Israël dénonce l'accord maritime turco-libyen qui vise la Grèce et Chypre
Le ministère israélien des Affaires étrangères a « fermement condamné » la ratification par le Parlement libyen d'un mémorandum maritime avec la Turquie. Jérusalem estime que ce texte empiète sur les droits souverains de ses alliés grecs et chypriotes en Méditerranée orientale.

Le ministère israélien des Affaires étrangères a réagi mercredi à la décision de la Chambre des représentants libyenne de ratifier le mémorandum de délimitation des zones de juridiction maritime signé avec Ankara. « Cet accord porte atteinte aux droits souverains de nos proches alliés dans la région. Nous constatons, une fois de plus et avec regret, que la Turquie œuvre à déstabiliser la Méditerranée orientale », a écrit la diplomatie israélienne sur le réseau X.
Ce mémorandum, initialement signé par la Turquie et la Libye en 2019, avait été rejeté l'année suivante par une résolution parlementaire adoptée à Benghazi. La Chambre des représentants libyenne a annulé à l'unanimité cette résolution de 2020, ouvrant la voie à la mise en œuvre du texte. Son objectif affiché est de tracer de nouvelles frontières maritimes reliant les côtes turque et libyenne, une délimitation qui chevauche les zones économiques revendiquées par la Grèce et Chypre autour d'îles comme la Crète, Rhodes ou Chypre elle-même.
Une condamnation qui dépasse Israël
La réaction israélienne s'inscrit dans un mouvement plus large de désapprobation internationale. Le président du Conseil européen, António Costa, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ont publié une déclaration commune exprimant leur « regret » face à cette décision et réaffirmant la « solidarité » de l'Union européenne avec la Grèce et Chypre. Selon eux, la position de l'UE « reste inchangée » depuis 2019 : l'accord « porte atteinte aux droits souverains d'États tiers », « ne respecte pas le droit de la mer » et doit être considéré comme « nul et non avenu ».
Du côté turc, le ton est à la satisfaction. Le président Recep Tayyip Erdoğan, s'exprimant devant le groupe parlementaire de son parti, l'AKP, a dit « espérer que cette décision importante sera bénéfique », selon l'agence de presse officielle Anadolu. La veille, le ministère turc des Affaires étrangères avait salué le vote libyen, affirmant que le mémorandum « protège les droits et intérêts mutuels des deux pays, sur la base du droit international et du principe d'équité », tout en approfondissant les relations bilatérales.
Le rapprochement israélo-grec se renforce
Cette condamnation israélienne intervient alors que les liens entre Jérusalem, Athènes et Nicosie se resserrent. La semaine précédant l'annonce, le Parlement grec a créé un caucus pro-israélien, un geste présenté comme une étape supplémentaire dans un partenariat historique entre alliés de Méditerranée orientale. Une initiative similaire est attendue à Chypre.
Ce rapprochement s'appuie sur une coopération croissante en matière d'énergie, de défense et de sécurité régionale, et fonctionne comme un contrepoids face aux tensions avec la Turquie, rivale historique d'Athènes et de Nicosie dans la région. Le vice-ministre grec des Affaires étrangères, Harry Theoharis, a salué la création du caucus : « La Grèce et Israël représentent des civilisations anciennes et libres, enracinées à Athènes et à Jérusalem, qui partagent des valeurs communes et des intérêts de sécurité régionale communs. »
Le mémorandum turco-libyen devrait continuer à alimenter les tensions diplomatiques en Méditerranée orientale, où Israël, la Grèce et Chypre coordonnent déjà leurs positions sur l'énergie et la sécurité. Aucune réponse formelle de Tripoli ou d'Ankara aux critiques européennes et israéliennes n'a été annoncée à ce stade.
Questions fréquentes
- Que prévoit le mémorandum turco-libyen contesté ?
- Il délimite de nouvelles zones de juridiction maritime entre les côtes turque et libyenne, chevauchant les eaux revendiquées par la Grèce et Chypre autour de la Crète, de Rhodes et de Chypre.
- Pourquoi Israël s'oppose-t-il à cet accord ?
- Jérusalem estime que le texte porte atteinte aux droits souverains de ses alliés régionaux, la Grèce et Chypre, et accuse la Turquie de chercher à déstabiliser la Méditerranée orientale.
- Quelle est la position de l'Union européenne ?
- L'UE juge l'accord nul et non avenu, contraire au droit de la mer, et réaffirme sa solidarité avec la Grèce et Chypre, une position inchangée depuis 2019.



