Otages battus le 7 octobre : le photographe gazaoui Motaz Azaiza confirme avoir filmé sans diffuser

Le journaliste gazaoui Motaz Azaiza confirme avoir filmé, le 7 octobre 2023, des otages israéliens frappés par une foule, sans jamais diffuser ces images. Deux témoignages distincts, celui du rescapé Itay Regev et les récits sur le sort du corps de l'otage Shani Louk, viennent depuis corroborer la brutalité qu'il décrit sans l'avoir montrée. Le photographe, nominé au prix Nobel de la paix, détaille aussi le système de pression interne du Hamas qui l'a poussé à l'exil.

3 min de lecture144 vuesPar la rédaction

Motaz Azaiza, photographe palestinien de Gaza nominé au prix Nobel de la paix et classé sur la liste Time100 en 2024, a confirmé avoir filmé le 7 octobre 2023 une foule s'en prenant à des otages israéliens transportés par un véhicule des brigades Al-Qassam, sans jamais publier ces images. Interrogé par le podcast arabophone Taqarrab, il raconte : « Des gens sont sortis, ont regardé, les ont frappés et leur ont fait du mal, et je les ai suivis et j'ai filmé. » Il affirme avoir renoncé à diffuser ces séquences par crainte qu'Israël ne les utilise pour identifier et cibler les agresseurs.

Des images jamais montrées, des faits confirmés par d'autres voix

« Je savais qu'Israël utiliserait ces vidéos pour identifier chaque personne présente et l'éliminer », a expliqué Azaiza, ajoutant ne pas vouloir « être responsable, même indirectement, de la mort de ces gens en échange de quelques likes ». Ces images n'ayant jamais été diffusées, il n'est pas possible d'en vérifier de manière indépendante le contenu exact. D'autres témoignages viennent toutefois corroborer la scène décrite : le rescapé du festival Nova Itay Regev a raconté avoir été, avec d'autres captifs, promené dans les rues de Gaza et exhibé comme un « trophée » devant une foule hostile. Des récits ont également décrit une foule huant et crachant sur le corps de l'otage Shani Louk après sa mort.

Un système de pression interne au sein du Hamas

Azaiza détaille le fonctionnement du groupe WhatsApp « Smart », qui réunirait selon lui l'ensemble des journalistes opérant à Gaza sous la supervision d'un responsable médias du Hamas posté près du passage de Rafah. Il affirme avoir été visé par ce réseau après avoir diffusé l'enregistrement d'un habitant critiquant ouvertement le mouvement islamiste : ses coordonnées personnelles auraient alors été diffusées, avec pour consigne de le harceler en ligne. « Les photographes à Gaza ont pris l'habitude de baisser leur caméra dès que quelqu'un dit quelque chose de négatif sur le Hamas », résume-t-il, évoquant des journalistes « pourchassés sans relâche » dès qu'ils s'écartent du discours officiel. C'est cette pression, précise-t-il désormais, qui l'a finalement poussé à quitter le territoire.

Un réquisitoire inédit et une vie marquée par le traumatisme

L'entretien se double d'une charge frontale contre le Hamas. « Montrez-moi un seul Palestinien à Gaza qui a été protégé par les armes du Hamas », lance Azaiza, qui reproche au mouvement d'avoir tardé des mois avant d'envisager un accord qu'il aurait pu accepter dès le 11 octobre 2023. « Vous nous avez ramenés au Moyen Âge, vous avez contraint les femmes de Gaza à uriner dans un seau en plastique. Cela ne vous dérange pas, mais ce qui vous dérange, c'est qu'on vous critique soudainement ? », lance-t-il, évoquant au passage un bilan d'environ 73 000 morts qu'il attribue à la guerre déclenchée par le Hamas. Parti de Gaza environ quatre mois après le début du conflit, il vit désormais au Qatar, où sa notoriété s'est encore accrue grâce à sa proximité avec le maire de New York Zohran Mamdani, dont il a suivi la soirée électorale en novembre dernier. Il confie néanmoins vivre « avec un traumatisme brûlant et permanent » et décrit Gaza comme « l'endroit le plus toxique au monde ». Le Hamas n'a, à ce jour, ni confirmé ni démenti publiquement ces déclarations.

Questions fréquentes

Pourquoi Motaz Azaiza n'a-t-il pas publié ses images des otages battus ?
Il explique avoir craint qu'Israël utilise ces vidéos pour identifier et cibler les agresseurs présents sur les images.
Existe-t-il d'autres témoignages sur ces violences du 7 octobre ?
Oui, le rescapé Itay Regev a décrit avoir été exhibé comme un « trophée » dans les rues de Gaza, et des récits évoquent une foule s'en prenant au corps de l'otage Shani Louk.
Où vit Motaz Azaiza aujourd'hui ?
Il réside au Qatar après avoir quitté Gaza environ quatre mois après le début de la guerre, en raison notamment des pressions subies pour ses critiques du Hamas.

Dossiers Le 7 octobre et les otages · Gaza et le Hamas

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