France : couvre-feu et interdictions de manifester après une vague de pillages inédite
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a instauré un couvre-feu partiel dans plusieurs villes françaises après un week-end de pillages d'une ampleur inédite depuis des décennies. À Marseille, les rassemblements sont interdits de midi à 20 heures, tandis que le bilan matériel et humain continue de s'alourdir.

Ce qui avait commencé comme des manifestations contre le coût de la vie et le délabrement des services publics a dégénéré en pillages généralisés dans plusieurs grandes villes françaises. Samedi, entre 550 000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 800 000 selon la CGT ont défilé dans le pays, en grande majorité pacifiquement. Mais des groupes cagoulés, vêtus de noir et équipés contre les gaz lacrymogènes, ont pris le relais pour saccager commerces, banques et bâtiments publics.
Un couvre-feu décrété face à l'ampleur des pillages
Face à la persistance des violences, Sébastien Lecornu a demandé à plusieurs autorités locales d'imposer un couvre-feu nocturne partiel. À Marseille, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a interdit manifestations et rassemblements entre midi et 20 heures. Selon Alexandre Bompard, président de la Fédération du commerce et de la distribution, environ 1 500 commerces ont été touchés à travers le pays, pour des dégâts chiffrés en centaines de millions d'euros. À Limoges, l'hôtel de ville du XIXe siècle est parti en fumée ; à Lyon, un office de tourisme a été incendié. À Paris, les Galeries Lafayette, une boutique Lacoste et des agences bancaires ont été prises pour cible, tandis qu'à Marseille plus de 600 commerces du centre-ville ont été endommagés, soit deux fois plus qu'en 2023. Des commerçants parisiens racontent dormir désormais dans leurs magasins ou s'équiper de battes de baseball faute de présence policière suffisante.
Palestinisation des cortèges et inquiétude de la communauté juive
Plusieurs responsables juifs français ont réagi avec inquiétude. Bruno Benjamin, président de la section Marseille-Provence du CRIF, a appelé le gouvernement à déclarer l'état d'urgence, envoyer l'armée et renforcer massivement les forces de l'ordre pour arrêter « ces émeutiers et ces vandales par tous les moyens ». Il a précisé qu'aucune synagogue n'avait été attaquée ni aucun Juif agressé à Marseille, les lieux de culte restant ouverts sous la vigilance du Service de protection de la communauté juive. Benjamin a toutefois dénoncé la présence de nombreux drapeaux palestiniens dans les cortèges, estimant que la cause palestinienne était devenue un « ralliement à la mode », et a attribué la responsabilité des violences à l'extrême gauche et à La France insoumise. L'ancien député Meyer Habib a de son côté décrit une place de la République « inondée de drapeaux palestiniens », sans drapeaux français, ironisant sur le fait qu'Emmanuel Macron prodigue des conseils de sécurité à Benjamin Netanyahou pendant que des boutiques Dior et Apple étaient pillées « par des familles entières ». Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié la situation de début de « guerre civile », tout en rappelant les positions françaises jugées hostiles à Israël, dont la reconnaissance d'un État palestinien et un embargo sur les armes.
Indemnisations et poursuites judiciaires en préparation
Le ministre du Commerce Serge Papin a réuni lundi matin commerçants, chaînes de distribution, artisans, banques et assureurs pour examiner les procédures de compensation. Bompard réclame des indemnisations accélérées, comparables à celles des catastrophes naturelles, avant la période des fêtes de fin d'année. Le ministère de l'Intérieur fait état de près de 1 800 arrestations à l'échelle nationale, un chiffre en nette hausse par rapport aux 1 200 annoncées samedi soir, et de plus de 150 policiers blessés, pour un total avoisinant 500 blessés parmi les forces de l'ordre et secours. Des enquêtes ont été ouvertes pour identifier les auteurs des violences, qui devront répondre devant la justice dans les prochaines semaines.
Questions fréquentes
- Quelles villes sont concernées par le couvre-feu ?
- Plusieurs villes françaises ont instauré un couvre-feu nocturne partiel sur demande du Premier ministre, et Marseille a interdit les rassemblements de midi à 20 heures.
- Les synagogues ont-elles été visées par les violences ?
- Selon le CRIF Marseille-Provence, aucune synagogue n'a été attaquée et aucun Juif n'a été agressé ; les lieux de culte sont restés ouverts sous surveillance renforcée.
- Quel est le bilan matériel des pillages ?
- Environ 1 500 commerces ont été touchés à travers le pays, pour des dégâts estimés à plusieurs centaines de millions d'euros, selon la Fédération du commerce et de la distribution.



