 septembre 2026. Tsahal a rejeté en bloc les accusations portées sur la conduite de ses opérations à Gaza, tandis que la polémique s'est aussitôt invitée dans la campagne des élections législatives israéliennes.

3 min de lecture1 vuePar la rédaction

Présenté en compétition officielle à la Mostra de Venise, « NAZA » s'appuie sur les témoignages anonymes de 24 personnes présentées comme d'anciens soldats et officiers du renseignement de Tsahal. Le titre reprend l'acronyme hébreu désignant les « dommages collatéraux », terme utilisé par le renseignement militaire pour estimer le nombre de civils susceptibles d'être tués lors d'une frappe. Le film, produit au Royaume-Uni et coécrit avec le journal britannique The Guardian, prolonge des enquêtes déjà publiées par Local Call, +972 Magazine et le même quotidien.

Les accusations du film et la réponse de Tsahal

Le porte-parole de Tsahal a publié un communiqué détaillé rejetant « totalement » les accusations formulées dans NAZA. L'armée affirme qu'il est impossible de vérifier l'identité des personnes interrogées, leur grade réel ou leur implication effective dans les faits évoqués. Elle relève également une utilisation erronée de termes juridiques par des témoins non juristes et des contradictions internes, notamment lorsqu'une atteinte involontaire survenue lors d'une frappe légale est qualifiée d'intentionnelle, voire de « génocide ».

Tsahal a réfuté avec une fermeté particulière l'allégation selon laquelle une frappe aurait été planifiée ou approuvée en sachant qu'elle pourrait tuer environ 500 civils. « Aucune frappe dans laquelle les FDI s'attendaient à ce qu'un tel nombre de civils soit tué n'a jamais été planifiée, approuvée ou menée », a indiqué l'armée, ajoutant qu'aucune preuve crédible n'étaye cette affirmation. Le porte-parole a aussi précisé que les décisions de ciblage et d'autorisation des frappes relèvent uniquement de responsables humains, et non d'une intelligence artificielle. Selon Tsahal, ses opérations visent des cibles militaires liées au Hamas, qui « continue d'opérer systématiquement au sein de l'environnement civil », et tout soupçon de violation du droit est examiné par des mécanismes d'application indépendants.

Le réalisateur Yuval Abraham a répondu en appelant ses détracteurs à voir le film avant de le juger. « Ils parlent en hébreu parce qu'ils veulent s'adresser au public israélien », a-t-il dit à propos des témoins, affirmant vouloir que le film soit largement diffusé en Israël.

Une polémique qui s'invite dans la campagne électorale

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a qualifié le film de « méprisable » et accusé ses réalisateurs de « trahison envers l'État », annonçant vouloir œuvrer au retrait de leur citoyenneté israélienne. Il a présenté cette affaire comme une justification supplémentaire de sa réforme du secteur cinématographique, destinée selon lui à empêcher que des fonds publics financent des œuvres portant atteinte à Tsahal.

La controverse a rapidement débordé sur le terrain politique. Après qu'un communiqué de soutien aux réalisateurs a été publié par l'Association des réalisatrices et réalisateurs, le Likoud a visé Eliran Elia, ancien président de cette association et candidat placé en 33e position sur la liste du parti « Yashar ! », fondé par Gadi Eizenkot. Le Likoud qualifie « NAZA » et « No Other Land » de films antisémites visant à salir Tsahal, et met en cause le choix d'Eizenkot d'avoir intégré Elia à sa liste, composée sans primaires internes.

« Yashar ! » rétorque qu'Elia n'a pris aucune part au communiqué, ayant annoncé sa démission de l'association environ deux semaines plus tôt. La page officielle de l'association le mentionne pourtant toujours comme président depuis novembre 2024, une contradiction qui reste à ce stade non tranchée.

La suite

Selon un sondage de la chaîne Kan, « Yashar ! » devançait le Likoud, 23 sièges contre 20, à l'approche du scrutin législatif prévu fin octobre. Les listes ayant été déposées le 8 septembre, chaque polémique culturelle pèse désormais dans une course jugée serrée. Le film NAZA, tourné à l'étranger et encore invisible en salles en Israël, doit selon ses réalisateurs faire l'objet d'une diffusion plus large dans le pays, ce qui pourrait relancer le débat sur son contenu.

Questions fréquentes

Que reproche le film NAZA à Tsahal ?
Le documentaire, fondé sur des témoignages anonymes de 24 personnes présentées comme d'anciens soldats et officiers du renseignement, affirme qu'Israël aurait mené des frappes causant délibérément de nombreuses victimes civiles à Gaza.
Comment Tsahal a-t-elle réagi ?
L'armée a rejeté ces accusations, jugeant les témoignages invérifiables, contradictoires et fondés sur une mauvaise compréhension de termes juridiques, et a nié qu'une frappe visant à tuer environ 500 civils ait jamais été planifiée ou approuvée.
Pourquoi le film s'est-il invité dans la campagne électorale ?
Un communiqué de soutien aux réalisateurs signé par l'Association des réalisatrices et réalisateurs a permis au Likoud de viser un candidat du parti « Yashar ! » de Gadi Eizenkot, en pleine campagne pour les élections législatives.

Sources : Kountrass, Infos Israël News, JForum

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