Colonies en Cisjordanie : Londres, Paris et Ottawa annoncent des restrictions commerciales inédites

Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé mardi 8 septembre 2026 des mesures visant à restreindre le commerce avec les colonies israéliennes de Cisjordanie et les quartiers juifs de Jérusalem-Est. Douze pays au total, dont le Danemark, l'Irlande, la Norvège ou l'Espagne, se sont engagés dans une déclaration commune. Israël a immédiatement dénoncé une ingérence et annoncé des mesures de rétorsion diplomatique.

4 min de lecturePar la rédaction
Colonies en Cisjordanie : Londres, Paris et Ottawa annoncent des restrictions commerciales inédites
Photo : Hale Ş / Pexels

Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères Ed Miliband a présenté devant la Chambre des communes un « régime de sanctions complet », incluant une interdiction d'importer des biens issus des colonies jugées illégales par Londres, ainsi que des sanctions contre des entreprises et particuliers impliqués dans la construction, le financement ou l'immobilier lié à l'expansion des colonies. La France, par la voix du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, et le Canada ont annoncé des démarches similaires le même jour.

Une déclaration coordonnée entre douze pays

Outre le Royaume-Uni, la France et le Canada, neuf autres pays — Danemark, Finlande, Islande, Irlande, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne et Suède — ont cosigné une déclaration affirmant leur intention d'introduire des restrictions nationales ou de soutenir des mesures européennes équivalentes sur le commerce des biens issus des colonies. Le texte évoque une situation « qui se détériore rapidement » en Cisjordanie et cite explicitement la publication de nouveaux appels d'offres pour le projet de colonie E1, perçu comme un obstacle majeur à la viabilité d'un futur État palestinien. Selon une source diplomatique française citée par l'agence Reuters, cette initiative nationale intervient après l'échec de l'Union européenne à réunir une majorité qualifiée sur le sujet, en raison notamment de l'opposition de l'Allemagne.

Le détail des mesures britanniques

Miliband a précisé que l'interdiction britannique porterait sur les importations de biens des colonies, sur la publicité de biens immobiliers situés dans ces zones sur le sol britannique, et sur les exportations jugées contribuer à l'occupation. Le dispositif doit entrer en vigueur dans un délai de six à neuf mois selon les sources. Le ministre a également annoncé que Londres adoptait l'avis consultatif de 2024 de la Cour internationale de justice, selon lequel toute activité de colonisation israélienne au-delà de la ligne de 1967 est illégale. Il a toutefois exclu de ce périmètre les produits religieux et les médicaments israéliens vitaux, et affirmé son opposition au mouvement plus large de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS). Miliband a également invoqué, dans le même discours, l'histoire de sa famille, décimée pendant la Shoah, et rappelé son attachement personnel à Israël, où il a rendu visite à sa grand-mère dans les années 1970.

Vives réactions en Israël

Le président israélien Isaac Herzog a qualifié la décision britannique d'« erreur de calcul grave » et d'« ingérence » dans les élections israéliennes prévues fin octobre, estimant que les sanctions nuiraient avant tout aux travailleurs palestiniens plutôt qu'à Israël. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a réclamé l'expulsion de l'ambassadeur britannique, tandis que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a demandé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem-Est. Le ministre des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a annoncé des mesures de rétorsion concrètes : fermeture de ce consulat, retrait des représentants britanniques du centre de coordination humanitaire de Kiryat Gat, arrêt de la formation britannique des forces de sécurité de l'Autorité palestinienne et interdiction d'entrée pour douze responsables politiques britanniques. À l'ONU, l'ambassadeur Danny Danon a qualifié les sanctions de « honteuses » et « inutiles », rejetant le terme de « violence des colons » employé par Miliband, qui s'appuyait sur des données de l'ONU évoquant une moyenne de six attaques violentes par jour cette année, un record.

Un calendrier politique scruté de près

Des voix, y compris au sein de la communauté juive britannique, ont pointé un timing sensible : l'annonce intervient à quelques jours du Nouvel An juif, période identifiée comme à risque pour les actes antisémites. Le grand rabbin britannique Ephraim Mirvis a jugé les sanctions « contre-productives », craignant qu'elles ne dérivent vers un boycott de fait et qu'elles pèsent sur les Juifs britanniques du fait de leurs liens religieux et familiaux avec Israël. Des observateurs relèvent également que le gouvernement travailliste d'Andy Burnham agit avant une élection partielle disputée face aux Verts, sa conférence de parti et les élections israéliennes. Selon des sources, Burnham a informé le président américain Donald Trump de la décision, alors que Washington préparerait une condamnation, voire des mesures de rétorsion contre Londres.

Quelles suites pour le commerce des colonies

Les modalités précises des interdictions françaises et canadiennes restent à préciser, tout comme le calendrier exact de mise en œuvre britannique. Une source diplomatique française a insisté sur le fait qu'il ne s'agissait pas d'un boycott d'Israël, mais d'une mesure ciblée sur les colonies, pendant qu'une douzaine d'autres pays pourraient suivre le mouvement. La confrontation diplomatique entre Israël et le Royaume-Uni, déjà tendue depuis la reconnaissance britannique de l'État palestinien en 2025 et le gel des exportations d'armes, devrait se prolonger dans les prochaines semaines, notamment à l'approche des élections israéliennes.

Questions fréquentes

Quels pays ont annoncé des restrictions sur les produits des colonies ?
Le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé des mesures nationales le 8 septembre 2026. Neuf autres pays (Danemark, Finlande, Islande, Irlande, Norvège, Pologne, Portugal, Espagne, Suède) ont cosigné une déclaration commune en ce sens.
Quelles mesures a prises Israël en réponse ?
Selon le ministre Gideon Sa'ar, Israël a annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem, le retrait des représentants britanniques d'un centre humanitaire à Kiryat Gat, l'arrêt de la formation des forces de sécurité palestiniennes et l'interdiction d'entrée pour douze responsables politiques britanniques.
Ces mesures concernent-elles l'ensemble du commerce avec Israël ?
Non. Les autorités françaises et britanniques ont précisé qu'il ne s'agissait pas d'un boycott d'Israël, mais de restrictions ciblées sur les biens et services liés aux colonies de Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

Sources : The Jerusalem Post, JNS, JTA, The Jerusalem Post

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