Royaume-Uni : Londres interdit l'importation de produits des implantations de Cisjordanie

Le Royaume-Uni a annoncé l'interdiction d'importer des biens produits dans les implantations israéliennes de Cisjordanie, une mesure coordonnée avec une dizaine de pays européens et le Canada. Présentée par Londres comme un geste en faveur d'une solution à deux États, elle suscite une vive controverse politique au Royaume-Uni et des inquiétudes sur son impact pour les travailleurs palestiniens employés dans ces zones.

3 min de lecturePar la rédaction
Royaume-Uni : Londres interdit l'importation de produits des implantations de Cisjordanie
Photo : Rafael Rodrigues / Pexels

Le secrétaire au Foreign Office, Ed Miliband, a annoncé mardi devant la Chambre des communes l'interdiction d'importer des produits fabriqués dans les implantations israéliennes de Judée-Samarie. Le Royaume-Uni cible aussi les entreprises et individus fournissant des services de construction, d'infrastructure, de financement ou d'immobilier liés à l'expansion des colonies. Selon Ed Miliband, cette décision vise à préserver la possibilité d'une solution à deux États et répond, selon ses mots, à une politique de « nettoyage ethnique » qu'il attribue à Israël dans les territoires.

Une décision coordonnée avec plusieurs pays

La mesure britannique a été annoncée en coordination avec la France, le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, l'Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l'Espagne et la Suède. Certaines sources mentionnent également les Pays-Bas et la Belgique parmi les pays associés à l'initiative, sans que la liste exacte fasse consensus dans les articles disponibles. Le Royaume-Uni reste l'un des principaux partenaires commerciaux d'Israël, avec des échanges annuels estimés à environ six milliards de livres, en faveur de Londres.

Vives réactions politiques à Londres

Le Premier ministre Andy Burnham a défendu la décision devant le Parlement, affirmant que « la Grande-Bretagne doit défendre quelque chose » et se ranger « du côté de ceux qu'on intimide ». Le grand rabbin du Royaume-Uni, Ephraim Mirvis, a qualifié cette annonce de « jour véritablement sombre pour les juifs britanniques », estimant qu'elle encouragerait ceux qui « utilisent la haine comme une arme contre les juifs ». Ed Miliband, qui se décrit comme « fier juif britannique », a rejeté publiquement cette critique. Le député du parti Reform UK Richard Tice a de son côté dénoncé une « catastrophe », mettant en avant les risques pour la communauté juive, pour la coopération en matière de renseignement avec Israël et les États-Unis, et pour la confiance diplomatique entre Londres et Jérusalem. Un sondage YouGov cité par la presse indique que 52 % des Britanniques soutiennent la mesure contre 17 % d'opposants, les électeurs de Reform UK étant la seule catégorie où l'opposition (46 %) dépasse le soutien (23 %).

Les enjeux pour l'économie palestinienne

Selon le Bureau central palestinien de la statistique, environ 17 600 Palestiniens de Cisjordanie travaillaient dans des implantations israéliennes au deuxième trimestre 2026, dans un contexte où le taux de chômage en Cisjordanie atteint 27,9 %, soit environ 284 000 personnes sans emploi. Le président israélien Isaac Herzog a estimé que cette interdiction toucherait en premier lieu les travailleurs palestiniens eux-mêmes. Le précédent de SodaStream, dont l'usine de Mishor Adumim employait environ 500 Palestiniens avant sa fermeture sous la pression d'une campagne de boycott, est souvent cité : seule une partie des employés avait pu conserver son poste après le transfert de la production vers le Néguev, faute de permis de travail israéliens. L'ambassadeur palestinien à Londres, Husam Zomlot, a en revanche salué l'annonce britannique comme un « tournant » et appelé à des mesures supplémentaires contre Israël.

Répercussions diplomatiques et économiques attendues

Aux États-Unis, trente-huit États disposent de lois anti-boycott qui pourraient s'appliquer à des entreprises britanniques contraintes de se conformer à l'interdiction. L'ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a qualifié la mesure de « discriminatoire » et évoqué une possible réponse de Washington. Le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé que les États-Unis ne rejoindraient pas cette initiative britannique. Certains observateurs relèvent que l'annonce intervient quelques semaines avant les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre, sans qu'il soit établi si cette pression extérieure profitera ou nuira au Premier ministre Benyamin Netanyahou.

La mise en œuvre concrète de l'interdiction, ses modalités douanières et son éventuelle extension à d'autres secteurs restent à préciser dans les prochaines semaines. Les répercussions sur les entreprises britanniques exposées aux lois anti-boycott américaines, ainsi que sur l'emploi palestinien dans les zones concernées, seront des indicateurs à suivre pour mesurer la portée réelle de cette décision.

Questions fréquentes

Quels produits sont concernés par l'interdiction britannique ?
Les biens fabriqués dans les implantations israéliennes de Judée-Samarie, ainsi que les services de construction, d'infrastructure, de financement ou d'immobilier liés à leur expansion.
Quels pays se sont associés à cette décision ?
La France, le Canada et plusieurs pays européens dont le Danemark, la Finlande, l'Irlande, la Norvège, la Pologne, le Portugal, l'Espagne et la Suède, selon les sources, avec des mentions divergentes sur d'autres pays éventuellement inclus.
Quel impact sur les travailleurs palestiniens ?
Environ 17 600 Palestiniens de Cisjordanie travaillent dans les implantations israéliennes ; une baisse d'activité de ces entreprises pourrait menacer ces emplois, dans un contexte de chômage élevé côté palestinien.

Sources : JNS, JNS, Israel Hayom, The Jerusalem Post

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