Hamas : une enquête française met au jour un financement via cryptomonnaies et fausses ONG
La justice française enquête sur un réseau qui aurait acheminé des fonds vers le Hamas par le biais d'associations se présentant comme humanitaires et de cryptomonnaies. Cinq personnes ont été mises en examen, dont deux responsables d'associations placés en détention provisoire ou sous contrôle judiciaire. Les autorités américaines ont, de leur côté, sanctionné un réseau ayant transféré plus de 2 millions de dollars vers le Hamas.

Une enquête conjointe en France et aux États-Unis a mis en lumière un circuit par lequel le Hamas aurait fait transiter des fonds via des associations se présentant comme humanitaires et des cryptomonnaies, selon le média émirati Al-Ain repris par le Jerusalem Post. Le parquet national antiterroriste (PNAT) a requis la détention provisoire des présidents de deux associations, et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) dirige l'enquête.
Un réseau de fausses associations humanitaires
Le département du Trésor américain (OFAC) a désigné cinq cibles pour leur rôle dans un dispositif de financement qualifié de « sophistiqué » : Saleem Alzaq, présenté comme un commandant adjoint de la branche armée du Hamas basé à Gaza, ainsi que deux personnes établies en France, Faouzi Barika et Amel Oualid, accompagnées de deux structures qu'ils auraient créées, l'Association Baraka et Ensemble C Mieux. Selon le Trésor, ce réseau a fait transiter plus de 2 millions de dollars vers le Hamas, dont 1,5 million après le 7 octobre, en combinant services de transfert d'argent et portefeuilles de cryptomonnaies.
Barika et Oualid auraient envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à Alzaq, qui relayait ensuite ces fonds vers la branche armée du Hamas, les brigades Ezzeddine al-Qassam. Alzaq aurait lui-même fait la promotion des comptes de collecte de Barika et Oualid sur ses réseaux sociaux, selon la même source.
Cinq mises en examen en France
Le parquet français a annoncé vendredi l'inculpation de cinq personnes pour financement d'une entreprise terroriste, abus de confiance en bande organisée et blanchiment aggravé lié à une entreprise terroriste. Les suspects ont été interpellés mardi par la DGSI. Trois d'entre eux ont été placés sous contrôle judiciaire sur recommandation du PNAT, tandis que le responsable de l'Association Baraka, après avoir demandé un report d'audience pour préparer sa défense, a été placé en détention provisoire à l'issue d'un débat contradictoire reporté.
Un avocat de l'un des mis en cause a affirmé à l'AFP que son client « a participé à des collectes de fonds à des fins exclusivement humanitaires » et que sa détention « serait scandaleuse ». Les personnes visées contestent les accusations de financement du Hamas, selon le Jerusalem Post.
Les limites des sanctions américaines
Selon Ryan Wohl, chercheur à la Foundation for Defense of Democracies, les désignations du Trésor ne permettent pas de geler les comptes en euros détenus dans des banques françaises et n'identifient pas les portefeuilles de cryptomonnaies utilisés par le réseau. Aucune des deux associations françaises ne figure, selon lui, au registre national de gel des avoirs, même si leurs fonds pourraient déjà être bloqués dans le cadre de la procédure pénale. Trois jours après les sanctions américaines, le site de l'Association Baraka continuait, selon Wohl, à solliciter des dons via PayPal et à inviter les donateurs à contacter un relais à Gaza sur Snapchat et WhatsApp.
Le recours aux cryptomonnaies par le Hamas n'est pas nouveau : des enquêtes antérieures avaient déjà pointé l'usage de la plateforme Binance dès 2019, des saisies américaines de 150 comptes liés à la branche armée du mouvement, ainsi que des estimations évoquant jusqu'à 41 millions de dollars reçus entre 2020 et 2023 par des portefeuilles liés au Hamas, et jusqu'à 93 millions pour le Jihad islamique palestinien sur une période comparable, selon le Wall Street Journal. Le Trésor américain enquêtait également sur 165 millions de dollars de transactions en cryptomonnaies susceptibles d'avoir financé le Hamas avant le 7 octobre.
La procédure judiciaire française se poursuit, avec une instruction confiée au pôle antiterroriste de Paris. Les autorités devront déterminer l'ampleur exacte des sommes collectées et leur destination finale, alors que les mis en cause contestent tout lien avec le financement du terrorisme.
Questions fréquentes
- Combien d'argent le réseau aurait-il transféré au Hamas ?
- Selon le Trésor américain, plus de 2 millions de dollars ont été collectés, dont 1,5 million après le 7 octobre 2023, via des associations et des cryptomonnaies.
- Qui a été mis en examen en France ?
- Cinq personnes, dont les présidents de deux associations, pour financement du terrorisme, abus de confiance en bande organisée et blanchiment aggravé.
- Les sanctions américaines suffisent-elles à bloquer les fonds ?
- Non, selon un chercheur cité par le Jerusalem Post, elles ne gèlent pas les comptes en euros en France et n'identifient pas les portefeuilles de cryptomonnaies utilisés.
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