Documentaire NAZA : Tsahal envisage des poursuites après le prix de Venise
Le documentaire « NAZA », consacré par le Grand Prix du jury à la Mostra de Venise, met en cause des soldats israéliens pour des frappes meurtrières à Gaza. Le chef d'état-major Eyal Zamir a ordonné l'examen de poursuites judiciaires et une enquête sur d'éventuelles fuites de matériel classifié, tandis que l'armée dénonce des « calomnies de sang ».

Le chef d'état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, a réuni lundi les principaux responsables militaires — le chef d'état-major adjoint Tamir Yadai, l'avocat général militaire Itai Ofir, le commandant de l'armée de l'air Omer Tischler et le commandant de l'unité 8200 — pour organiser la réponse de l'institution au documentaire « NAZA ». Le film, réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, a reçu le Prix spécial du jury samedi à Venise, deux jours après une projection saluée par une ovation de 25 minutes.
Des accusations que Tsahal rejette « catégoriquement »
Le documentaire, dont le titre est l'acronyme hébreu de « dommages collatéraux », s'appuie sur les témoignages anonymes de vingt-quatre personnes se présentant comme des soldats et des membres du renseignement militaire, plusieurs issus de l'unité 8200. Le film affirme qu'Israël a eu recours à des systèmes assistés par intelligence artificielle pour planifier des frappes à Gaza et que des morts civiles en auraient résulté sciemment. L'armée dément avoir jamais approuvé une frappe assumant d'emblée des centaines de victimes civiles, précise que les décisions de ciblage restent prises « par des personnes uniquement », et affirme que certains témoins cités n'auraient pas eu accès, par la nature de leur poste, aux informations qu'ils rapportent. Elle relève aussi que ni les identités ni les grades des intervenants ne peuvent être vérifiés de façon indépendante. Sur le bilan humain, l'armée ne conteste pas le chiffre de plus de 70 000 morts avancé par le ministère de la Santé du Hamas, mais estime qu'une part substantielle de ces morts sont des combattants, une distinction que ce ministère n'établit pas.
Fait notable, souligné par plusieurs observateurs : l'armée n'a vu ni le film dans son intégralité ni au-delà des extraits et du matériel promotionnel diffusés en ligne. Le porte-parole de Tsahal, le général de brigade Effie Defrin, a publiquement invité les réalisateurs à organiser une projection complète devant des responsables militaires afin de pouvoir répondre point par point à chaque allégation.
Une réponse institutionnelle sur trois fronts
À l'issue de la réunion, Zamir a chargé l'avocat général militaire d'examiner et de faire avancer d'éventuelles poursuites contre le film et ceux qui y ont participé. Il a également ordonné une enquête sur d'éventuelles fuites de matériel classifié ayant servi à la production, ce qui place les témoins anonymes, davantage que les réalisateurs, sous le regard de l'institution qu'ils mettent en cause. Une équipe multi-organisationnelle a enfin été constituée pour bâtir une campagne de communication publique, en lien avec le ministère des Affaires étrangères, qui a diffusé aux diplomates israéliens des éléments de langage accusant le film de servir de « déguisement à la propagande du Hamas ».
Zamir a qualifié le documentaire de « calomnies de sang » et de « distorsion délibérée de la réalité », estimant qu'il vise à priver Israël de sa légitimité à se défendre. Benjamin Netanyahou a jugé le film « choquant », dénonçant une incitation antisémite venue « de l'intérieur ». Le ministre de la Culture Miki Zohar a demandé au ministère de l'Intérieur d'examiner si le comportement des réalisateurs pouvait justifier une révocation de leur citoyenneté, évoquant une possible trahison. L'ancien otage Eliya Cohen, détenu 505 jours à Gaza, a lui aussi vivement attaqué les cinéastes. Sur la scène politique, le chef du parti Peuple d'Israël, Ofer Winter, a estimé qu'Abraham n'avait « plus rien à retrouver » en Israël.
Face à cette mobilisation, plus de 700 professionnels du cinéma israélien, dont Ari Folman et Shira Geffen, ont signé une pétition dénonçant une campagne de dénigrement contre les réalisateurs. Interrogé par le journaliste Raviv Drucker sur l'absence de preuves publiques permettant de vérifier les témoignages, Yuval Abraham a répondu que les rédacteurs du Guardian, coproducteur du film, avaient eu accès au matériel source et vérifié l'identité des témoins.
La suite dépendra désormais d'une question concrète : les réalisateurs accepteront-ils de montrer le film dans son intégralité à l'armée, comme le demande Effie Defrin, avant que l'avocat général militaire ne tranche sur l'opportunité de poursuites.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le documentaire NAZA ?
- Un film de 80 minutes des Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, primé à Venise, qui s'appuie sur 24 témoignages anonymes accusant l'armée d'avoir causé sciemment des morts civiles à Gaza.
- Tsahal a-t-elle vu le film complet avant de réagir ?
- Non. L'armée s'est fondée sur des extraits et le matériel promotionnel, et a demandé aux réalisateurs une projection intégrale avant de répondre en détail.
- Quelles suites judiciaires sont envisagées ?
- Le chef d'état-major a chargé l'avocat général militaire d'examiner des poursuites contre le film et ses participants, ainsi qu'une enquête sur d'éventuelles fuites de matériel classifié.
Sources : JTA, Israel Hayom, Infos Israël News, The Jerusalem Post



