Le documentaire « NAZA », primé à Venise, provoque un affrontement politique en Israël

Le documentaire NAZA, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, a remporté le Prix spécial du jury à la Mostra de Venise le 10 septembre 2026. Tsahal a rejeté catégoriquement les accusations portées par le film sur la conduite de ses opérations à Gaza, tandis que la polémique s'est invitée en pleine campagne électorale israélienne.

3 min de lecture2 vuesPar la rédaction
Le documentaire « NAZA », primé à Venise, provoque un affrontement politique en Israël
Photo : Helena Jankovičová Kováčová / Pexels

Le film NAZA, présenté en compétition officielle à la 82e Mostra de Venise, s'appuie sur les témoignages anonymes de 24 personnes présentées comme des soldats et officiers de renseignement israéliens. Il affirme que les pertes civiles massives à Gaza pendant la guerre « Épées de fer » résulteraient d'une politique délibérée et non de dommages accidentels. Réalisé avec le concours du Guardian par les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà auteurs de « No Other Land », le film a valu à ses créateurs une ovation debout lors de sa première, selon des témoins cités par la presse. Il a également déclenché, en Israël, une controverse qui dépasse largement le cadre cinématographique.

Un film qui décrit un système de frappes meurtrières

Selon son synopsis, NAZA « examine les mécanismes à l'origine du massacre à Gaza ». Le titre reprend l'acronyme hébreu désignant, dans le jargon du renseignement militaire israélien, les « dommages collatéraux » anticipés lors d'une frappe. Le documentaire s'appuie notamment sur des enquêtes antérieures publiées par Local Call, +972 Magazine et The Guardian. Il évoque en particulier une frappe qui aurait été planifiée ou approuvée en sachant qu'elle causerait environ 500 morts civils.

Tsahal dément point par point

Le porte-parole de Tsahal a publié un communiqué détaillé rejetant « totalement » ces accusations. L'armée affirme qu'aucune frappe susceptible de causer un bilan civil approchant les 500 morts n'a « jamais été planifiée, approuvée ou menée », et qu'aucune allégation crédible en ce sens n'a été formulée pendant la guerre. Tsahal souligne surtout l'impossibilité de vérifier l'identité des personnes interrogées dans le film, leur grade réel ou leur implication effective dans les faits décrits. L'armée relève des « contradictions internes » et un usage erroné de termes juridiques par des témoins non spécialistes du droit, ainsi que des propos attribués à des officiers du renseignement sur des décisions relevant, selon elle, d'un tout autre niveau de la chaîne de commandement. Tsahal précise enfin que les décisions de frappe « sont prises uniquement par des responsables humains », et non par une intelligence artificielle, contrairement à ce que suggère le film. L'armée rappelle que tout soupçon concret de violation de la loi fait l'objet d'un examen par des mécanismes indépendants.

La polémique NAZA s'invite dans la campagne électorale

En Israël, l'affaire a rapidement quitté le terrain culturel pour atterrir en pleine campagne, à l'approche du scrutin du 27 octobre. L'Association des réalisatrices et réalisateurs a publié un texte de soutien aux auteurs du film. Le Likoud s'en est aussitôt saisi pour viser Eliran Elia, ancien président de cette association, aujourd'hui trente-troisième sur la liste « Yashar ! avec Eizenkot », en le qualifiant, avec les auteurs de NAZA et de « No Other Land », de porteur d'une démarche jugée hostile à l'État et aux soldats de Tsahal. Le parti de Gadi Eizenkot a répliqué en affirmant qu'Elia avait démissionné de l'association environ deux semaines plus tôt et n'était impliqué dans aucun communiqué. La page officielle de l'association continuait toutefois, au moment des faits, de le présenter comme président depuis novembre 2024 : les deux versions coexistent sans qu'aucune source ne permette de trancher. Dans un contexte de sondages serrés entre les deux formations, chaque polémique culturelle devient un enjeu de campagne.

Réactions politiques et culturelles

Le ministre de la Culture et des Sports, Miki Zohar, a qualifié le film de « méprisable » et accusé ses réalisateurs d'agir contre l'État et contre Tsahal pour obtenir la sympathie internationale. Il a annoncé vouloir œuvrer au retrait de leur citoyenneté israélienne, invoquant une « trahison envers l'État », et a présenté cette affaire comme une illustration supplémentaire de la nécessité de la réforme du secteur du cinéma qu'il porte. De son côté, Yuval Abraham a appelé ses détracteurs à voir le film avant de le condamner, expliquant que les témoignages en hébreu visaient d'abord le public israélien. Il a également dénoncé, dans son discours de remerciement à Venise, des responsables politiques et des journalistes qui critiquent l'œuvre sans l'avoir visionnée.

Le film n'est, à ce stade, pas distribué en Israël, ce qui alimente une controverse largement fondée sur des extraits et des comptes rendus plutôt que sur un visionnage collectif. Les réalisateurs disent vouloir œuvrer à sa diffusion dans le pays. Reste à savoir si le débat portera un jour sur le contenu du film lui-même, plutôt que sur son instrumentalisation politique à l'approche des élections.

Questions fréquentes

Que raconte le documentaire NAZA ?
Le film s'appuie sur les témoignages anonymes de 24 personnes présentées comme des soldats et officiers israéliens, affirmant que les pertes civiles à Gaza résulteraient d'un système délibéré plutôt que de dommages accidentels.
Comment Tsahal a-t-elle répondu aux accusations ?
Tsahal a rejeté les accusations, jugeant impossible de vérifier l'identité des témoins et affirmant qu'aucune frappe visant à tuer environ 500 civils n'a jamais été planifiée, approuvée ou menée.
Pourquoi cette polémique touche-t-elle la campagne électorale ?
Le Likoud a visé un candidat de la liste de Gadi Eizenkot lié à une association ayant soutenu les réalisateurs du film, dans un contexte de sondages serrés avant le scrutin du 27 octobre.

Sources : Kountrass, Infos Israël News, JForum

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