Antisémitisme à l'école : cinq organisations juives dévoilent une charte en six points pour les écoles nord-américaines
Cinq grandes organisations juives ont présenté mercredi une « Charte des droits des élèves juifs », un texte en six points destiné aux écoles primaires et secondaires d'Amérique du Nord. L'initiative intervient alors que les incidents antisémites dans les établissements scolaires non confessionnels restent élevés, malgré un recul global de l'antisémitisme aux États-Unis en 2025.

La Jewish Federations of North America, l'Anti-Defamation League (ADL), l'American Jewish Committee (AJC), la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations et StandWithUs ont publié mercredi une « Jewish Students' Bill of Rights ». Ce document appelle les écoles et les districts scolaires nord-américains à adopter six mesures concrètes pour protéger les élèves juifs, au moment où la rentrée scolaire s'accompagne, selon ces organisations, d'une anxiété persistante chez de nombreuses familles juives.
Un contexte d'incidents scolaires qui ne baisse pas
L'initiative survient alors que le nombre d'incidents antisémites dans les écoles primaires et secondaires non confessionnelles n'a pas suivi la tendance générale à la baisse. Selon l'audit 2025 de l'ADL, 825 incidents ont été recensés dans ces établissements, contre 860 l'année précédente, une quasi-stagnation. À l'échelle nationale, l'ADL a comptabilisé 6 274 incidents antisémites aux États-Unis en 2025, soit une baisse de 33 % par rapport aux 9 354 incidents de 2024. L'organisation précise que les écoles font partie des rares catégories qui n'ont pas connu de recul significatif, et que de nombreux cas relèvent de comportements entre élèves : harcèlement, moqueries ou croix gammées dessinées ou affichées.
Les six mesures de la charte
Le texte demande d'abord que les administrateurs et le personnel scolaire soient formés à identifier les formes contemporaines de l'antisémitisme, et que chaque établissement dispose d'une procédure claire et transparente pour signaler et traiter les incidents. Il exige également que l'enseignement portant sur la culture juive, l'histoire, la Shoah, l'antisémitisme et Israël soit exact et représentatif. Trois autres points concernent le quotidien des élèves : accorder des absences justifiées pour les fêtes religieuses juives, éviter de programmer des activités scolaires majeures lors de ces fêtes, et garantir que les élèves puissent exprimer leur identité juive ou leur lien avec Israël sans subir de moqueries ni de pression à s'en distancier. Le dernier point demande aux enseignants de présenter les sujets politiques contestés de manière équilibrée, sans utiliser la salle de classe pour promouvoir un point de vue particulier.
Les réactions des organisations juives
« Aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre son éducation et son identité », a déclaré Eric Fingerhut, président et directeur général de la Jewish Federations of North America, précisant que les organisations ne demandent « pas un traitement spécial » mais la même sérieux et la même protection que celle déjà accordée à tout autre élève. Jonathan Greenblatt, directeur général de l'ADL, a estimé que lorsqu'une école ne sait pas identifier ou répondre à l'antisémitisme, « la leçon retenue par chaque élève juif de cet établissement est qu'il n'a pas sa place ». Il a ajouté que ces six normes visent à « établir le manuel de référence » sur la conduite à tenir.
Ted Deutch, directeur général de l'AJC, a jugé que les écoles devaient permettre aux élèves de participer à la vie scolaire « sans crainte de harcèlement ni d'exclusion ». William Daroff, à la tête de la Conference of Presidents, a rappelé que la rentrée, habituellement synonyme d'excitation, était devenue pour beaucoup d'élèves juifs une source de « harcèlement, de moqueries et d'anxiété ». Roz Rothstein, cofondatrice de StandWithUs, a de son côté dénoncé le fait que ce sont trop souvent les élèves eux-mêmes qui doivent expliquer le judaïsme, Israël et l'antisémitisme à leurs camarades, appelant les adultes, enseignants et administrateurs, à « faire preuve de courage et de clarté morale ».
Un climat plus large de tensions autour d'Israël
Cette charte s'inscrit dans un contexte plus vaste de préoccupation exprimée par la communauté juive nord-américaine. Toujours cette semaine, plus de 5 000 personnalités et responsables ont signé une lettre ouverte, diffusée par l'organisation Creative Community for Peace, rejetant l'accusation de « génocide » visée contre Israël à Gaza, qu'ils qualifient de vecteur d'antisémitisme. L'ancienne envoyée spéciale américaine chargée de la lutte contre l'antisémitisme, Deborah Lipstadt, a évoqué auprès de JNS une « heure de crise », citant des effets concrets sur les jeunes Juifs, jusqu'à leur réticence à mentionner sur un CV des études de judaïsme. Elle a également mentionné plusieurs attaques violentes survenues récemment, dont l'attentat contre le Temple Israel dans le Michigan, une agression au couteau à Londres et un incendie criminel visant un restaurant casher à Montréal, comme des signes d'une tension qui dépasse le seul cadre scolaire.
Quelles suites pour cette initiative ?
La charte n'a pas de valeur contraignante : son adoption dépendra de la volonté de chaque école ou district scolaire de s'en saisir. Les organisations signataires misent sur la mobilisation des parents et des communautés locales pour faire pression en ce sens. Reste à savoir si ce texte parviendra à inverser la tendance observée dans les statistiques de l'ADL, alors que les incidents en milieu scolaire résistent à la baisse générale constatée ailleurs aux États-Unis.
Questions fréquentes
- Qui a lancé la « Jewish Students' Bill of Rights » ?
- Cinq organisations : Jewish Federations of North America, l'Anti-Defamation League, l'American Jewish Committee, la Conference of Presidents of Major American Jewish Organizations et StandWithUs.
- Ce texte concerne-t-il les universités ou les écoles ?
- Il vise les écoles primaires et secondaires (K-12) nord-américaines, et non les campus universitaires.
- Que montrent les statistiques de l'ADL pour 2025 ?
- L'ADL a recensé 825 incidents dans les écoles non confessionnelles en 2025, contre 860 en 2024, alors que le total national a baissé de 33 % à 6 274 incidents.
Sources : The Jerusalem Post, JNS, JNS


