Israël réprimande Madrid après des propos « du fleuve à la mer » d'une ministre espagnole

Le ministère israélien des Affaires étrangères a convoqué lundi la chargée d'affaires espagnole pour protester contre des propos de la ministre de la Jeunesse et de l'Enfance, Sira Rego, favorable à un État palestinien « du fleuve à la mer ». Jérusalem accuse le gouvernement de Pedro Sánchez de mener une « politique systématiquement anti-israélienne ».

3 min de lecture4 vuesPar la rédaction
Israël réprimande Madrid après des propos « du fleuve à la mer » d'une ministre espagnole
Photo : La Moncloa - Gobierno de España · Attribution · Wikimedia Commons

La chargée d'affaires espagnole en Israël, Francisca Pedrós, a été convoquée lundi au ministère des Affaires étrangères par Gilad Cohen, chef de la division politico-stratégique. La convocation a été ordonnée par le ministre Gideon Sa'ar après des déclarations de la ministre espagnole de la Jeunesse et de l'Enfance, Sira Rego, selon lesquelles l'opinion publique espagnole soutiendrait un État palestinien « du fleuve à la mer ». Pour Israël, ce slogan implique « l'effacement de l'État d'Israël ».

Les faits reprochés à la ministre espagnole

Le ministère israélien qualifie ces propos de reflet d'une « politique systématiquement anti-israélienne » menée par le gouvernement de Pedro Sánchez. Il affirme que Madrid a transformé Israël en « punching-ball de sa politique étrangère » et estime que « le gouvernement espagnol a perdu sa boussole morale ». Jérusalem accuse par ailleurs l'Espagne de défendre une vision qui « suppose la destruction de l'État d'Israël » tout en critiquant le droit d'Israël à se défendre face à l'Iran et au Hamas.

La convocation d'un chef de mission diplomatique pour une réprimande reste un geste inhabituel, souligne Ynet. Elle survient toutefois dans un contexte de dégradation continue des relations entre les deux pays.

Une ministre déjà au centre de plusieurs polémiques

Sira Rego, née à Valence en 1973 et ayant grandi dans le village d'Anata, près de Jérusalem, où vit toujours son père palestinien, avait déjà fait l'objet d'une interdiction d'entrée en Israël en septembre 2025. Le matin même du massacre du 7 octobre 2023, elle avait écrit sur les réseaux sociaux que « la Palestine a le droit de résister après des décennies d'occupation, d'apartheid et d'exil ». Elle figurait aussi parmi les 21 des 705 eurodéputés ayant refusé de condamner l'attaque du Hamas, et a publiquement mis en doute des témoignages sur des décapitations de bébés et des viols commis lors du massacre du festival Nova, selon Ynet.

Une relation bilatérale déjà très dégradée

L'incident s'inscrit dans une série de mesures espagnoles jugées hostiles par Jérusalem. En mars, Madrid a décidé que son ambassadrice en Israël, Ana Salomón, ne reprendrait pas son poste, abaissant le niveau de représentation diplomatique entre les deux pays au rang de chargés d'affaires. L'Espagne a par ailleurs reconnu l'État de Palestine en mai 2024, imposé en septembre 2025 un embargo total sur les ventes d'armes à Israël au nom de la lutte contre ce qu'elle qualifie de « génocide à Gaza », et interdit les produits fabriqués par des Israéliens dans les territoires de Judée et Samarie. Lors de la dernière Assemblée générale de l'ONU, l'Espagne a été le seul pays européen à quitter la salle avant le discours du Premier ministre Benjamin Netanyahou.

Cette tension s'accompagne d'une hausse des incidents antisémites en Espagne, avec 221 cas recensés en 2025 contre 193 en 2024, selon un rapport de la Fédération des communautés juives d'Espagne (FCJE) et du Mouvement contre l'intolérance, soit une augmentation de 14 %. Récemment, plus de 350 personnalités culturelles ont signé un manifeste dénonçant l'exclusion de l'écrivaine argentine et juive Ariana Harwicz d'un festival littéraire à Grenade, qu'elle a qualifiée d'acte antisémite. Le groupe pro-israélien ACOM a de son côté averti que la politique espagnole pourrait connaître un « changement rapide » en cas d'alternance politique.

La suite des événements

Aucune réponse officielle du gouvernement espagnol n'a été rapportée à ce stade. La convocation reste un acte diplomatique sans sanction automatique, mais elle s'ajoute à une liste de frictions qui pourrait peser sur les prochains échanges bilatéraux, notamment autour de l'embargo sur les armes et du statut diplomatique des deux ambassades.

Questions fréquentes

Que signifie le slogan « du fleuve à la mer » selon Israël ?
Le ministère israélien des Affaires étrangères considère qu'il appelle à l'effacement de l'État d'Israël entre le Jourdain et la Méditerranée.
Qui est Sira Rego ?
Ministre espagnole de la Jeunesse et de l'Enfance, née à Valence et élevée près de Jérusalem, elle a déjà été interdite d'entrée en Israël en septembre 2025 et n'a pas condamné le massacre du 7 octobre.
Quelles autres mesures l'Espagne a-t-elle prises contre Israël ?
Madrid a reconnu l'État de Palestine, imposé un embargo total sur les ventes d'armes à Israël et interdit les produits issus des implantations de Judée et Samarie.

Dossier Antisémitisme

Commentaires

    À lire aussi

    Israël expulse les diplomates néerlandais de Ramallah après l'embargo commercial
    Les PRO

    Israël expulse les diplomates néerlandais de Ramallah après l'embargo commercial

    Netanyahou défend à l'ONU la doctrine sécuritaire d'Israël, la presse locale juge le ton trop guerrier
    Les PRO

    Netanyahou défend à l'ONU la doctrine sécuritaire d'Israël, la presse locale juge le ton trop guerrier