Gadi Eisenkot envisage un gouvernement minoritaire inédit après le scrutin du 27 octobre

À moins de deux semaines du scrutin du 27 octobre, le chef du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a évoqué la possibilité de former le premier gouvernement minoritaire de l'histoire d'Israël constitué immédiatement après des élections. Son allié Avigdor Liberman a aussitôt fermé la porte à ce scénario, exigeant une majorité exclusivement sioniste.

3 min de lecturePar la rédaction
Gadi Eisenkot envisage un gouvernement minoritaire inédit après le scrutin du 27 octobre
Photo : Illustration générée par IA

Gadi Eisenkot a indiqué le 10 octobre à Ynet que si son bloc n'obtenait pas les 61 sièges nécessaires à une majorité à la Knesset, il tenterait malgré tout de former un gouvernement. « Si le pire scénario se produit et que nous n'obtenons pas 61 sièges, je soumettrai la question au vote de la majorité sioniste. Je dirai aux 120 députés : venez voter selon votre conscience », a-t-il déclaré. Par « majorité sioniste », il désigne les députés favorables à une commission d'enquête d'État sur l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et à la conscription des harédim, excluant explicitement les partis arabes et harédim.

Un précédent sans équivalent après des élections

Un gouvernement minoritaire n'a jamais été formé directement après un scrutin en Israël, même si la formule a déjà existé en cours de mandat. Yitzhak Rabin avait dirigé un gouvernement minoritaire en 1993 après le départ du Shas, grâce au soutien extérieur de partis arabes. Plus récemment, la coalition de Benjamin Netanyahou est devenue minoritaire en juillet 2025 lorsque les partis harédim l'ont quittée pour protester contre la loi sur la conscription, tout en continuant à le soutenir de l'extérieur. Selon Liron Lavi, professeure assistante à l'université Bar-Ilan, le scénario d'Eisenkot reste réaliste à condition que son bloc dispose d'une majorité simple, même réduite, par exemple 54 contre 52. Elle souligne toutefois que si les petites listes comme le Sionisme religieux de Bezalel Smotrich, Amcha Yisrael d'Ofer Winter ou la fusion Hendel-Zelekha franchissent le seuil électoral de 3,75 %, cette option pourrait tout simplement disparaître.

Le 12 octobre, Eisenkot a annoncé un changement de stratégie destiné à faire de Yashar le plus grand parti d'opposition, afin que le président Isaac Herzog lui confie le premier le mandat de former un gouvernement. Ce choix revient sur un accord signé le 26 septembre entre les partis d'opposition, qui prévoyait de limiter les luttes internes. Shaul Meridor, numéro sept de la liste Yashar, a justifié ce revirement en évoquant le risque qu'un mandat accordé d'abord à Netanyahou le maintienne durablement à la tête d'un gouvernement de transition.

Liberman ferme la porte, la coalition d'opposition se fissure

Le 15 octobre, le chef de Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a rejeté sans ambiguïté la proposition d'Eisenkot. « Nous ne soutiendrons aucun gouvernement minoritaire, pas même temporairement. Il nous faut un gouvernement de majorité sioniste, point final », a-t-il déclaré lors d'une conférence de l'Institut israélien pour la démocratie. Il a exclu toute coalition avec le Ra'am, la Liste arabe unie, le Shas ou le Judaïsme unifié de la Torah, tout en laissant la porte ouverte à un Likoud débarrassé de Netanyahou. Liberman a dit croire à une victoire franche de l'opposition, évoquant des députés du Likoud prêts, selon lui, à rejoindre une coalition sans Netanyahou.

Le Likoud a répliqué en accusant Liberman d'hypocrisie, rappelant sa participation passée à une coalition avec le Ra'am et affirmant, sans apporter de preuve à l'appui, qu'il avait transféré 53 milliards de shekels (NIS) à des organisations islamiques soutenant le Hamas lorsqu'il était ministre des Finances. De son côté, Benny Gantz (Kakhol Lavan) a appelé Eisenkot à privilégier une large union nationale plutôt qu'un gouvernement minoritaire, avertissant que le pays pourrait sinon se diriger vers de nouvelles élections. Yair Golan (Democrats) a quant à lui exclu toute alliance avec Netanyahou ou le Likoud, qu'il accuse d'avoir permis la réforme judiciaire et le report de la conscription des harédim.

La bataille des blocs avant le 27 octobre

Les sondages actuels indiquent qu'aucun des deux blocs ne pourrait obtenir seul une majorité de 61 sièges sans le soutien des partis arabes. Le président de la Liste arabe unie, Yousef Jabareen, a posé samedi une série de conditions à un éventuel soutien à un gouvernement minoritaire, relançant les spéculations sur un rôle de cette formation dans l'investiture d'un exécutif dirigé par Eisenkot, alors même que celui-ci affirme ne vouloir s'appuyer sur aucun parti arabe ou harédi. La configuration exacte du prochain gouvernement dépendra du score des petites listes au regard du seuil électoral et du choix des quatre partis d'opposition — Yashar, B'Yachad, Democrats et Yisrael Beytenu — de désigner ou non un candidat commun au poste de Premier ministre avant le scrutin du 27 octobre.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un gouvernement minoritaire selon la proposition d'Eisenkot ?
Un gouvernement formé sans atteindre les 61 sièges de majorité absolue à la Knesset, en s'appuyant sur une majorité simple de députés dits « sionistes », à l'exclusion des partis arabes et harédim.
Pourquoi Avigdor Liberman rejette-t-il ce scénario ?
Il exige un gouvernement de majorité sioniste pleine et entière, sans aucun appui, même temporaire, sous forme de gouvernement minoritaire, et refuse toute alliance avec le Ra'am, la Liste arabe unie, le Shas ou le Judaïsme unifié de la Torah.
Un gouvernement minoritaire a-t-il déjà existé en Israël ?
Oui, mais jamais formé directement après une élection : Yitzhak Rabin en 1993 et la coalition de Benjamin Netanyahou en juillet 2025 sont devenues minoritaires en cours de mandat, avec un soutien extérieur.

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