Alice de Battenberg : la princesse sourde qui cacha une famille juive à Athènes sous l'Occupation

Née le 25 février 1885 au château de Windsor, la princesse Alice de Battenberg est devenue, par son mariage, princesse de Grèce et belle-mère de la reine Élisabeth II. Restée à Athènes pendant la Seconde Guerre mondiale, elle y abrite une famille juive, ce qui lui vaut le titre posthume de « Juste parmi les nations » en 1993.

3 min de lecturePar la rédaction
Alice de Battenberg : la princesse sourde qui cacha une famille juive à Athènes sous l'Occupation
Photo : Henry Walter Barnett · Public domain · Wikimedia Commons

Arrière-petite-fille de la reine Victoria, Alice de Battenberg naît le 25 février 1885 dans la « chambre des tapisseries » du château de Windsor. Atteinte d'une surdité congénitale diagnostiquée dans son enfance, elle apprend, grâce au soutien assidu de sa mère, à lire sur les lèvres en quatre langues : l'anglais, l'allemand, le français et le grec moderne. Cette éducation exigeante forge un caractère déterminé qui la caractérisera toute sa vie.

Une princesse anglo-allemande devenue princesse de Grèce

En 1903, Alice épouse le prince André de Grèce, fils du roi Georges Ier. Le couple s'installe en Grèce, où naissent leurs cinq enfants, dont le futur duc d'Édimbourg, Philip, marié en 1947 à la princesse Élisabeth, future reine Élisabeth II. La famille royale grecque connaît toutefois un bannissement après la Première Guerre mondiale et la guerre gréco-turque de 1919-1922, contraignant Alice à l'exil.

Les années 1930 sont marquées par une profonde crise personnelle. Convertie à l'orthodoxie grecque, Alice traverse une crise mystique qui conduit à son internement dans une clinique en Suisse. Libérée fin 1932, elle choisit de vivre séparée de son mari et de sa famille jusqu'en 1937, année où sa fille Cécile périt avec son époux et leurs enfants dans un accident d'avion à Ostende. Ce drame la réconcilie avec les siens, et elle revient s'installer à Athènes en 1938, sans toutefois reprendre la vie commune avec le prince André.

Rester à Athènes pendant l'Occupation

À la différence de presque tous les autres membres de la famille royale grecque, qui choisissent l'exil, Alice reste à Athènes durant toute la Seconde Guerre mondiale. Elle y organise des soupes populaires pour venir en aide à la population grecque, alors soumise aux privations de l'Occupation. C'est également durant cette période qu'elle abrite chez elle une famille juive, un geste qui l'expose, comme tout acte de ce type sous l'Occupation, à un risque réel pour sa propre sécurité.

Les sources disponibles ne précisent ni l'identité de cette famille, ni le nombre exact de personnes concernées, ni le détail des circonstances de ce sauvetage. Ce geste, resté longtemps discret, sera néanmoins reconnu officiellement des décennies plus tard : en 1993, l'institution Yad Vashem attribue à titre posthume à Alice de Battenberg le titre de « Juste parmi les nations », distinction réservée aux non-juifs ayant risqué leur vie pour protéger des juifs pendant la Shoah.

Veuvage et vie monastique

Le prince André meurt en 1944, faisant d'Alice une veuve qui continue de vivre en Grèce dans les années d'après-guerre. Elle fonde alors une communauté monastique orthodoxe, qui périclite dès 1959. L'instauration de la dictature des colonels en Grèce, en 1967, la pousse finalement à quitter le pays pour rejoindre son fils Philip, devenu duc d'Édimbourg par son mariage avec la reine Élisabeth II.

Alice passe ses dernières années au palais de Buckingham. Elle meurt le 5 décembre 1969, deux mois après avoir perdu sa fille Théodora. Sa dépouille, d'abord inhumée à Windsor, est transférée en 1988 à l'église Sainte-Marie-Madeleine de Jérusalem, un choix qui rapproche symboliquement sa mémoire de la terre d'Israël.

Un héritage reconnu par Yad Vashem

Le titre de « Juste parmi les nations » attribué en 1993 place Alice de Battenberg parmi les figures non juives distinguées pour leur courage pendant la Shoah. Son parcours, celui d'une princesse sourde, exilée puis réconciliée avec sa famille, illustre comment des personnalités éloignées des cercles habituels de la Résistance ont pu, à titre individuel, protéger des vies juives sous l'Occupation. Sa sépulture à Jérusalem perpétue aujourd'hui ce lien entre son histoire personnelle et celle du peuple juif.

Questions fréquentes

Qu'a fait Alice de Battenberg pendant la Shoah ?
Restée à Athènes durant l'Occupation, elle organise des soupes populaires et abrite chez elle une famille juive, un geste qui lui vaut le titre posthume de « Juste parmi les nations » en 1993.
Pourquoi ce titre lui a-t-il été attribué à titre posthume ?
Alice de Battenberg est morte en 1969, soit près de vingt-cinq ans avant que Yad Vashem ne reconnaisse officiellement son geste en 1993.
Où est-elle enterrée aujourd'hui ?
Sa dépouille, d'abord inhumée à Windsor, a été transférée en 1988 à l'église Sainte-Marie-Madeleine de Jérusalem.

Sources : Wikipédia

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