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Hélène de Grèce, reine mère de Roumanie, Juste parmi les nations pour son opposition à la Shoah

Princesse de Grèce devenue reine mère de Roumanie, Hélène de Grèce s'est opposée, aux côtés de son fils le roi Michel Ier, à la déportation des Juifs roumains durant la Seconde Guerre mondiale. Son engagement lui vaut, en 1993, le titre posthume de Juste parmi les nations décerné par Yad Vashem.

3 min de lecturePar la rédaction
Hélène de Grèce, reine mère de Roumanie, Juste parmi les nations pour son opposition à la Shoah
Photo : Bassano Ltd · Public domain · Wikimedia Commons

Née le 2 mai 1896 à Athènes, Hélène de Grèce est la fille du roi Constantin Ier de Grèce et de la reine Sophie de Prusse. Son enfance est marquée par l'exil, d'abord en 1909 lors du coup d'État de la « Ligue militaire » contre son grand-père Georges Ier, puis à nouveau pendant la Première Guerre mondiale, lorsque son père est renversé par les Alliés en 1917. Cette instabilité politique, qu'elle connaît dès l'adolescence, façonne une femme habituée aux bouleversements de l'histoire européenne.

En 1921, Hélène épouse le prince héritier de Roumanie, le futur Carol II, et donne naissance à son unique enfant, Michel, la même année. Le mariage tourne court : Carol abandonne son épouse en 1925 pour sa liaison avec Hélène Lupescu, puis impose le divorce en 1928. Hélène, proclamée princesse mère de Roumanie, voit son fils monter sur le trône dès 1927, sous régence, avant que Carol ne revienne s'emparer du pouvoir en 1930 et ne contraigne son ex-épouse à l'exil, limitant ses visites à son fils à deux mois par an.

Le retour à Bucarest pendant la Seconde Guerre mondiale

Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale change la donne. La déposition de Carol II en 1940, consécutive au démembrement de la « Grande Roumanie », ramène Hélène auprès de son fils Michel, désormais roi, à Bucarest. Le pays tombe alors sous la dictature du général Ion Antonescu, allié de l'Allemagne nazie. Le jeune souverain et sa mère servent officiellement de caution à ce régime fascisant, placé sous la surveillance étroite de Berlin.

C'est dans ce contexte extrêmement contraint, au cœur d'un pouvoir dont ils ne maîtrisent pas les leviers réels, qu'Hélène et Michel manifestent leur opposition à la participation de la Roumanie à l'invasion de l'URSS et, surtout, à la déportation des Juifs. Leur position, prise au sein même de l'appareil d'État allié du Troisième Reich, constitue une prise de risque politique directe, sous un régime où toute dissidence expose à des représailles.

Le coup d'État du 23 août 1944

Cette opposition trouve son aboutissement le 23 août 1944, lorsque le roi Michel organise un coup d'État contre Antonescu. La Roumanie retourne alors ses armes contre les forces de l'Axe. Le pays échappe ainsi à une partie du sort réservé aux alliés les plus fidèles de l'Allemagne nazie, même s'il sera ensuite occupé par l'Armée rouge et traité en pays vaincu par les Soviétiques.

L'après-guerre est marqué pour Hélène et son fils par l'ingérence croissante de Moscou dans la vie politique roumaine. En mars 1945, le roi doit accepter un gouvernement communiste dirigé par Petru Groza. Des élections truquées en 1946 achèvent de consolider l'emprise du parti communiste roumain. Michel Ier est finalement contraint d'abdiquer le 30 décembre 1947, et la famille royale prend le chemin de l'exil.

Une reconnaissance tardive de Yad Vashem

Après la chute de la monarchie roumaine, Hélène retourne vivre à la villa Sparta, près de Florence, où elle partage son temps entre sa famille, le jardinage et l'art italien. Préoccupée par ses finances, elle quitte l'Italie pour la Suisse en 1979 et meurt à Lausanne le 28 novembre 1982, auprès de son fils Michel.

Ce n'est qu'en 1993, soit plus d'une décennie après sa mort, que Yad Vashem lui décerne à titre posthume le titre de Juste parmi les nations, en reconnaissance de son action en faveur des Juifs roumains durant la Seconde Guerre mondiale. Cette distinction, la plus haute qu'Israël accorde à des non-Juifs ayant œuvré au péril de leur position pour s'opposer à la persécution des Juifs, consacre un engagement pris dans des conditions politiques extrêmement périlleuses, au sommet même d'un État allié du régime nazi.

Un héritage transmis par son fils

L'héritage d'Hélène de Grèce reste indissociable de celui de son fils Michel Ier, qui a porté le coup d'État de 1944 et partagé jusqu'à sa propre mort, en 2017, la mémoire de cette période. Le titre de Juste parmi les nations attribué à la reine mère de Roumanie continue d'être cité comme un exemple de résistance morale exercée depuis l'intérieur même d'un pouvoir sous tutelle allemande, à une époque où la majorité des dirigeants européens se taisaient ou collaboraient activement à la déportation des Juifs.

Questions fréquentes

Pourquoi Hélène de Grèce a-t-elle été reconnue Juste parmi les nations ?
Yad Vashem lui a décerné ce titre à titre posthume en 1993, en reconnaissance de son opposition, aux côtés de son fils le roi Michel Ier de Roumanie, à la déportation des Juifs roumains pendant la Seconde Guerre mondiale.
Quel lien avait Hélène de Grèce avec la Roumanie ?
Princesse de Grèce de naissance, elle avait épousé en 1921 le futur roi Carol II de Roumanie et devint reine mère après l'accession au trône de leur fils unique, Michel Ier.
Qu'est-il arrivé après la guerre à Hélène de Grèce ?
Après l'abdication forcée de son fils en 1947 sous la pression communiste, elle s'exile en Italie puis en Suisse, où elle meurt en 1982.

Dossier La Shoah et les Justes

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