Rosalind Franklin, la physicochimiste juive britannique derrière la structure de l'ADN
Née le 25 juillet 1920 à Londres dans une famille juive britannique établie, Rosalind Franklin a produit les clichés de diffraction des rayons X qui ont permis d'élucider la structure en double hélice de l'ADN. Longtemps effacée de cette découverte, elle est aujourd'hui reconnue comme une figure majeure de la biologie moléculaire.

Rosalind Elsie Franklin naît le 25 juillet 1920 à Londres. Surnommée Rachel en hébreu, elle est la deuxième enfant, et fille aînée, d'une fratrie de cinq, née d'Arthur Ellis Franklin, marchand londonien, et de Muriel Frances Waley. Elle étudie à la St Paul's Girls' School puis au Newnham College, où elle passe la deuxième partie des tripos de chimie en 1941.
Des débuts marqués par la guerre et le charbon
Durant la Seconde Guerre mondiale, Rosalind Franklin mène des recherches sur le charbon pour la British Coal Utilisation Research Association, tout en exerçant des fonctions de garde ARP à Londres. Elle obtient en 1945 un doctorat en physique-chimie à Cambridge, consacré à la porosité de structures de carbone. Deux ans plus tard, elle rejoint un poste de chercheuse au CNRS, au Laboratoire central des services chimiques de l'État en France, où elle perfectionne l'usage de la diffractométrie de rayons X pour étudier les structures amorphes du carbone. Cette expertise technique deviendra décisive pour la suite de sa carrière.
Le King's College et les clichés de l'ADN
En 1950, John Randall lui propose de créer un laboratoire de diffraction des rayons X consacré à l'étude de l'ADN au King's College de Londres. Elle prend ses fonctions en janvier 1951 et travaille aux côtés du physicien Maurice Wilkins, avec qui les relations se dégradent rapidement. En contrôlant précisément l'humidité de ses échantillons, Rosalind Franklin distingue clairement la forme cristalline dite forme A de la forme humide dite forme B de l'ADN.
En novembre 1951, lors d'un séminaire au King's College, elle présente ses premiers résultats, obtenus principalement sur la forme A. James Watson, présent dans la salle, interprète mal ces données. Avec Francis Crick, il propose alors un modèle erroné, une hélice à trois brins avec les phosphates au centre. Rosalind Franklin réfute ce modèle par une question restée célèbre : « where is the water ? ». Après cet échec, Lawrence Bragg, responsable du laboratoire Cavendish où travaillent Crick et Watson, leur interdit de poursuivre leurs recherches sur l'ADN, interdiction levée seulement en janvier 1953 après l'annonce de Linus Pauling selon laquelle il approchait lui aussi de la solution.
Le cliché 51 et la publication dans Nature
Les clichés de diffraction obtenus par Rosalind Franklin et son élève Raymond Gosling, en particulier le cliché 51, se révèlent déterminants pour établir la structure en double hélice de l'ADN. Franklin, en froid avec Wilkins qui la considérait comme une simple assistante, refusait de longue date de lui communiquer ses résultats. En mars 1953, alors qu'elle s'apprête à quitter le King's College, son supérieur exige que ses travaux restent dans l'institution. Selon le récit de Gosling, elle confie alors le cliché 51 à Wilkins, qui le transmet à Watson à l'insu de Franklin. Watson et Crick ont également eu accès à un rapport d'évaluation interne du département.
Apprenant que Watson et Crick d'un côté, Wilkins de l'autre, s'apprêtent à publier dans Nature, Rosalind Franklin exige que l'un de ses propres articles, décrivant la structure hélicoïdale de l'ADN, paraisse dans le même numéro. Le 25 avril 1953, la revue publie donc trois articles complémentaires. Celui de Watson et Crick indique s'être appuyé sur « une connaissance de la nature générale des résultats expérimentaux et des idées non publiées » de Wilkins, Franklin et leurs collaborateurs, tout en affirmant n'avoir pas eu connaissance du détail des deux autres articles. Dans un texte soumis en août 1953, Crick et Watson reconnaîtront pourtant que sans les données de Franklin, la formulation de leur structure aurait été improbable, voire impossible. C'est néanmoins l'article de Watson et Crick qui restera le plus mis en avant par la postérité.
Le virus de la mosaïque du tabac et la fin de vie
En raison de ses mésententes avec ses collègues du King's College, Rosalind Franklin rejoint en mars 1953 le Birkbeck College, dans le département de John Desmond Bernal. Elle y applique la cristallographie à l'étude des virus et contribue, avec Aaron Klug, à la découverte de la structure du virus de la mosaïque du tabac. Elle engage aussi des collaborations avec des laboratoires américains, qui déboucheront sur des travaux relatifs au virus de la poliomyélite.
Rosalind Franklin meurt prématurément le 16 avril 1958, à Chelsea, d'un cancer de l'ovaire probablement lié à son exposition aux radiations, mais peut-être aussi, selon certaines hypothèses, à ses origines ashkénazes. Elle est enterrée au cimetière juif orthodoxe de Willesden. La question de savoir si elle avait pleinement conscience de l'importance de ses propres données dans la découverte qui vaudra le prix Nobel à d'autres reste débattue.
Un héritage longtemps disputé
En 1962, Watson, Crick et Wilkins reçoivent le prix Nobel de médecine pour la découverte de la structure de l'ADN. Disparue quatre ans plus tôt, Rosalind Franklin ne peut y prétendre. Wilkins la remercie dans son discours, mais ni Watson ni Crick ne reconnaissent alors son rôle. Dix ans après sa mort, Watson la décrit dans son livre La Double Hélice comme une personne acariâtre et minimise sa contribution, ce qui suscite les protestations de sa famille ainsi que de Francis Crick, Aaron Klug et Linus Pauling. En 2003, Watson concédera seulement que, « dans une société idéale », Wilkins et Franklin auraient pu recevoir le Nobel de chimie, et lui-même celui de biologie avec Crick.
Depuis, plusieurs hommages ont réhabilité sa mémoire. En 2008, elle reçoit à titre posthume le prix Louisa-Gross-Horwitz. La Royal Society a créé en 2003 un prix Rosalind-Franklin, et l'astéroïde (9241) Rosfranklin porte son nom. L'astromobile martien du programme ExoMars de l'Agence spatiale européenne, dont le lancement est prévu en octobre 2028, a également été baptisé Rosalind Franklin, en écho à sa mission de recherche de traces de vie. Son nom a aussi été donné à plusieurs promotions d'étudiants en médecine et en sciences, ainsi qu'à des lieux comme le square Rosalind-Franklin à Paris ou un bâtiment de recherche à Lyon.
Questions fréquentes
- Quel a été l'apport concret de Rosalind Franklin à la découverte de l'ADN ?
- Ses clichés de diffraction des rayons X, notamment le cliché 51 obtenu avec Raymond Gosling, ont fourni les données déterminantes ayant permis à Watson et Crick d'élaborer le modèle de la double hélice.
- Pourquoi Rosalind Franklin n'a-t-elle pas reçu le prix Nobel ?
- Elle est morte en 1958, quatre ans avant l'attribution du prix Nobel de médecine à Watson, Crick et Wilkins en 1962, et le Nobel ne se décerne pas à titre posthume.
- Comment la mémoire de Rosalind Franklin est-elle honorée aujourd'hui ?
- Un astéroïde, un prix scientifique de la Royal Society et l'astromobile martien du programme ExoMars portent son nom, tout comme plusieurs promotions universitaires et lieux publics.
Sources : Wikipédia





