Midterms américaines : le soutien à Israël fracture plus que jamais les élus juifs du Congrès
Les élections de mi-mandat du 4 novembre ont confirmé l'éclatement du consensus pro-israélien parmi les élus juifs américains, entre partisans d'un soutien militaire sans réserve et voix accusant Israël de « génocide ». Dans le Michigan, l'élection sénatoriale d'Abdul El-Sayed, critique virulent d'Israël, a profondément divisé la communauté juive de l'État.

Pour la première fois depuis des décennies, les élus juifs qui siègeront au nouveau Congrès américain ne forment plus un bloc identifiable sur la question israélienne. Selon le Jewish Democratic Council of America, 38 parlementaires juifs ont été élus ou réélus mardi, dont huit nouveaux démocrates à la Chambre des représentants. Leurs positions sur Israël vont désormais du soutien inconditionnel à l'accusation de « génocide ».
Un consensus juif qui s'effondre au Congrès
À New York, le démocrate Brad Lander, qui a battu son adversaire juif sortant Daniel Goldman en primaire en refusant la qualification de « génocide » pour l'action israélienne à Gaza, s'oppose à toute vente d'armes offensives à Israël. À l'inverse, la démocrate Elaine Luria, ancienne commandante de la Navy élue en Virginie, défend sans ambiguïté le droit d'Israël à recevoir ces mêmes armements. Entre les deux, des élus comme le sénateur Jon Ossoff critiquent la politique du gouvernement israélien actuel tout en soutenant le droit d'Israël à se défendre.
La rupture est plus nette encore côté rejet pur et simple de l'existence d'Israël comme État juif. Jusqu'à mardi, seule la démocrate Rashida Tlaib défendait cette position au Congrès. Elle est désormais rejointe par au moins trois autres élus, dont Abdul El-Sayed, élu sénateur du Michigan. Côté républicain, seuls trois élus juifs siègent à la Chambre, du modéré David Kustoff au très offensif Randy Fine, partisan du contrôle israélien de l'ensemble des territoires disputés.
Cette dispersion s'accompagne d'un basculement institutionnel. L'AIPAC, lobby traditionnellement aligné sur le gouvernement israélien, a renoncé ces dernières semaines à ses endossements électoraux directs. J Street, qui prône au contraire des pressions américaines sur Israël pour une solution à deux États, a revendiqué mardi soir être devenu, selon son président Jeremy Ben-Ami, « le centre de gravité politique » du Parti démocrate sur ce dossier, avec près des deux tiers des élus démocrates du Congrès désormais soutenus par l'organisation.
Michigan, épicentre de la fracture
Nulle part cette division n'a été aussi visible que dans le Michigan, où Abdul El-Sayed a remporté le siège sénatorial laissé vacant. Avant le scrutin, plus de 560 Juifs de l'État avaient signé une pétition, « Michigan Jews Against Extremism », appelant à voter pour le républicain Mike Rogers en raison des positions d'El-Sayed sur Israël et de sa réaction initiale à l'attaque du Temple Israël. Parmi les signataires figuraient le président de la fédération juive de Détroit et le responsable du principal centre de la Shoah de l'État.
À l'inverse, le groupe militant non sioniste IfNotNow a mobilisé des bénévoles juifs venus d'autres États pour faire campagne dans les quartiers juifs en faveur d'El-Sayed. L'équipe du sénateur élu a affirmé, en s'appuyant sur une analyse d'un comité d'action politique progressiste, n'avoir perdu que 1,3 % du vote juif par rapport au score obtenu en 2024 par la sénatrice sortante Elissa Slotkin dans 72 bureaux de vote à forte population juive.
La section Michigan de l'Anti-Defamation League a fait part de « sérieuses préoccupations » concernant les antécédents d'El-Sayed, accusé d'avoir « minimisé les craintes de la communauté juive » et « diabolisé Israël ». L'American Jewish Committee de Détroit a tenu un discours similaire, tout en saluant la « portée historique » de l'élection du premier sénateur musulman du pays.
La suite pour les organisations pro-israéliennes
La fédération juive de Détroit et la présidence des Fédérations juives d'Amérique du Nord ont appelé, sans nommer directement El-Sayed, à « avancer avec sagesse » et à préserver la sécurité de la communauté. Le rabbin Asher Lopatin, qui avait publiquement fait campagne pour Rogers, a annoncé vouloir désormais construire une relation de travail avec le sénateur élu. Le groupe d'affaires Michigan-Israel Business Accelerator a de son côté indiqué être prêt à collaborer avec tous les élus, sortants comme nouveaux.
Cette recomposition s'inscrit dans un contexte électoral plus large marqué par une lourde défaite républicaine, que plusieurs élus du parti attribuent notamment à la guerre contre l'Iran et à l'inflation. Reste à savoir comment la nouvelle majorité démocrate, désormais plus proche de J Street que de l'AIPAC, abordera les dossiers liés à Israël lorsque le nouveau Congrès entrera en fonction en janvier.
Questions fréquentes
- Combien d'élus juifs siégeront au nouveau Congrès américain ?
- Selon le Jewish Democratic Council of America, 38 parlementaires juifs ont été élus ou réélus, dont huit nouveaux démocrates à la Chambre et dix sénateurs démocrates.
- Pourquoi l'élection d'Abdul El-Sayed divise-t-elle la communauté juive du Michigan ?
- El-Sayed est critiqué pour ses positions hostiles à Israël et sa gestion initiale de l'attaque du Temple Israël, ce qui a conduit plus de 560 Juifs de l'État à signer une pétition appelant à voter pour son adversaire républicain.
- Quelle organisation a gagné en influence au détriment de l'AIPAC ?
- J Street, qui prône des pressions américaines sur Israël pour une solution à deux États, revendique désormais le soutien de près des deux tiers des élus démocrates du Congrès.




