Allemagne : l'AfD et Die Linke l'emportent, la communauté juive de Berlin s'inquiète
Deux scrutins régionaux organisés dimanche en Allemagne ont vu l'extrême droite l'emporter en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et la gauche radicale Die Linke s'imposer à Berlin. Les dirigeants juifs allemands, dont le président du Conseil central des Juifs Josef Schuster, se disent « profondément troublés » par ces résultats, marqués à Berlin par une controverse sur l'antisémitisme au sein de Die Linke.

Le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) a remporté dimanche l'élection régionale du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale avec 38,2 % des voix, plus du double de son score précédent. À Berlin, c'est la gauche radicale Die Linke qui arrive en tête avec 25,7 % des suffrages, devançant la CDU (18,8 %), l'AfD (16,3 %), les Verts (14,3 %) et les sociaux-démocrates du SPD, tombés à un plancher historique de 12,1 %.
Dans le Mecklembourg, la CDU du chancelier Friedrich Merz a réalisé son pire score de l'après-guerre : avec 4,9 % des voix, elle passe pour la première fois de son histoire sous le seuil des 5 % et se retrouve sans élus au parlement régional. Ces résultats prolongent la percée de l'AfD, qui avait déjà obtenu son meilleur score national deux semaines plus tôt en Saxe-Anhalt, avec 43,8 % des voix.
Die Linke empêtrée dans une controverse antisémite
À Berlin, la victoire de Die Linke s'accompagne d'une polémique qui a pris de l'ampleur ces dernières semaines. Fin août, lors d'un meeting du parti dans le quartier de Neukölln, le rappeur Dahabflex a interprété une chanson reprenant les slogans « Yalla Yalla Intifada » et « Mort à Tsahal », ce qui a conduit la police berlinoise à ouvrir une enquête. Le jour du scrutin, un candidat du parti au conseil de district de Neukölln a relayé un appel de Majed Abusalama, cofondateur de l'organisation Palästina Spricht, classée extrémiste par les services de renseignement intérieur de Berlin, qui présentait le vote comme une « intifada électorale ». Les sources divergent sur l'orthographe exacte du nom de ce candidat, cité tantôt comme Bassem Saadi, tantôt comme Basem Said.
Le soir de la victoire, Issa Remmo, présenté comme une figure d'un clan lié par les autorités à la criminalité organisée à Berlin, s'est rendu à la fête de Die Linke à Neukölln et a déclaré se sentir enfin représenté par un parti allemand. Ibrahim Ibrahim, militant anti-israélien identifié comme un soutien du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) — organisation classée terroriste par l'Union européenne — a également été photographié aux côtés du député Ferat Koçak. Die Linke a dit n'entretenir aucun lien avec ces personnes.
Josef Schuster a estimé que le parti avait « répétitivement franchi des lignes antisémites » pendant la campagne, rappelant que des appels à la mort de soldats israéliens avaient été entendus lors d'un de ses meetings. Il a appelé le SPD et les Verts à ne pas s'associer à Die Linke pour former le futur gouvernement de la capitale. La tête de liste du parti, Elif Eralp, a rejeté ces accusations, affirmant que le droit d'Israël à exister « n'est pas négociable » et présentant un plan en cinq points contre l'antisémitisme, tout en reconnaissant que ce phénomène « existe dans les milieux de gauche ».
La suite : des négociations de coalition sous surveillance
Au niveau national, la direction de Die Linke a qualifié dans le passé l'action d'Israël à Gaza de « génocide » et a substitué à la définition de l'antisémitisme retenue en Allemagne la déclaration de Jérusalem, plus permissive sur le boycott d'Israël. Le chancelier Friedrich Merz a jugé la situation « une honte pour l'Allemagne » et affirmé que « la vie juive n'est plus en sécurité » dans le pays, tout en annonçant une loi fédérale destinée à bloquer le projet de Die Linke de nationaliser de grands bailleurs immobiliers à Berlin.
Mathématiquement, une coalition Die Linke-Verts-SPD disposerait d'environ 97 sièges sur 162, contre 84 pour une alternative CDU-Verts-SPD. Le SPD, par la voix de son candidat Steffen Krach, a posé comme condition un désaveu « clair et cohérent » de l'antisémitisme par l'ensemble du futur groupe parlementaire de Die Linke. Les négociations de coalition, qui détermineront si Elif Eralp devient la première maire issue de ce parti dans l'histoire de Berlin, devraient se poursuivre dans les prochaines semaines.
Questions fréquentes
- Pourquoi la communauté juive s'inquiète-t-elle particulièrement de Die Linke ?
- Plusieurs incidents lors de la campagne à Berlin — chants pro-intifada, liens avec des militants pro-palestiniens radicaux, présence de figures controversées à la fête électorale — ont conduit le Conseil central des Juifs d'Allemagne à dénoncer des « lignes antisémites » franchies par le parti.
- Qui pourrait diriger Berlin après ces élections ?
- Elif Eralp, tête de liste de Die Linke, cherche à former une coalition avec les Verts et le SPD, qui disposerait d'une majorité de sièges. Une alternative associant la CDU, les Verts et le SPD reste toutefois mathématiquement possible.
- Que s'est-il passé pour la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale ?
- Avec 4,9 % des voix, la CDU est passée sous le seuil des 5 % et se retrouve pour la première fois de son histoire sans représentation dans un parlement régional allemand.
Sources : Ynet News, Israel Hayom, The Jerusalem Post, Israel Hayom




