Le documentaire NAZA, primé à Venise, relance la controverse sur les frappes israéliennes à Gaza

Le documentaire NAZA, réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu une ovation de 25 minutes puis le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise. Basé sur les témoignages anonymes de 24 militaires et membres du renseignement israéliens, le film relance le débat sur les méthodes de ciblage de Tsahal durant la guerre à Gaza et provoque une vive réaction du gouvernement israélien.

4 min de lecturePar la rédaction
Le documentaire NAZA, primé à Venise, relance la controverse sur les frappes israéliennes à Gaza
Photo : Helena Jankovičová Kováčová / Pexels

Le documentaire NAZA a créé la surprise lors de la 83e Mostra de Venise. Présenté le week-end dernier, il a reçu une ovation de 25 minutes, un record pour le festival, avant de remporter le Prix spécial du jury deux jours plus tard. Réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà lauréats d'un Oscar en 2025 pour « No Other Land », le film s'appuie sur les témoignages, anonymisés à l'image et à la voix, de 24 soldats et membres du renseignement israéliens ayant participé, selon eux, au processus de ciblage durant la guerre menée contre le Hamas entre 2023 et 2025.

Produit avec le quotidien britannique The Guardian, le studio JW Films et le magazine israélo-palestinien +972, NAZA prolonge une enquête entamée par Yuval Abraham avec le journaliste du Guardian Harry Davies sur les systèmes de ciblage assistés par intelligence artificielle utilisés par Tsahal, notamment un outil désigné sous le nom de Lavender. Le titre du film reprend l'acronyme hébreu nezek agavi, qui désigne les « dommages collatéraux » dans le vocabulaire militaire israélien.

Des accusations qui ravivent un débat déjà ancien

Le documentaire n'introduit pas de révélation totalement inédite. Les questions liées au ciblage par intelligence artificielle avaient déjà été documentées par +972 Magazine en avril 2024 et par le New York Times en décembre 2024, qui évoquaient notamment un ratio de cent civils tués pour l'élimination d'un commandant du Hamas lors de deux frappes distinctes fin 2023. NAZA va plus loin : l'un des intervenants affirme qu'une frappe a été approuvée alors que le bilan civil anticipé atteignait 500 morts, sans toutefois préciser de date, de lieu ni d'identité de cible.

L'armée israélienne dément catégoriquement avoir jamais planifié, approuvé ou exécuté une frappe avec une telle estimation, et souligne l'impossibilité pour les réalisateurs de vérifier ce témoignage faute de détails identifiables. Selon Tsahal, la décision finale d'une frappe reste soumise à validation humaine, et non purement algorithmique, contrairement à ce que suggèrent certains témoignages du film.

Réactions politiques vives en Israël

La réaction du gouvernement israélien a été immédiate. Le ministre de la Culture, Miki Zohar, a qualifié le film de « vile » et l'a assimilé à une trahison, allant jusqu'à évoquer la possibilité de révoquer la citoyenneté des réalisateurs. Il a également invoqué sa réforme du financement du cinéma pour justifier que les contribuables israéliens ne financent plus, selon lui, des œuvres jugées préjudiciables à l'armée et à l'État.

L'ancien ministre de la Défense et opposant Avigdor Lieberman a de son côté qualifié les réalisateurs de « haïsseurs d'Israël », les accusant de transformer les événements du 7 octobre 2023 en libelle de sang. À l'inverse, le quotidien Haaretz a publié un éditorial appelant les Israéliens à « affronter ce qu'Israël a fait à Gaza », estimant que le problème du pays n'est pas de communication mais de réalité des faits rapportés.

Les enjeux juridiques pour Tsahal

Au-delà de la polémique publique, plusieurs commentateurs israéliens soulignent un problème plus structurel : la lenteur de la justice militaire à répondre aux accusations. L'armée israélienne n'a publié son premier rapport détaillé répondant à des dossiers spécifiques d'allégations de crimes de guerre que le 19 août dernier, près de trois ans après le début du conflit. Ce retard s'explique en partie par la démission, en octobre 2025, de l'ancienne avocate générale militaire Yifat Tomer Yerushalmi, remplacée par le général Itay Offir, mais aussi, selon plusieurs sources internes citées par le Jerusalem Post, par des pressions politiques visant à retarder la publication de certaines décisions.

Une commission judiciaire israélienne avait déjà établi, il y a une quinzaine d'années, que l'élimination du chef militaire du Hamas Saleh Shehade en 2002, qui avait coûté la vie à treize civils dont son épouse et sa fille mineure, ne constituait pas un crime de guerre, tout en jugeant l'opération à la limite de la proportionnalité. Ce précédent illustre la difficulté à fixer un seuil clair, que le film NAZA relance sans apporter d'élément vérifiable sur des cas précis.

Un contraste avec le succès international de Fauda

Certains éditorialistes israéliens opposent le triomphe critique de NAZA au succès populaire de la série Fauda, dont la cinquième saison, mise en ligne sur Netflix début septembre, s'est hissée à la quatrième place mondiale et en tête des audiences au Liban. Selon eux, cette série, plus nuancée dans sa représentation du conflit, peine à recevoir le même accueil dans les festivals européens que des œuvres présentant une image plus univoque d'Israël, comme NAZA ou, en 2025, « No Other Land », consacré aux destructions de structures palestiniennes dans les territoires de Judée et Samarie.

Le débat s'inscrit aussi dans un contexte diplomatique tendu, alors que le chef de la diplomatie britannique Ed Miliband a récemment accusé Israël de mener une politique de « nettoyage ethnique » dans certaines zones de Judée et Samarie, propos qui alimentent, selon des commentateurs israéliens, une perception internationale déjà marquée par les accusations portées dans le film.

La sortie nord-américaine de NAZA, prévue fin septembre au festival du film de New York, devrait relancer la controverse hors d'Israël. Les autorités israéliennes, qui n'ont pas encore eu accès au film selon plusieurs sources, se retrouvent face à un choix : répondre point par point à des accusations largement anonymes et invérifiables, ou continuer à dénoncer le film sans convaincre une opinion internationale déjà sensibilisée par les enquêtes journalistiques antérieures.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le documentaire NAZA ?
NAZA est un documentaire réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, basé sur les témoignages anonymes de 24 militaires et membres du renseignement israéliens sur les méthodes de ciblage utilisées par Tsahal pendant la guerre à Gaza.
Que signifie le titre NAZA ?
NAZA reprend l'acronyme hébreu nezek agavi, qui désigne les dommages collatéraux dans le vocabulaire militaire israélien.
Comment l'armée israélienne a-t-elle réagi ?
Tsahal dément catégoriquement avoir jamais approuvé une frappe avec un bilan civil anticipé de 500 morts, comme l'affirme un témoignage du film, et souligne l'absence de détails vérifiables sur cette allégation.

Sources : The Jerusalem Post, The Forward, The Jerusalem Post

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