Fraude à 3 milliards de dollars : la Turquie accuse des Israéliens d'avoir dirigé un réseau international
Le parquet d'Istanbul affirme avoir démantelé un vaste réseau de fraude à l'investissement, actif dans plusieurs pays et présenté comme dirigé par des citoyens israéliens. Près de 200 personnes ont été arrêtées, dont des ressortissants israéliens, pour un préjudice estimé à plus de 3 milliards de dollars.

Le bureau du procureur général d'Istanbul a annoncé vendredi le démantèlement d'un réseau international de fraude à l'investissement qu'il présente comme dirigé par des citoyens israéliens, opérant depuis la Turquie. Selon les autorités turques, ce réseau aurait détourné plus de 3 milliards de dollars à des victimes réparties dans le monde entier.
Une opération coordonnée par plusieurs services turcs
L'enquête a été menée par le ministère turc de l'Intérieur et l'agence de renseignement MIT, en coordination avec le parquet d'Istanbul, l'unité de cybercriminalité de la police et Interpol. Selon le ministre turc de la Justice, Akin Gurlek, l'examen des structures de propriété des sociétés impliquées et de leurs bénéficiaires finaux a révélé une prédominance d'entités « liées à Israël ». Le nombre exact de suspects arrêtés varie selon les sources : le parquet d'Istanbul cité par le Jerusalem Post évoque 191 arrestations sur 239 personnes visées, sans préciser le nombre d'Israéliens parmi elles, tandis que des relais francophones citant les autorités turques avancent 201 arrestations sur 248 suspects, dont 45 ressortissants étrangers, parmi lesquels neuf Israéliens.
Les enquêteurs turcs qualifient l'organisation de « grande structure » plutôt que d'un ensemble de sociétés indépendantes, et désignent ses dirigeants présumés comme des « barons de la fraude » israéliens qui auraient nommé des responsables dans différents pays pour créer des sociétés écrans présentées comme des centres de services, de conseil ou de tourisme.
Le mécanisme présumé de la fraude
Selon les procureurs, le réseau attirait des investisseurs via des publicités sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherche, promettant des rendements élevés sur des placements en devises et en cryptomonnaies, notamment sous les noms Inefex, Quantum AI, Algo Education et Exentral-Int. Les victimes étaient d'abord invitées à transférer de petites sommes avant d'être poussées à investir davantage, via des représentants parlant leur langue et des écrans de suivi affichant de faux profits.
Lorsqu'elles tentaient de retirer leurs fonds, les victimes se heurtaient à des comptes bloqués et devaient verser des sommes supplémentaires, censées couvrir des taxes, sans jamais récupérer leur argent. Les enquêteurs affirment que les sommes n'étaient pas investies mais transférées vers des comptes bancaires et portefeuilles de cryptomonnaies à l'étranger. Selon les autorités turques, le volume des transactions aurait atteint 13 milliards de livres turques, soit environ 800 millions de shekels, sur deux ans. Le dispositif interne était marqué par une forte discrétion : employés sous pseudonymes, tests polygraphiques, interdiction des téléphones portables et, selon plusieurs sources, interdiction de parler hébreu dans les bureaux. Les citoyens israéliens et américains n'auraient volontairement pas été ciblés, contrairement à des victimes aux Émirats arabes unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Russie et dans plusieurs pays d'Europe et d'Asie.
Saisies et réaction israélienne
Les autorités turques ont mené des perquisitions dans 44 lieux appartenant à 29 sociétés et 286 adresses à Istanbul et dans la province de Mugla. Des biens estimés à environ 1,5 milliard de livres turques ont été saisis ou gelés, dont 80 véhicules et 12 propriétés, ainsi que des comptes bancaires et des avoirs en cryptomonnaies. Les recherches se poursuivent pour identifier et interpeller d'autres suspects.
Le ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé avoir reçu des informations sur l'arrestation de plusieurs citoyens israéliens en Turquie, précisant suivre le dossier et veiller à la protection des droits de ses ressortissants. Les accusations de fraude, de blanchiment d'argent et de participation à une organisation criminelle restent, à ce stade, du ressort de l'enquête turque ; aucune procédure judiciaire n'a encore été rendue publique en Israël.
Questions fréquentes
- Combien de personnes ont été arrêtées dans cette affaire ?
- Les chiffres varient selon les sources : le parquet d'Istanbul évoque 191 arrestations sur 239 suspects, tandis que d'autres relais citant les autorités turques parlent de 201 arrestations sur 248 suspects, dont neuf Israéliens.
- Comment fonctionnait le réseau selon les enquêteurs ?
- Les victimes étaient attirées par des promesses de rendements élevés sur des placements en devises et cryptomonnaies, incitées à transférer des sommes croissantes, puis empêchées de retirer leurs fonds sous divers prétextes.
- Quelle est la position d'Israël sur cette affaire ?
- Le ministère israélien des Affaires étrangères dit suivre le dossier et veiller à la protection des droits des citoyens israéliens arrêtés, sans commenter le fond des accusations turques.
Sources : The Jerusalem Post, Infos Israël News, JForum





