Trois ans après le 7 octobre, une crise de santé mentale touche des centaines de milliers d'Israéliens

Trois ans après le massacre du 7 octobre, Clalit et l'association ERAN alertent sur une vague de détresse psychologique sans précédent en Israël. Dépression, anxiété, troubles de stress post-traumatique et appels à l'aide se comptent par centaines de milliers, selon des données présentées lors d'un séminaire du Clalit Research Institute.

3 min de lecture5 vuesPar la rédaction
Trois ans après le 7 octobre, une crise de santé mentale touche des centaines de milliers d'Israéliens
Photo : Illustration générée par IA

Haim Ben-Arye conduisait un bus scolaire près de Sderot. Dans la nuit du 7 octobre 2023, il a évacué des enfants de Kibbutz Be'eri vers un lieu sûr. Dix-huit jours plus tard, il s'est donné la mort. Son histoire, racontée par son épouse Irit lors d'un séminaire organisé par le Clalit Research Institute, illustre une réalité que les chiffres confirment : une partie importante de la société israélienne porte, trois ans après le massacre, des séquelles psychologiques profondes et souvent invisibles.

Une détresse psychologique chiffrée

Selon le professeur Amir Krivoy, du centre de santé mentale Geha, Clalit, qui couvre cinq millions d'assurés, soit la moitié de la population, a constaté une dégradation continue depuis les confinements du Covid et les tensions autour de la réforme judiciaire, aggravée par le 7 octobre, la guerre à Gaza et les tirs de missiles iraniens. Les dernières années « normales » de référence, dit-il, remontent à 2018-2019.

Les résidents évacués de leur domicile présentent une détresse psychologique dix fois supérieure à celle des habitants restés chez eux. Les quatre caisses de santé publiques estiment que 60 000 Israéliens ont développé un trouble de stress post-traumatique clinique entre octobre 2023 et décembre 2025, dont la moitié suivis par Clalit. À Sderot, où 53 personnes ont été tuées, le professeur Krivoy rapporte que 90 % de la population ne dormait plus la nuit, certains évitant encore, deux ans après, de sortir de chez eux.

Une étude nationale menée par Clalit avec l'institut Myers-JDC-Brookdale, auprès de 2 500 répondants, a mesuré un taux de dépression de 34 % en janvier 2024, encore élevé aujourd'hui. L'anxiété, passée de 27 % à 20 %, et le stress post-traumatique, de 32 % à 20 %, reculent mais restent très au-dessus des niveaux d'avant-guerre. Un adulte sur cinq continue de signaler une altération sévère de son fonctionnement quotidien, selon le professeur Ran Balicer, directeur du Clalit Research Institute, qui rappelle qu'à titre de comparaison, les attentats du 11-Septembre avaient affecté émotionnellement 4 % des Américains, contre 15 % des Israéliens après le 7 octobre.

Les appels à l'aide se multiplient

L'association ERAN, ligne d'écoute créée en 1971, a reçu 928 911 appels en trois ans de guerre, selon son directeur général David Koren. Parmi eux, 21 829 concernaient des pensées ou intentions suicidaires. Chez les jeunes, la part des appels liés au suicide a presque doublé, passant de 2,6 % à 4,4 %. Chez les soldats, les appels évoquant violences ou abus sexuels sont passés de 5 % à 10 % puis se sont stabilisés à 8 %. La solitude, elle, concerne désormais 41 % des appels contre 28 % en début de guerre.

« Le coût émotionnel a été inimaginable », résume David Koren, qui évoque une population « avec beaucoup moins de patience ». La psychologue Nufar Bar-Lipshatz, du centre Clalit de Beit She'an, décrit des enfants qui jouent aux soldats, se cachent ou développent des bégaiements après avoir vécu des mois en hôtel, loin de chez eux.

Vers un renforcement de la prise en charge

Face à l'ampleur du phénomène, Clalit a mis en place un repérage proactif par intelligence artificielle et un suivi hebdomadaire de 1 500 patients sur 8 000 jugés à risque. Ran Balicer rappelle que la santé mentale n'a été intégrée au panier de soins obligatoire qu'en 2015, laissant le système sous-financé face à la crise actuelle. ERAN, de son côté, cherche à recruter davantage de bénévoles pour sa ligne d'écoute gratuite, le 1201, accessible aussi par WhatsApp, alors que la demande continue de dépasser les capacités disponibles.

Questions fréquentes

Combien d'Israéliens ont développé un trouble de stress post-traumatique depuis le 7 octobre ?
Selon les quatre caisses de santé publiques, 60 000 Israéliens ont développé un trouble de stress post-traumatique clinique entre octobre 2023 et décembre 2025, dont la moitié suivis par Clalit.
Qui peut appeler la ligne d'écoute ERAN ?
Toute personne en détresse peut appeler gratuitement le 1201, jour et nuit, ou contacter ERAN via WhatsApp au 052-8451201.
Les enfants sont-ils particulièrement touchés ?
Oui. Les professionnels de Clalit observent une hausse inédite du stress post-traumatique chez les enfants et adolescents, avec des symptômes comme le bégaiement, les cauchemars ou le repli.

Dossier Le 7 octobre et les otages

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