Karl Popper, le philosophe qui a fait de la réfutabilité le critère de la science
Né le 28 juillet 1902 à Vienne, Karl Popper est devenu l'un des philosophes des sciences les plus influents du XXe siècle. Issu d'une famille d'ascendance juive convertie au luthéranisme, il a quitté l'Autriche menacée par le nazisme pour construire une œuvre marquée par le refus des certitudes closes. Sa notion de réfutabilité continue d'irriguer les débats sur ce qui distingue la science de la croyance.

Karl Popper naît le 28 juillet 1902 à Vienne, alors capitale de l'Autriche-Hongrie. Son père, Simon Siegmund Carl Popper, est avocat et docteur en droit, associé puis successeur du maire libéral de Vienne Raimund Grübl à la tête de son cabinet. Sa mère, Jenny Schiff, est d'ascendance silésienne et hongroise. Les parents de Karl Popper s'étaient convertis au luthéranisme avant sa naissance, dans une démarche que la famille considérait comme un geste d'assimilation culturelle plutôt que comme un acte de foi, et Karl Popper reçut lui-même un baptême luthérien.
Une jeunesse viennoise entre livres et engagement politique
Le foyer Popper compte entre 12 000 et 14 000 ouvrages, hérités par Karl Popper avec le goût de la bibliophilie. Il évoquera plus tard une éducation prise dans une atmosphère « décidément livresque ». Quittant l'école à 16 ans, il suit en auditeur libre des cours de mathématiques, de physique, de philosophie, de psychologie et d'histoire de la musique à l'Université de Vienne.
En 1919, séduit un temps par les thèses marxistes, il adhère à l'Association des étudiants socialistes puis au Parti social-démocrate d'Autriche. La même année, une fusillade policière contre des camarades non armés le pousse à rejeter ce qu'il considère comme une pseudo-science, le matérialisme historique. Il devient dès lors partisan du social-libéralisme, une orientation qu'il conservera toute sa vie. Il alterne ensuite travaux publics, apprentissage de l'ébénisterie et service volontaire auprès d'une clinique du psychanalyste Alfred Adler pour enfants.
Des études à la menace de l'Anschluss
Karl Popper obtient sa matura en 1922 grâce à une école de seconde chance, ce qui lui permet de rejoindre l'université comme étudiant ordinaire. Il devient enseignant en 1924, puis entre en 1925 au Pädagogisches Institut nouvellement créé. En 1928, il soutient sous la direction de Karl Bühler un doctorat en psychologie consacré à la méthode en psychologie de la pensée. L'année suivante, il obtient l'autorisation d'enseigner les mathématiques et la physique au lycée, et épouse en 1930 sa collègue Josefine Anna Henninger.
Craignant la montée du nazisme et l'Anschluss, il rédige la nuit son premier grand manuscrit, Les deux problèmes fondamentaux de la théorie de la connaissance. Il en publie une version condensée, Logique de la découverte scientifique, en 1934, dans le but de décrocher un poste académique dans un pays plus sûr pour une personne d'ascendance juive. Cet ouvrage expose déjà sa théorie de la réfutation potentielle comme critère de démarcation entre science et non-science.
Le critère de réfutabilité, cœur de son œuvre
Pour Popper, aucune théorie universelle ne peut être définitivement vérifiée par accumulation d'observations, car cela conduirait à une régression à l'infini. C'est le problème de l'induction, hérité de Hume. Contrairement au Cercle de Vienne, qu'il côtoie sans jamais y adhérer, Popper ne cherche pas à résoudre ce problème mais à le contourner : une théorie scientifique se reconnaît non pas à sa vérifiabilité, mais à sa capacité à être mise en défaut par l'expérience.
Ce critère de démarcation distingue les énoncés scientifiques, exposés au risque de la réfutation, des énoncés métaphysiques, qui échappent à ce test mais restent selon lui susceptibles d'être discutés et comparés entre eux. Popper s'oppose ainsi frontalement aux positions du Cercle de Vienne, qui voulaient écarter purement et simplement la métaphysique du champ du savoir légitime.
De Vienne à Londres, en passant par la Nouvelle-Zélande
Entre 1935 et 1936, Popper effectue un séjour d'étude au Royaume-Uni, où il rencontre notamment Friedrich Hayek et Ernst Gombrich. En 1937, il accepte un poste à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, où il passe la Seconde Guerre mondiale. Début 1946, il revient s'installer à Londres. Sur proposition de Hayek, il devient professeur à la London School of Economics, où il fonde la même année le département de logique et de méthodologie des sciences. Il y multiplie séminaires et conférences, y compris dans des universités américaines, et devient membre de la British Academy.
Karl Popper prend sa retraite d'enseignant en 1969. Il meurt le 17 septembre 1994 à Londres, sans avoir eu le temps de rédiger la préface de son dernier recueil de conférences, Toute vie est résolution de problèmes.
Un héritage qui dépasse la philosophie des sciences
Au-delà de l'épistémologie, Popper a porté sa réflexion vers la politique et les sciences sociales, inscrivant ses recherches dans le cadre de ce qu'il appelait l'épistémologie évolutionniste et insistant sur la nécessité de fonder la recherche scientifique sur des programmes de recherche métaphysique. Son insistance sur l'ouverture à la critique comme marque du savoir rationnel continue d'alimenter les débats contemporains sur la démarcation entre science, pseudo-science et croyance. Anticonformiste revendiqué, il a fait du dialogue et de la confrontation des idées le fil conducteur de toute son œuvre.
Questions fréquentes
- Quelle est la contribution principale de Karl Popper à la philosophie des sciences ?
- Il a proposé la réfutabilité par l'expérimentation comme critère permettant de distinguer une théorie scientifique d'un énoncé métaphysique.
- Où Karl Popper a-t-il enseigné après la Seconde Guerre mondiale ?
- À partir de 1946, il a enseigné à la London School of Economics, où il a fondé le département de logique et de méthodologie des sciences.
- Quelle était l'ascendance familiale de Karl Popper ?
- Il est né dans une famille d'ascendance juive dont les parents s'étaient convertis au luthéranisme avant sa naissance, par assimilation culturelle selon la source.
Sources : Wikipédia





