New York : le plan antisémitisme de Mamdani critiqué pour son silence sur Israël
Le maire de New York Zohran Mamdani a présenté, mardi, la première stratégie municipale de lutte contre l'antisémitisme. Le texte promet plusieurs millions de dollars pour la sécurité des synagogues et l'éducation sur la Shoah, mais refuse toute définition officielle du terme. Dirigeants juifs new-yorkais et responsables israéliens dénoncent un document qui évite presque entièrement de citer Israël.

La mairie de New York a dévoilé mardi ce qu'elle présente comme la toute première stratégie municipale de lutte contre l'antisémitisme. Rédigé sous la direction de Phylisa Wisdom, responsable du Bureau municipal contre l'antisémitisme, le document d'une trentaine de pages prévoit un doublement des fonds de prévention des crimes haineux, avec 6,4 millions de dollars destinés aux organismes communautaires et un million supplémentaire pour renforcer la sécurité physique des synagogues et lieux de culte. Ces sommes s'inscrivent dans une enveloppe plus large de 26 millions de dollars déjà annoncée pour le Bureau municipal de prévention des crimes haineux.
Un plan salué pour ses financements
La stratégie prévoit aussi deux millions de dollars pour achever le mémorial de la Shoah de Queens Borough Hall, 2,5 millions pour le Centre pour la nouvelle culture juive de Brooklyn, davantage de visites scolaires au Musée du patrimoine juif, ainsi qu'une campagne d'affichage sur les bornes LinkNYC mettant en valeur l'apport des New-Yorkais juifs à la ville. Mamdani y rappelle que les Juifs ne représentent que 12 % de la population new-yorkaise selon son administration — la police municipale évoque plutôt 10 % — tout en étant visés par près de la moitié des crimes haineux recensés. Des statistiques du NYPD citées par le Forward font état d'une hausse de 8,5 % des incidents antisémites sur les sept premiers mois de 2026, ces faits représentant 57 % des crimes de haine constatés dans la ville.
Le silence sur Israël au cœur des critiques
Le texte ne mentionne quasiment jamais Israël ni le sionisme, sinon dans des références historiques à la ville ou à la synagogue orthodoxe Shearith Israel. Il refuse surtout d'adopter une définition officielle de l'antisémitisme, se contentant d'énumérer trois cadres existants — celui de l'Alliance internationale pour la mémoire de l'Holocauste (IHRA), le document Nexus et la déclaration de Jérusalem — sans trancher. Mamdani avait révoqué dès son premier jour de mandat l'ordre exécutif de son prédécesseur Eric Adams, qui faisait de la définition IHRA la politique officielle de la ville.
Cette absence de choix suscite de vives critiques. La Fédération UJA de New York, le Conseil des relations communautaires juives, le Comité juif américain et le Conseil des rabbins de New York ont salué certains « éléments positifs » du plan tout en estimant qu'il « ne résout pas un problème central » : selon eux, une rhétorique qui délégitime Israël expose inévitablement les Juifs new-yorkais. Ofir Akunis, consul général d'Israël à New York, a été plus tranchant, affirmant que « l'argent ne peut pas acheter les valeurs » et réclamant que Mamdani appelle ses soutiens à cesser de scander « du fleuve à la mer » ou « mondialiser l'intifada », à condamner le massacre du 7 octobre et à qualifier le Hamas d'organisation terroriste.
Le rabbin Ammiel Hirsch, de la synagogue réformée Stephen Wise Free, juge le rapport « indigne du maire », estimant qu'ignorer le lien entre antisionisme et haine des Juifs relève d'une « grande esquive ». L'élu municipal Eric Dinowitz, coprésident du groupe de travail juif du conseil de la ville, salue l'accent mis sur l'éducation et la sécurité mais regrette que le texte n'aborde pas la manière dont l'hostilité envers les « sionistes » peut servir de paravent à l'antisémitisme. À l'inverse, Brad Lander et Nancy Kaufman, figures juives progressistes proches du maire, défendent un document centré sur la vie juive new-yorkaise plutôt que sur Israël.
Une définition toujours en suspens
L'Anti-Defamation League, déjà critique après le dépassement du calendrier promis pour les fêtes de Tichri, réclamait une définition claire et contraignante ainsi que des garanties contre les boycotts dans les marchés publics : aucune de ces demandes n'a été retenue. Le rapport précise par ailleurs que ni le NYPD ni le FBI ne considèrent les manifestations tenues devant un lieu de culte comme intrinsèquement haineuses, position que partage l'administration Mamdani, alors qu'une loi municipale portée par la présidente du conseil Julie Menin prévoit déjà un encadrement des rassemblements jugés intimidants près des synagogues. La prochaine étape consistera à voir si ces financements se traduisent concrètement sur le terrain, et si la définition de l'antisémitisme reste durablement absente de la politique municipale.
Questions fréquentes
- Le plan de Mamdani adopte-t-il une définition de l'antisémitisme ?
- Non. Le texte cite trois cadres existants (IHRA, Nexus, déclaration de Jérusalem) sans en retenir un seul, contrairement à la politique en vigueur sous le maire précédent.
- Combien d'argent est prévu pour la sécurité des synagogues ?
- Un million de dollars est destiné à la sécurité physique des lieux de culte, dans le cadre d'une enveloppe globale de 26 millions pour la prévention des crimes haineux.
- Pourquoi Israël est-il absent du rapport ?
- Le document se concentre sur la vie juive new-yorkaise et ne mentionne Israël que dans des références historiques, un choix critiqué par des dirigeants juifs et le consul général d'Israël à New York.
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