Oskar Schindler, l'industriel nazi devenu sauveur de plus de 1 100 Juifs
Industriel allemand membre du parti nazi, Oskar Schindler a employé plus de 1 100 Juifs dans ses usines pour les soustraire aux camps d'extermination pendant la Shoah. Né le 28 avril 1908 en Moravie, il a été reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem en 1967. Son histoire, popularisée par le film de Steven Spielberg, reste un repère dans la mémoire du sauvetage des Juifs d'Europe.

Oskar Schindler naît le 28 avril 1908 à Zwittau, en Moravie, alors partie de l'Autriche-Hongrie. Industriel allemand des Sudètes, il adhère en 1935 au Parti allemand des Sudètes, puis collabore à partir de 1936 avec l'Abwehr, le service de renseignement militaire allemand. Il recrute des agents et transmet des informations sur les chemins de fer et les mouvements de troupes en Tchécoslovaquie, en vue de l'invasion planifiée par le Reich. Arrêté par les autorités tchèques pour espionnage en juillet 1938, il est libéré après les accords de Munich et demande son adhésion au parti national-socialiste, acceptée en 1939.
De l'usine rentable au sauvetage d'ouvriers juifs
Schindler s'installe à Cracovie et reprend la direction de la Deutsche Emailwarenfabrik, une fabrique de batteries de cuisine en émail située près du camp de concentration de Plaszow. Il entretient de bonnes relations avec le commandant du camp, Amon Göth, qui lui fournit une main-d'œuvre juive. Au départ, Schindler recherche avant tout la rentabilité : les ouvriers juifs coûtent moins cher que les ouvriers polonais, leurs salaires étant fixés par l'administration d'occupation. Avec le temps, selon les éléments biographiques disponibles, il se montre de plus en plus affecté par le sort de ces travailleurs.
La liste qui sauve plus de 1 100 vies
Aidé de son épouse Émilie, de son ami Itzhak Stern et de sa secrétaire Mimi Reinhardt, Oskar Schindler organise le transfert de ses ouvriers juifs vers une nouvelle usine d'armement à Brünnlitz, intégrée au camp de concentration de Gross-Rosen, à une quinzaine de kilomètres de sa ville natale. Entre 1 100 et 1 200 Juifs échappent ainsi aux camps d'extermination grâce à cette opération. Schindler se rend lui-même jusqu'à Auschwitz pour récupérer des ouvrières juives destinées à y être déportées. Il organise la faillite de l'usine de Brünnlitz afin de ne pas fournir d'armement à l'effort de guerre allemand, tout en continuant de protéger ses employés.
Ce sauvetage lui coûte sa fortune, dépensée en pots-de-vin versés aux autorités nazies et en achats au marché noir pour nourrir et protéger ses ouvriers. Il est arrêté à trois reprises pendant la guerre, notamment pour avoir embrassé une ouvrière juive et pour avoir versé des pots-de-vin destinés à sauver la domestique d'Amon Göth, Helen Hirsch. Aucune de ces arrestations ne débouche sur une condamnation durable.
La fuite, la ruine, puis l'exil
En 1945, face à l'avancée soviétique, Schindler et son épouse fuient vers l'ouest. Ils perdent une partie de leurs biens, dont un diamant caché, confisqués par les troupes soviétiques. Ils atteignent finalement les lignes américaines avant de rejoindre la Bavière à la fin de l'année. Ruiné, Schindler sollicite en 1948 un remboursement auprès de l'American Jewish Joint Distribution Committee pour les dépenses engagées durant la guerre, qu'il évalue à plus de 1 056 000 dollars. Il reçoit alors 15 000 dollars.
Après la guerre, il tente sans succès de refaire sa vie professionnelle, d'abord en Argentine comme éleveur, puis en Allemagne dans l'industrie du ciment. Il reste toutefois en contact avec plusieurs des personnes qu'il a sauvées et suit leur parcours après-guerre. Il meurt le 9 octobre 1974 à Hildesheim, d'une insuffisance hépatique, à l'âge de 66 ans.
Un Juste parmi les nations, un héritage toujours vivant
Le 18 juillet 1967, le Mémorial de Yad Vashem lui décerne le titre de Juste parmi les nations. Sa femme Émilie reçoit la même distinction en 1993. Oskar Schindler figure parmi les très rares membres du parti nazi honorés de ce titre par l'État d'Israël. Il repose au cimetière chrétien du mont Sion, à Jérusalem.
Son histoire a été portée à la connaissance du grand public par le roman de Thomas Keneally paru en 1982, puis par le film de Steven Spielberg sorti en 1993, récompensé par sept Oscars dont celui du meilleur film. Au-delà de l'œuvre de fiction, le nom de Schindler demeure associé, dans la mémoire israélienne, à la figure de l'homme qui a choisi de sauver plutôt que de profiter du système dont il tirait initialement bénéfice.
Questions fréquentes
- Combien de personnes Oskar Schindler a-t-il sauvées ?
- Entre 1 100 et 1 200 Juifs, selon les estimations retenues par ses biographes, qu'il a employés dans ses usines en Pologne puis en Bohême-Moravie.
- Quand Oskar Schindler a-t-il été reconnu Juste parmi les nations ?
- Le 18 juillet 1967, par le Mémorial de Yad Vashem. Son épouse Émilie a reçu la même distinction en 1993.
- Où Oskar Schindler est-il enterré ?
- Au cimetière chrétien du mont Sion à Jérusalem, l'un des très rares membres du parti nazi honoré par Israël.
Dossier La Shoah et les Justes



