« Naza » : le documentaire sur les frappes à Gaza embrase le débat en Israël
Primé à la Mostra de Venise, le documentaire « Naza » consacré aux frappes aériennes israéliennes à Gaza déclenche une controverse en Israël. Le chef d'état-major Eyal Zamir a demandé l'examen de poursuites, tandis que le Conseil du cinéma exige une projection d'urgence en Israël.

Réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor dans le cadre d'une production britannique, « Naza » s'appuie sur 24 témoignages anonymes de soldats et de membres du renseignement pour évoquer les civils palestiniens tués lors de frappes aériennes de Tsahal à Gaza pendant la guerre « Glaives de fer ». Son titre reprend les initiales de la notion de « dommage collatéral » utilisée par le renseignement militaire israélien. Présenté en compétition à la 83e Mostra de Venise le 10 septembre 2026, le film y a reçu le Prix spécial du jury et bénéficié, selon Infos Israël News, d'une ovation du public de près de 25 minutes, un record pour le festival.
Un film contesté dès sa sortie des écrans vénitiens
Dès sa présentation à Venise, « Naza » a suscité de vives critiques en Israël, notamment de la part du Premier ministre Benyamin Netanyahou, du ministre de la Culture Miki Zohar et du chef d'état-major Eyal Zamir. Ce dernier, qui n'avait pourtant pas encore vu le film, a demandé au parquet militaire d'étudier d'éventuelles poursuites contre l'œuvre et les personnes impliquées, estimant qu'elle repose sur des « libelles de sang » et de graves accusations mensongères contre les soldats. Le documentaire poursuit sa carrière à l'étranger : après Venise, il a commencé à être projeté dans plusieurs pays européens, dont les Pays-Bas, la France et l'Espagne selon Israel Hayom, et doit être présenté au festival de Saint-Sébastien puis au Festival du film de New York.
Manifestation, citoyenneté et suspicion de propagande
La controverse a débordé le cadre judiciaire. Le 16 septembre 2026, des dizaines de manifestants se sont rassemblés à Savyon devant la maison des parents de la réalisatrice Rachel Szor, sous la protection de la police et de la police des frontières. Selon Israel Hayom, la mobilisation a été organisée par des militants d'Otzma Yehudit et des activistes de droite identifiés comme Mordechai David, Victor Sharki et Ziv Barnes. Le ministre de la Culture Miki Zohar a par ailleurs demandé au directeur général du ministère de l'Intérieur, Israël Ozen, d'examiner une procédure de révocation de la citoyenneté israélienne des créateurs du film, évoquant une possible « trahison envers l'État ». Il a affirmé vouloir agir « immédiatement » pour la leur retirer, bien qu'il ne dispose d'aucune autorité légale en ce sens. De son côté, le Conseil du cinéma a exigé une projection immédiate de « Naza » devant ses membres et les professionnels du secteur en Israël, jugeant que l'absence de diffusion locale, alors que le film circule déjà en Europe, « renforce le soupçon qu'il s'agit d'un film de propagande fabriqué » susceptible de servir les ennemis d'Israël, au premier rang desquels le Hamas.
Un débat plus large sur la morale au combat
Au-delà de l'affaire judiciaire, le film relance un débat interne sur les règles imposées aux soldats de Tsahal. Dans une tribune publiée par Infos Israël News, le rav Dror Aryeh affirme que la véritable atteinte n'est pas le « dommage collatéral » subi par les civils ennemis mais le tort fait aux combattants israéliens, contraints selon lui à des hésitations dangereuses avant d'ouvrir le feu par crainte d'enquêtes de la police militaire. Il appelle à revoir le cadre juridique du haut commandement et de la justice militaire, qu'il juge plus strict que le droit international lui-même. Cette prise de position, purement individuelle, illustre la manière dont « Naza » a ravivé une controverse plus ancienne sur l'équilibre entre protection des civils et sécurité des soldats. Le parquet militaire doit désormais se prononcer sur une éventuelle procédure, tandis que le Conseil du cinéma attend une réponse sur la tenue d'une projection en Israël.
Questions fréquentes
- Qu'est-ce que le documentaire « Naza » ?
- C'est un film réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, fondé sur 24 témoignages anonymes de soldats et de membres du renseignement, consacré aux frappes aériennes de Tsahal à Gaza pendant la guerre « Glaives de fer ».
- Pourquoi le film s'appelle-t-il « Naza » ?
- Le titre reprend les initiales de la notion de « dommage collatéral », utilisée par le renseignement militaire israélien pour désigner le nombre de civils dont la mort est anticipée lors d'une frappe.
- Le film a-t-il été projeté en Israël ?
- Non, selon le Conseil du cinéma, qui réclame une projection urgente devant ses membres et les professionnels israéliens, alors que le film circule déjà dans plusieurs pays européens.
Sources : Infos Israël News, Infos Israël News, Israel Hayom, JNS



