Antisémitisme en ligne : les théories du 11-Septembre resurgissent avant les Grandes Fêtes juives
À l'approche du 25e anniversaire des attentats du 11-Septembre et des Grandes Fêtes juives, l'organisation israélienne CyberWell alerte sur une vague de contenus antisémites en ligne accusant les Juifs d'avoir orchestré ces attaques. À New York, cette résurgence s'ajoute à un climat déjà tendu, où les autorités renforcent la sécurité des synagogues pour Roch Hachana.

Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, une vague de contenus antisémites resurgit sur les réseaux sociaux, selon l'organisation israélienne CyberWell, spécialisée dans la lutte contre l'antisémitisme en ligne. Cette recrudescence coïncide avec l'approche des Grandes Fêtes juives, période durant laquelle plusieurs villes, dont New York, renforcent la sécurité autour des synagogues face à un climat d'inquiétude persistant.
Un anniversaire chargé de rumeurs
CyberWell affirme avoir identifié de nombreuses publications sur Meta, Reddit, TikTok et X accusant les Juifs et Israël d'avoir planifié les attentats du World Trade Center, ou d'en avoir eu connaissance à l'avance. Certains messages reprennent la théorie dite des « Israéliens dansants », qui prétend que des ressortissants israéliens aperçus près des tours ce jour-là auraient célébré ou participé à l'attaque. D'autres visent nommément l'homme d'affaires américain Larry Silverstein, alors propriétaire du complexe, en laissant entendre que son absence ce matin-là prouverait qu'il était informé à l'avance.
Face à ces accusations, la fondatrice et directrice générale de CyberWell, Tal-Or Cohen Montemayor, rappelle que les Juifs figurent parmi les victimes du 11-Septembre. Selon des chiffres du département d'État américain cités par l'organisation, entre 200 et 400 Juifs sont morts dans les attentats, dont cinq Israéliens, soit environ 10 % des victimes. Elle estime que la diffusion de ces théories « porte atteinte à la mémoire des victimes et des premiers intervenants ».
Des mécanismes de contournement sur les réseaux
CyberWell décrit des techniques destinées à échapper à la modération automatisée des plateformes. Certains messages emploient un emoji représentant une brique de jus de fruits pour désigner subtilement les Juifs sans déclencher les filtres. D'autres publications associent directement des images du 11-Septembre à la caricature antisémite du « Happy Merchant », ou ciblent des internautes juifs par des insultes explicites en les accusant d'implication dans les attentats.
Selon Cohen Montemayor, ces contenus sont amplifiés par les algorithmes de recommandation et par l'absence de politiques de modération spécifiquement adaptées à ce type de discours. Elle évoque également un risque à plus long terme : l'entraînement d'intelligences artificielles sur des données issues des réseaux sociaux pourrait, selon elle, contribuer à reproduire ces théories comme des faits établis.
New York sous tension avant les Grandes Fêtes
Cette résurgence en ligne s'inscrit dans un contexte américain déjà marqué par une inquiétude croissante de la communauté juive. À New York, la présidente du Conseil municipal, Julie Menin, première élue juive à occuper cette fonction, indique que les incidents antisémites recensés par la police new-yorkaise ont augmenté de 8,5 % sur les sept premiers mois de 2026, et que 57 % des crimes de haine signalés dans la ville visaient des victimes juives.
À l'approche de Roch Hachana, qui coïncide cette année avec l'Assemblée générale des Nations unies et des manifestations attendues contre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, une loi votée récemment par le Conseil municipal doit permettre à la police d'établir des périmètres de sécurité autour des lieux de culte en cas de comportements intimidants. Le maire Zohran Mamdani, dont les positions sur Israël ont suscité des tensions avec une partie de la communauté juive, a laissé cette mesure entrer en vigueur sans y apposer sa signature. Il a toutefois annoncé, avec la commissaire de police Jessica Tisch, un renforcement de la présence policière autour des synagogues pour les fêtes, reconnaissant que certains Juifs se sentent « comprensiblement effrayés » à l'idée de célébrer ouvertement.
Les enjeux d'une modération toujours en retard
Pour CyberWell, l'enjeu dépasse le seul cas du 11-Septembre. L'organisation affirme observer une multiplication des théories accusant les Juifs d'être responsables de catastrophes mondiales, sans que les plateformes disposent de règles claires pour les traiter. Cohen Montemayor évoque également le rôle d'acteurs étatiques étrangers dans l'amplification de ces récits, dans un objectif, selon elle, de fragiliser la cohésion sociale en Occident.
À New York, Julie Menin défend de son côté l'idée qu'une prise de parole publique et des mesures législatives ciblées, comme la loi sur les périmètres de sécurité ou son opposition à une exposition consacrée au créateur de mode John Galliano, peuvent contribuer à endiguer ce climat. Elle appelle par ailleurs à un apaisement du discours public, estimant qu'un « sentiment de peur accru » persiste au sein de la communauté juive de la ville.
À l'approche de Roch Hachana et de Kippour, ces deux dynamiques, la résurgence de théories complotistes en ligne et la vigilance renforcée autour des lieux de culte, dessinent un contexte de fêtes sous surveillance. Les organisations de veille comme CyberWell annoncent poursuivre le suivi de ces contenus, tandis que les autorités new-yorkaises devront démontrer, dans les jours qui viennent, l'efficacité concrète de leurs nouvelles mesures.
Questions fréquentes
- Combien de Juifs sont morts dans les attentats du 11-Septembre ?
- Selon des chiffres du département d'État américain cités par CyberWell, entre 200 et 400 Juifs ont péri lors des attentats, dont cinq Israéliens, soit environ 10 % des victimes.
- Qu'est-ce que la théorie dite des « Israéliens dansants » ?
- Il s'agit d'une théorie complotiste affirmant que des ressortissants israéliens aperçus près du World Trade Center le 11 septembre 2001 auraient eu connaissance de l'attaque à l'avance ou l'auraient célébrée.
- Quelles mesures de sécurité sont prévues à New York pour les Grandes Fêtes ?
- La police new-yorkaise a annoncé un renforcement de sa présence autour des synagogues, et une loi municipale permet désormais d'établir des périmètres de sécurité en cas de manifestations intimidantes près des lieux de culte.
Sources : The Forward, The Jerusalem Post





