Décryptage
Gaza : ce qu'Al Jazeera ne dit pas sur son bilan de 1 600 morts depuis le cessez-le-feu
Al Jazeera affirme que près de 1 600 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre. Ce chiffre, présenté comme un fait établi, provient exclusivement du ministère de la Santé de Gaza, une administration qui était dirigée par le Hamas. Les textes eux-mêmes révèlent des zones d'ombre que la présentation du bilan passe sous silence.

Ce qu'écrit Al Jazeera
Dans deux articles publiés le 3 novembre, Al Jazeera English affirme que « nearly 1,600 Palestinians have been killed in Gaza since a US-brokered 'ceasefire' took effect in October last year ». Le média précise que, selon le ministère de la Santé de Gaza, 1 593 Palestiniens ont été tués et 5 748 blessés depuis le début de la trêve. Il qualifie plus loin l'ensemble du conflit de « genocidal war on Gaza », une formule reprise sans attribution à une source tierce. Le second article, un récapitulatif hebdomadaire, détaille une liste de personnes tuées jour après jour, en citant l'agence Wafa, Gaza Now et des activistes locaux comme sources principales.
Ce que disent les faits
Le chiffre de 1 593 morts repose sur une seule source : le ministère de la Santé de Gaza. Or cette administration était dirigée par le Hamas, qui gouvernait la bande de Gaza et contrôlait ses services publics, un fait qu'Al Jazeera ne mentionne à aucun moment dans sa présentation du bilan. Les deux articles n'indiquent aucune vérification indépendante de ce total, ni de source alternative.
Sur l'identité des personnes tuées, les deux textes se contredisent en interne. L'armée israélienne a déclaré avoir visé des « Palestinian fighters » dans trois frappes, « but provided no further details », selon Al Jazeera elle-même. Le second article confirme que « Israeli authorities claimed many of those killed this week were Hamas fighters, though no evidence was provided » — tout en ajoutant que des sources palestiniennes décrivent l'une de ces personnes comme un enseignant, sans que cette version soit davantage vérifiée. Les deux versions restent donc des allégations non tranchées, d'après le texte lui-même.
Par ailleurs, le décompte cité inclut des personnes liées aux administrations dirigées par le Hamas à Gaza : un responsable du ministère de l'Agriculture tué dans une frappe sur une installation du ministère de l'Économie, et cinq hommes que le ministère de l'Intérieur de Gaza a présentés comme des policiers. Ces victimes sont comptabilisées dans le total global sans que leur statut soit distingué de celui des civils.
Ce qui n'est pas dit
Les deux articles ne précisent jamais la répartition entre combattants et civils dans le total de 1 593 morts. Ils ne mentionnent pas non plus que le ministère de la Santé cité comme source unique dépendait du Hamas, qui a gouverné Gaza jusqu'à l'attaque du 7 octobre 2023 contre Israël et dont les structures administratives sont restées en place. Cette omission place un chiffre d'origine politique au même rang qu'une statistique neutre, sans que le lecteur soit informé de son origine.
La suite de l'actualité porte sur l'aide humanitaire plutôt que sur une clarification du bilan : selon Al Jazeera, citant Israel Army Radio, Nickolay Mladenov, haut représentant du Board of Peace mis en place par Washington, est arrivé en Israël lundi pour obtenir l'autorisation d'acheminer des tentes avant l'hiver et accélérer la reconstruction. Aucune enquête indépendante sur la méthodologie du décompte des victimes n'est annoncée à ce stade.
Questions fréquentes
- D'où vient le chiffre de 1 600 morts cité par Al Jazeera ?
- Il provient exclusivement du ministère de la Santé de Gaza, cité par Al Jazeera comme unique source du décompte depuis le début du cessez-le-feu en octobre.
- Ce ministère est-il une source neutre ?
- Non. Selon le contexte établi, le Hamas gouvernait la bande de Gaza et contrôlait ses administrations, dont le ministère de la Santé.
- Que répond l'armée israélienne sur ces frappes ?
- Elle affirme avoir visé des combattants palestiniens dans ses frappes, mais Al Jazeera précise elle-même qu'aucune preuve n'a été fournie.
Dossier Gaza et le Hamas



