25 ans après le 11-Septembre : une mémoire américaine qui s'effrite, un souvenir juif qui résiste

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, la mémoire collective américaine s'effiloche à mesure que les générations qui n'ont pas vécu ce jour prennent le relais. Pour la communauté juive de New York, ce souvenir reste particulier : près de 400 juifs figurent parmi les victimes et une tradition festive de l'Upper West Side, la danse avec la Torah dans les rues à Simchat Torah, n'a jamais repris depuis.

3 min de lecturePar la rédaction
25 ans après le 11-Septembre : une mémoire américaine qui s'effrite, un souvenir juif qui résiste
Photo : Victor Zhang / Pexels

Le 11-Septembre occupe une place à part dans l'histoire récente des États-Unis, mais un quart de siècle plus tard, la façon dont ce jour est raconté et enseigné diverge selon les générations, les écoles et les médias. Pour la communauté juive américaine, cette mémoire se double d'un souvenir plus intime, marqué par des pertes humaines directes et par la disparition d'une tradition communautaire née dans les rues de Manhattan.

Une mémoire américaine qui s'effrite avec le temps

Selon une enquête YouGov menée en août 2026 auprès de 1 098 adultes américains, 46% des personnes interrogées disent avoir appris les attentats du 11 septembre par les journaux télévisés. Chez les 18-29 ans, ce chiffre tombe à 37%, avec 6% des jeunes sondés affirmant n'avoir jamais rien entendu sur l'événement, rapporte le Jerusalem Post. Plus de 100 millions d'Américains sont nés après 2001 ou étaient trop jeunes pour en garder un souvenir direct. Seuls 14 États, dont New York, le Texas, l'Illinois et la Californie, imposent explicitement l'enseignement du 11-Septembre dans leurs programmes scolaires ; ailleurs, le sujet reste à la discrétion des enseignants, ce qui crée, selon des universitaires cités par le Jerusalem Post, un enseignement limité à la commémoration annuelle plutôt qu'à une analyse historique approfondie.

Le 11-Septembre vu par la communauté juive

Dans une tribune publiée par JNS, l'auteur propose de faire du 11-Septembre un équivalent américain de Tisha Beav, le jeûne juif qui commémore la destruction des deux Temples. Il rappelle que le projet initial des artificiers du premier attentat contre le World Trade Center, en 1993, visait selon un témoignage cité par CBS News à « faire sauter des quartiers juifs de Brooklyn » avant que la cible ne soit déplacée vers le World Trade Center, où travaillaient, selon cette même source, une forte proportion d'employés juifs. Environ 400 juifs auraient péri au total dans les quatre attentats du 11 septembre 2001, selon des estimations reprises par JNS. Le Jerusalem Post publie par ailleurs le témoignage de Judith Segaloff, qui raconte l'histoire d'Abraham Zelmanowitz, resté volontairement dans la tour nord pour aider un collègue handicapé, et celle de Rudy Hermano, alors employé du restaurant Windows on the World, sauvé par un simple retard ce matin-là alors que la majorité de son équipe périssait.

La fin d'une tradition dans les rues de New York

Avant 2001, plusieurs synagogues de l'Upper West Side organisaient chaque année, pour Simchat Torah, des danses en plein air avec les rouleaux de la Torah, fermant temporairement West End Avenue à la circulation, rapporte la Jewish Telegraphic Agency (JTA). Selon le rabbin J. Rolando Matalon, longtemps à la tête de la congrégation B'nai Jeshurun, la police a mis fin à cette pratique après les attentats, invoquant l'impossibilité de garantir la sécurité de rassemblements aussi importants. Depuis, la plupart des congrégations organisent leurs célébrations en intérieur. Certains rabbins interrogés par JTA, comme Allen Schwartz de la synagogue Ohab Zedek, évoquent aujourd'hui l'idée de renouer avec des célébrations publiques, dans un contexte de recrudescence de l'antisémitisme depuis le 7 octobre.

Sécurité et représentation juive à New York aujourd'hui

Le climat sécuritaire hérité en partie du 11-Septembre continue de façonner la vie juive new-yorkaise. Le Jerusalem Post souligne le rôle de Jessica Tisch, commissaire de la police de New York, et de Julie Menin, première speaker juive du Conseil municipal, toutes deux identifiées comme des figures juives influentes dans une ville confrontée à la montée de l'antisémitisme et à l'élection du maire Zohran Mamdani. Tisch a notamment installé une mezouza dans son bureau du siège de la police, la présentant comme un symbole de « foi et de résilience », selon le Jerusalem Post.

Ce que révèlent les divergences de mémoire

Les sources s'accordent sur un point : la mémoire du 11-Septembre n'a pas disparu, mais elle se transforme. Le vocabulaire commémoratif officiel privilégie désormais des formulations plus douces, comme « ceux qui ont perdu la vie » plutôt que « tués dans l'attaque », une évolution relevée par le Jerusalem Post à partir de discours officiels récents, dont celui du roi Charles III lors d'une visite au mémorial de New York. Cette évolution linguistique, combinée à l'absence de programme scolaire uniforme, nourrit selon plusieurs universitaires cités par le Jerusalem Post un risque de dilution du récit historique, y compris de ses responsables identifiés.

À mesure que les témoins directs se font plus rares, la transmission de cette histoire reposera de plus en plus sur les récits familiaux, les institutions communautaires et les choix pédagogiques des prochaines années, qu'il s'agisse de la mémoire nationale américaine ou du souvenir propre à la communauté juive de New York.

Questions fréquentes

Combien de juifs américains ont été tués dans les attentats du 11 septembre 2001 ?
Selon des estimations reprises par JNS, environ 400 juifs figurent parmi les près de 3 000 victimes des quatre attentats du 11 septembre 2001.
Pourquoi la tradition de danser avec la Torah dans les rues de New York a-t-elle cessé ?
Selon la JTA, la police new-yorkaise a cessé d'autoriser la fermeture des rues après le 11-Septembre, invoquant l'impossibilité de garantir la sécurité de tels rassemblements, poussant les synagogues à célébrer Simchat Torah en intérieur.
Le 11-Septembre est-il enseigné de façon uniforme dans les écoles américaines ?
Non. Seuls 14 États imposent explicitement son enseignement dans les programmes scolaires ; ailleurs, le sujet est laissé à la discrétion des enseignants, selon le Jerusalem Post.

Sources : The Jerusalem Post, JNS, JTA, The Jerusalem Post

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