Norvège : un projet de loi prévoit jusqu'à trois ans de prison pour le commerce avec les implantations de Judée-Samarie
Le gouvernement norvégien prépare une loi criminalisant les échanges commerciaux avec les localités juives de Judée-Samarie et les quartiers de Jérusalem-Est. Les contrevenants, particuliers ou entreprises, encourraient jusqu'à trois ans de prison. Le ministre des Affaires étrangères Espen Barth Eide espère un vote du Storting dès cet automne.

Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a confirmé lundi sur la radiotélévision publique NRK que son gouvernement porte un projet de loi pénalisant le commerce avec les implantations israéliennes de Judée-Samarie. Le texte, en consultation publique depuis le 19 juin jusqu'au 19 septembre, prévoit des amendes ou jusqu'à trois ans de prison pour les infractions volontaires, et jusqu'à six mois pour les manquements par négligence. Il s'appliquerait aux particuliers comme aux entreprises norvégiennes.
Un dispositif qui dépasse le simple boycott
Le périmètre du texte est large. Il interdirait l'importation de biens produits dans ces localités, mais aussi l'exportation de marchandises vers elles, les transactions immobilières, les services de construction et d'infrastructure, ainsi que les investissements dans les entreprises qui y opèrent. Les quartiers juifs de Jérusalem-Est annexée entrent également dans le champ d'application. Eide lui-même reconnaît que les volumes en jeu sont faibles, évoquant principalement du vin et quelques produits agricoles. « Le volume économique n'est pas si important », a-t-il admis sur NRK, avant d'ajouter que la mesure a d'abord une portée politique et symbolique.
Un chercheur de l'Institut de recherche sur la paix d'Oslo, Jørgen Jensehaugen, cité par Ynet, qualifie cette loi de niveau de sanction le plus bas envisageable, dans la mesure où elle vise un segment économique restreint plutôt que l'économie israélienne dans son ensemble. Des sources communautaires juives en Norvège redoutent toutefois une extension future aux grandes banques israéliennes disposant d'agences en Judée-Samarie, ce qui figerait l'ensemble des relations commerciales entre les deux pays.
Israël dénonce une démarche politique
L'ambassade d'Israël à Oslo a réagi avec fermeté, qualifiant le projet de dernier épisode de ce qu'elle appelle « l'activisme anti-israélien obsessionnel » du chef de la diplomatie norvégienne, et estimant que la mesure ne fera pas avancer la paix. En Norvège même, un résident israélien qui surveille les discours antisémites dans le pays, On Elpeleg, a averti que le texte « transformera chaque juif ici en criminel », ajoutant que quiconque achète une bouteille de vin ou des services produits dans ces localités « risque la prison ». Selon Israel Hayom, Israël avait déjà réagi durement après l'annonce britannique de mesures similaires, en fermant le consulat britannique à Jérusalem.
Eide justifie sa démarche par l'aggravation, selon lui, de la situation sur le terrain, et par un effet d'entraînement international. Il affirme que la réponse américaine aux sanctions annoncées par plusieurs pays européens a été mesurée, voire compréhensive, ce qui constituerait selon lui un signal fort d'un affaiblissement de la position diplomatique d'Israël. Il estime aussi que l'accusation d'antisémitisme, longtemps brandie par Israël pour décourager les critiques, perd de son efficacité.
Une vague de mesures coordonnées en Europe
La Norvège ne se déplace pas seule. Le Royaume-Uni a annoncé le 8 septembre l'interdiction des importations issues des implantations, suivi par la France et le Canada, qui préparent des dispositifs nationaux. Une déclaration conjointe signée par douze pays — dont le Canada, le Danemark, la Finlande, la France, l'Islande, l'Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l'Espagne, la Suède et le Royaume-Uni — qualifie d'inacceptable le projet israélien de construction dans la zone E1. Les peines varient fortement selon les pays : jusqu'à dix ans de prison au Royaume-Uni, cinq ans au Canada, trois ans en Norvège. L'Espagne, la Belgique et les Pays-Bas avaient déjà annoncé des interdictions similaires, la Slovénie ayant depuis annulé la sienne.
La consultation publique norvégienne s'achève le 19 septembre. Espen Barth Eide table sur une approbation du Storting dès l'automne, ce qui ferait de la Norvège l'un des pays occidentaux les plus stricts sur le plan pénal en la matière.
Questions fréquentes
- Quelles peines prévoit le projet de loi norvégien ?
- Jusqu'à trois ans de prison pour les infractions volontaires, et jusqu'à six mois pour les manquements par négligence, pour les particuliers comme pour les entreprises.
- Quels produits sont concernés ?
- Le ministre Eide cite principalement le vin et des produits agricoles, ainsi que des services de construction et d'infrastructure, tout en reconnaissant que les volumes commerciaux réels sont limités.
- Quand la loi pourrait-elle être votée ?
- La consultation publique se termine le 19 septembre 2026 et Espen Barth Eide espère un vote du Storting dès l'automne.
Sources : Infos Israël News, Ynet News, The Jerusalem Post, Israel Hayom





