Trois ans après le 7 octobre : Israël entre mémoire vive et résilience discrète

Trois ans après le massacre du 7 octobre 2023, la place des Otages à Tel-Aviv a retrouvé son calme, mais le traumatisme reste vif chez de nombreux Israéliens. Entre conservation méthodique des objets retrouvés dans les kibboutzim dévastés et élan de solidarité financière inédit, le pays cherche à transformer le choc en mémoire durable.

3 min de lecturePar la rédaction
Trois ans après le 7 octobre : Israël entre mémoire vive et résilience discrète
Photo : Illustration générée par IA

Trois ans après l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023, la place des Otages, aménagée près du musée d'art de Tel-Aviv, a perdu son apparence de campement permanent. Il ne reste qu'une réplique de tunnel du Hamas, quelques rubans jaunes et un panneau portant l'inscription « Remember 7.10.23 ». Avant le troisième anniversaire, quelques familles de retenus avaient encore installé une souccah sur les lieux, mais l'esplanade était presque vide. En apparence, la vie a repris son cours.

Un traumatisme qui persiste sous la surface

Les sondages racontent une autre histoire. Selon une enquête de la chaîne N12 réalisée en juin, 74 % des personnes interrogées craignent une nouvelle attaque de grande ampleur, et 66 % réclament une commission d'enquête d'État sur les événements du 7 octobre. Une étude de l'Israel Democracy Institute, publiée le mois dernier, montre que 68 % des Israéliens juifs et 32 % des Israéliens arabes considèrent le 7 octobre comme un facteur central dans leur choix de vote, derrière la sécurité et le coût de la vie. Autour de la place des Otages, les témoignages recueillis convergent : Isaac Badra, agent immobilier de Tel-Aviv, dit sursauter encore au moindre bruit inattendu. Roni Shoval, employé de l'industrie de défense dans le nord du pays, avoue ne pas être prêt à se rendre au site commémoratif de Nova, où 378 personnes ont été tuées lors du festival de musique. Yael Meyer et Talia Zecler, étudiantes à l'université de Tel-Aviv, évoquent une confiance brisée envers les services de sécurité, tout en saluant la solidarité née dans les mois qui ont suivi l'attaque.

La mémoire conservée objet par objet

Parallèlement aux commémorations publiques, un travail de préservation minutieux se poursuit loin des regards. Près de 6 000 objets récupérés dans les localités dévastées de la région frontalière de Gaza sont conservés dans un centre national de stockage à Netivot, selon Nirit Shalev-Khalifa, conservatrice à l'institut Yad Ben-Zvi de Jérusalem. Albums photo calcinés, dessins d'enfants, objets du quotidien transformés par le feu et les tirs : chacun est catalogué comme un « objet traumatique », témoin matériel de vies brisées. Parmi eux, un presse-agrumes portant le nom de la famille Bibas, de Nir Oz, est devenu le vestige d'un foyer dont les membres ont été enlevés. L'équipe s'est inspirée des méthodes développées après les attentats du 11 septembre à New York pour mener ce travail, qu'elle qualifie de tâche sisyphéenne.

La solidarité comme réponse durable

Cette résilience se traduit aussi par les chiffres de la philanthropie. Selon Ori Ben-Shlomo, directeur de la plateforme de dons JGive, les montants collectés sont passés d'environ 160 millions de shekels avant le 7 octobre à 330 millions de shekels dans l'année qui a suivi l'attaque, puis à près de 400 millions de shekels l'an dernier, avec une nouvelle hausse cette année. Lors d'un seul mois de fêtes récent, près de 90 000 dons ont été recensés, pour un total de 60 millions de shekels, majoritairement versés par des donateurs israéliens. L'aide d'urgence a progressivement cédé la place à la réhabilitation des soldats blessés, à la santé mentale et à la reconstruction civile.

Alors que le pays se prépare à voter pour son prochain gouvernement le 27 octobre, la demande d'une commission d'enquête d'État sur les défaillances du 7 octobre reste au cœur des attentes exprimées par les habitants interrogés à Tel-Aviv.

Questions fréquentes

Que reste-t-il aujourd'hui de la place des Otages à Tel-Aviv ?
Une réplique de tunnel du Hamas, quelques rubans jaunes et un panneau « Remember 7.10.23 » subsistent, mais la place, autrefois lieu de rassemblement permanent, est redevenue presque vide.
Où sont conservés les objets retrouvés dans les localités attaquées le 7 octobre ?
Environ 6 000 objets sont stockés dans un centre national de conservation à Netivot, cataloguées comme témoins matériels du massacre par l'institut Yad Ben-Zvi.
Les Israéliens souhaitent-ils une enquête officielle sur le 7 octobre ?
Oui, selon un sondage de juin, 66 % des personnes interrogées réclament une commission d'enquête d'État sur les circonstances de l'attaque.

Dossier Le 7 octobre et les otages

Commentaires

    À lire aussi

    Israël commémore le troisième anniversaire du 7 octobre par des cérémonies nationales
    Les PRO

    Israël commémore le troisième anniversaire du 7 octobre par des cérémonies nationales

    Trois ans après le 7 octobre : Israël rend hommage à ses soldats tombés et à ses victimes
    Les PRO

    Trois ans après le 7 octobre : Israël observe sa journée nationale de deuil à Mount Herzl