Gaza : les commerçants suspendent l'entrée de biens privés après des menaces attribuées au Hamas
Les camions de marchandises du secteur privé n'entrent plus à Gaza depuis plusieurs jours. Selon le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), ce sont les commerçants gazaouis eux-mêmes qui ont suspendu la coordination, par peur des représailles du Hamas après des taxations forcées. L'aide humanitaire, elle, continue d'entrer via l'ONU et les organisations internationales.

Le flux de marchandises commerciales vers Gaza s'est arrêté net cette semaine. Mercredi, le COGAT a annoncé que les commerçants privés de la bande de Gaza avaient décidé de ne plus coordonner avec lui l'entrée de leurs camions, une décision qui prive le territoire d'une source essentielle de biens pour une population largement dépendante de l'aide.
Une confusion initiale sur l'origine de la décision
L'affaire a d'abord été présentée comme une suspension décidée par Israël. Nickolay Mladenov, directeur général du Conseil de la paix et haut représentant pour Gaza, a indiqué jeudi avoir reçu une lettre du COGAT évoquant « la suspension de la coordination des biens du secteur privé vers Gaza en raison de menaces et de coercition exercées par le Hamas ». Sur X, il a jugé la situation « inacceptable » et appelé à ce que « l'approvisionnement civil, l'aide humanitaire et l'activité commerciale soient protégés de la coercition, de l'exploitation et de l'ingérence ».
Quelques heures plus tard, des responsables israéliens ont apporté une clarification. « Contrairement aux informations récentes relayées par le Hamas, Israël n'est pas à l'origine de la suspension des opérations du secteur privé pour l'entrée de biens dans la bande de Gaza », a précisé le COGAT. Selon lui, ce sont les commerçants eux-mêmes qui ont choisi d'arrêter la coordination des camions, « par peur réelle pour leur vie et leur sécurité ».
Des accusations de racket contre le Hamas
Le COGAT affirme que les commerçants lui ont signalé un mécanisme de taxation forcée imposé par le Hamas : une redevance de 10 000 shekels (environ 3 220 dollars) par camion entrant à Gaza, ainsi qu'une exigence que 30 % des ventes soient réglées en espèces, afin selon Israël de permettre au mouvement terroriste de « s'emparer du produit des transactions ». Le fils de l'un des commerçants aurait même été arrêté par les services de sécurité du Hamas et détenu jusqu'à ce que son père s'acquitte des sommes réclamées, toujours selon le COGAT.
Le Hamas a rejeté ces accusations, affirmant que les 10 000 shekels constituaient une contribution volontaire de Gazaouis aisés à un fonds national destiné aux veuves et aux orphelins, et que l'incitation aux paiements en espèces répondait à une pénurie de liquidités dans le territoire. Nahed Shhaibar, responsable du syndicat des transporteurs privés de Gaza, a confirmé qu'aucun camion de produits commerciaux en provenance d'Israël n'était entré jeudi, tout en précisant que les camions d'aide humanitaire, ainsi que des marchandises commerciales venues d'Égypte via un point de passage sous contrôle israélien, continuaient de circuler.
L'aide humanitaire maintenue malgré la suspension
La suspension réduit d'environ moitié le nombre total de camions entrant chaque jour à Gaza, aide et commerce confondus, selon le COGAT, qui évoque un volume ramené à environ 300 véhicules. Des diplomates relèvent toutefois que le chiffre de 600 camions quotidiens n'était déjà pas atteint en temps normal. Israël, tenu par un accord conclu sous médiation américaine de laisser entrer au moins 600 camions d'aide humanitaire par jour, rappelle que son obligation porte sur l'aide et non sur les biens commerciaux, ces derniers venant simplement compléter l'approvisionnement.
Le COGAT assure que l'aide humanitaire continue d'entrer via l'ONU, les organisations internationales et les pays donateurs, et que son volume suffit à couvrir les besoins de la population même sans les opérations du secteur privé. Mladenov, pour sa part, voit dans cet épisode une nouvelle preuve de l'urgence de déployer le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG) et la Force de stabilisation internationale (ISF), prévus par le plan de paix du président américain Donald Trump, entériné par la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l'ONU. Il a insisté sur la nécessité d'avancer sur le désarmement des groupes armés et la transition vers une gouvernance légitime, conditions que le Hamas n'a toujours pas remplies.
Questions fréquentes
- Qui a décidé de suspendre l'entrée des biens commerciaux à Gaza ?
- Selon le COGAT, ce sont les commerçants privés gazaouis eux-mêmes qui ont arrêté de coordonner l'entrée de leurs camions, par crainte des représailles du Hamas, et non Israël.
- Pourquoi les commerçants auraient-ils suspendu leurs activités ?
- Le COGAT affirme que le Hamas exigeait 10 000 shekels par camion et 30 % des ventes en espèces, une version que le Hamas conteste en parlant de contribution volontaire à un fonds d'aide.
- L'aide humanitaire est-elle affectée ?
- Non, selon le COGAT, l'aide humanitaire continue d'entrer via l'ONU et les organisations internationales, en quantité jugée suffisante pour couvrir les besoins de la population.
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