Milena Jesenská, journaliste tchèque et Juste parmi les nations morte à Ravensbrück

Née le 10 août 1896 à Prague, Milena Jesenská fut journaliste, traductrice et correspondante de Franz Kafka avant de rejoindre la résistance contre l'occupation nazie. Arrêtée par la Gestapo en 1939, elle mourut au camp de Ravensbrück en 1944. Cinquante ans plus tard, Yad Vashem la reconnaît Juste parmi les nations.

3 min de lecturePar la rédaction
Milena Jesenská, journaliste tchèque et Juste parmi les nations morte à Ravensbrück
Photo : Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons

Milena Jesenská naît le 10 août 1896 à Prague, dans une famille aristocratique d'origine slovaque installée en Bohême. Son père, chirurgien et professeur à l'Université Charles, la laisse grandir dans une liberté que sa mère, morte alors qu'elle avait treize ans, n'aurait sans doute pas autorisée. Poussée par son père vers des études de médecine, elle les abandonne rapidement pour se tourner vers l'écriture et la traduction.

Une journaliste au cœur de la vie intellectuelle pragoise

Entre 1918 et 1925, mariée à Ernst Polak, traducteur d'origine juive, Jesenská vit à Vienne. Pour s'émanciper de ce mariage difficile, elle se met à traduire et à enseigner le tchèque, comptant parmi ses élèves l'écrivain autrichien Hermann Broch. Elle fréquente aussi Max Brod, Franz Werfel, Karel Čapek et son épouse Olga Scheinpflugová. À partir de 1920, elle devient journaliste, d'abord pour le journal pragois Tribuna, puis pour Národní Listy, Pestrý týden et Lidové noviny. Entre 1938 et 1939, elle dirige le magazine politique et culturel Přítomnost, fondé par Ferdinand Peroutka.

La correspondance avec Franz Kafka

En 1919, Milena Jesenská découvre par hasard une nouvelle de Franz Kafka et lui écrit pour obtenir l'autorisation de la traduire en tchèque. Naît alors une correspondance intense entre les deux écrivains, alors qu'ils ne se rencontreront en tout et pour tout que deux fois : quatre jours à Vienne, puis un jour à Gmünd. Kafka met fin à la relation en novembre 1920, Jesenská refusant de quitter son mari. Elle continuera néanmoins à traduire plusieurs de ses nouvelles de l'allemand vers le tchèque. Seules les lettres de Kafka ont été publiées, sous le titre Lettres à Milena.

De retour à Prague après son divorce, elle épouse l'architecte Jaromír Krejcar. Dans les années 1930, elle devient dépendante à la morphine et adhère un temps au Parti communiste tchécoslovaque, qu'elle quitte vers 1936, désabusée.

L'engagement dans la résistance et l'arrestation

Après l'occupation de la Tchécoslovaquie par l'armée nazie, Milena Jesenská entre dans une organisation de résistance clandestine. La Gestapo l'arrête en novembre 1939. L'année suivante, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück, en Allemagne, où elle passera les dernières années de sa vie.

Ravensbrück : infirmière et soutien aux prisonnières

Dans le camp, Milena Jesenská travaille comme infirmière et apporte un soutien psychologique et moral aux autres détenues. C'est à Ravensbrück qu'elle se lie d'amitié avec Margarete Buber-Neumann, qui deviendra plus tard sa première biographe et avec qui elle se soutient mutuellement dans l'épreuve de l'internement. Milena Jesenská meurt dans le camp le 17 mai 1944, à l'âge de 47 ans.

Une reconnaissance tardive comme Juste parmi les nations

Le 14 décembre 1994, Yad Vashem reconnaît Milena Jesenská comme Juste parmi les nations, un titre décerné aux non-juifs qui ont pris des risques pour venir en aide à des juifs pendant la Shoah. Cette reconnaissance, intervenue cinquante ans après sa mort, consacre l'engagement d'une femme qui avait déjà, par son mariage et ses fréquentations, tissé des liens étroits avec des intellectuels juifs de Prague et de Vienne, avant de payer de sa vie son entrée en résistance contre l'occupation nazie.

Héritage

Milena Jesenská reste avant tout connue comme la destinataire des Lettres à Milena de Franz Kafka et comme une figure du journalisme tchécoslovaque de l'entre-deux-guerres. Sa fille, Jana Krejcarová, dite Jana Černá, lui a consacré un ouvrage, Vie de Milena, de Prague à Vienne. En 1991, la réalisatrice Véra Belmont lui a consacré un film, Milena. Le titre de Juste parmi les nations, décerné par Yad Vashem, ajoute à cette mémoire littéraire celle d'une femme qui a choisi la résistance jusqu'au bout, au prix de son arrestation, de sa déportation et de sa mort à Ravensbrück.

Questions fréquentes

Pourquoi Milena Jesenská a-t-elle été reconnue Juste parmi les nations ?
Yad Vashem lui a décerné ce titre le 14 décembre 1994, en reconnaissance de son engagement pendant l'occupation nazie, qui l'a menée à la résistance, à l'arrestation par la Gestapo puis à la déportation.
Comment Milena Jesenská est-elle morte ?
Elle est morte le 17 mai 1944 au camp de concentration de Ravensbrück, où elle avait été déportée en 1940 après son arrestation par la Gestapo l'année précédente.
Quel lien Milena Jesenská avait-elle avec Franz Kafka ?
Elle fut sa traductrice en tchèque et sa correspondante entre 1919 et 1920 ; leurs échanges ont été publiés après la mort de Kafka sous le titre Lettres à Milena.

Sources : Wikipédia

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