Émeutes en France : un rapport documente une vague de messages antisémites sur X

Un rapport publié dimanche par l'Antisemitism Research Center recense plus de 1 300 messages accusant les Juifs ou Israël d'être à l'origine des émeutes qui ont secoué la France. Ces publications circulent au moment où le pays tente de sortir de plusieurs nuits de violences urbaines, marquées notamment par l'incendie de la mairie de Limoges.

3 min de lecturePar la rédaction
Émeutes en France : un rapport documente une vague de messages antisémites sur X
Photo : Illustration générée par IA

L'Antisemitism Research Center (ARC), structure de recherche du Combat Antisemitism Movement (CAM), a publié dimanche une étude consacrée à la circulation en ligne de récits antisémites pendant les troubles qui agitent la France depuis plusieurs jours. Intitulé « The Jews did this to France: Antisemitic blame narratives on X during the French unrest », le document recense 1 384 messages de ce type, publiés par 816 comptes différents sur le réseau X entre le 16 et le 18 octobre.

Une rhétorique conspirationniste bien identifiée

Pour aboutir à ce chiffre, les chercheurs de l'ARC sont partis d'un corpus de 18 381 messages, collectés via 25 requêtes formulées en sept langues. Ils ont lu manuellement 4 922 groupes de textes jugés pertinents et analysé individuellement les cent publications les plus consultées. Les formulations qui reviennent le plus souvent évoquent une « élite juive » tirant les ficelles, une manipulation orchestrée par Israël ou le Mossad, des « comptes pro-israéliens » responsables du chaos, ou encore des références au plan Kalergi, au « grand remplacement », aux Rothschild et à l'expression « ZOG ». Pour le CAM, ce vocabulaire n'a rien d'inédit : il correspond à un schéma récurrent consistant à imputer aux Juifs et à Israël des événements mondiaux sans rapport avec eux. Le rapport signale en outre sept messages très largement vus qui appelaient directement à la violence contre les Juifs, voire à leur expulsion ou à leur extermination.

La cartographie des comptes montre que 30 % des publications provenaient de comptes islamistes, 21 % de comptes liés à l'extrême droite ou aux mouvances nationalistes blanches, 14 % de comptes spécialisés dans les théories du complot et 4 % de comptes d'extrême gauche, le reste n'étant pas identifiable. L'anglais domine ces publications (69 %), devant le français (21 %), l'arabe (5 %) et l'espagnol (3 %). Le CAM rapproche ce phénomène de précédents récents : lors du franchissement massif de la frontière espagnole à Ceuta fin juillet, 119 comptes influents avaient diffusé un récit similaire, touchant environ 103 millions de personnes en trois jours ; lors de la tentative de détournement d'un vol flydubai vers Tel-Aviv fin septembre, un premier message accusateur était apparu 67 minutes après le signal de détresse de l'appareil.

Des émeutes parties d'une contestation étudiante

Ce rapport paraît alors que la France cherche à sortir d'une crise née d'un mouvement lycéen et étudiant contre le coût de la vie, transformé en l'une des vagues de violences urbaines les plus sévères de ces dernières années. Des commerces, des bâtiments publics et une synagogue ont été vandalisés, provoquant des avis aux voyageurs de la part des États-Unis, de la Chine et de l'Allemagne. Des couvre-feux partiels, instaurés notamment à Paris, Bordeaux et Nice, ont permis un relatif apaisement dans la nuit de lundi à mardi, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui a annoncé que ces mesures seraient reconduites selon les besoins.

À Limoges, l'incendie qui a détruit l'hôtel de ville samedi, lors d'une manifestation ayant réuni environ 5 000 personnes dont 700 individus décrits par les autorités comme « radicalisés et extrêmement violents », a conduit à l'interpellation mardi matin d'un suspect né en 1992, arrêté avec l'appui du Raid de Bordeaux. L'homme, qui fait l'objet d'une fiche S pour appartenance à l'ultragauche et de connexions dans ce milieu en Haute-Vienne, est également connu pour un fait de violence contre un policier. Le parquet national antiterroriste n'a pas encore décidé de se saisir du dossier, ce qui qualifierait l'incendie d'acte terroriste selon le ministre de la Justice Gérald Darmanin.

Les réactions politiques et la suite de l'enquête

Marine Le Pen a qualifié ces émeutes de signal d'alarme révélant, selon elle, une crise profonde de l'autorité de l'État. De nouvelles manifestations, organisées par des syndicats étudiants et des mouvements proches des gilets jaunes, sont annoncées pour samedi. La garde à vue du suspect de Limoges, susceptible d'être prolongée jusqu'à 96 heures, et la décision attendue du parquet antiterroriste sur une éventuelle requalification en acte terroriste constituent les prochaines étapes judiciaires du dossier.

Questions fréquentes

Qui a publié le rapport sur les messages antisémites liés aux émeutes en France ?
L'Antisemitism Research Center (ARC), le pôle de recherche du Combat Antisemitism Movement (CAM), une coalition interconfessionnelle internationale.
Combien de messages antisémites ont été recensés sur X ?
1 384 messages publiés par 816 comptes distincts entre le 16 et le 18 octobre, sur un corpus total de 18 381 messages analysés.
Où en est l'enquête sur l'incendie de la mairie de Limoges ?
Un suspect né en 1992, fiché S pour appartenance à l'ultragauche, a été arrêté mardi. Le parquet national antiterroriste doit encore décider s'il se saisit de l'affaire.

Dossier Antisémitisme

Commentaires

    À lire aussi

    Émeutes en France : couvre-feux étendus et inquiétude de la communauté juive
    Les PRO

    Émeutes en France : couvre-feux étendus et inquiétude de la communauté juive

    Émeutes du 17 octobre en France : le conflit israélo-palestinien s'invite dans les cortèges
    Les PRO

    Émeutes du 17 octobre en France : le conflit israélo-palestinien s'invite dans les cortèges

    Émeutes en France : une synagogue parisienne vandalisée en pleine nuit de chaos urbain
    Les PRO

    Synagogue vandalisée à Paris : la piste du cambriolage l'emporte sur l'antisémitisme