Isaac Bashevis Singer : l'écrivain qui fit vivre le monde perdu du yiddish

Isaac Bashevis Singer a consacré son œuvre à ressusciter par l'écriture le monde juif polonais disparu dans la tourmente du XXe siècle. Romancier et nouvelliste de langue yiddish, il reçoit le prix Nobel de littérature en 1978 pour un art du conte enraciné dans la tradition judéo-polonaise. Son parcours, de Varsovie à New York, dessine le destin d'un écrivain resté fidèle à une langue que beaucoup croyaient condamnée.

4 min de lecturePar la rédaction
Isaac Bashevis Singer : l'écrivain qui fit vivre le monde perdu du yiddish
Photo : Israel Press and Photo Agency (I.P.P.A.) photographer · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Isaac Bashevis Singer naît sous le nom de Yitskhok-Hersh Zynger à Leoncin, en territoire polonais alors sous domination russe. Les sources ne s'accordent pas totalement sur la date exacte de sa naissance, mais son enfance est mieux documentée : il grandit dans une famille profondément marquée par la tradition rabbinique. Son père, Pinkas Mendel Singer, est rabbin et descendant du Baal Chem Tov, fondateur du hassidisme. Sa mère, Bathsheba Zylberman, est la fille du rabbin de Biłgoraj. Isaac a une sœur et un frère aînés, Hindele Esther et Joshua, et un frère cadet, Moishe.

Une enfance entre tradition et modernité à Varsovie

La famille s'installe en 1907 à Radzymin, puis dans la rue Krochmalna à Varsovie, quartier peuplé de Juifs de condition modeste. Le père d'Isaac y préside un beth din, tribunal rabbinique où il tranche les conflits conjugaux et familiaux des habitants du quartier. Le jeune Isaac se cache pour écouter ces histoires, une expérience qu'il transformera plus tard en matière littéraire dans Au tribunal de mon père. Il passe aussi plusieurs années à Biłgoraj, chez son grand-père, où il suit une éducation traditionnelle dans une école rabbinique, apprend l'hébreu moderne et s'intéresse à la kabbale.

La révolte de son frère aîné Joshua, qui coupe ses papillotes et quitte la maison familiale en 1914, marque profondément Isaac. Comme lui, il se met à lire Spinoza, Gogol, Dostoïevski et Tolstoï tout en poursuivant l'étude de la Torah. C'est Joshua, devenu écrivain et journaliste reconnu, qui introduit son cadet dans les milieux littéraires de Varsovie et lui obtient un poste de correcteur dans un journal en yiddish.

De Varsovie à New York : l'exil et les débuts difficiles

Isaac Bashevis Singer publie ses premières nouvelles en 1925 sous divers pseudonymes, puis adopte le nom de plume qui le distinguera de son frère. Son premier roman, La Corne du bélier, paraît en 1932 et dresse le tableau du judaïsme polonais du XVIIe siècle. Devant la montée de l'antisémitisme en Pologne et l'arrivée d'Hitler au pouvoir en Allemagne, il quitte l'Europe pour les États-Unis en 1935, où son frère l'a précédé. Il laisse derrière lui Rachel Poncz, dont il a eu un fils, Israël ; la promesse de les faire venir aux États-Unis ne se réalisera jamais, la mère et l'enfant partant finalement pour l'URSS puis la Palestine mandataire.

Les débuts américains sont rudes. Déraciné, Singer peine à s'adapter, tandis que les nouvelles générations juives de New York abandonnent le yiddish. Il refuse pourtant de renoncer à sa langue et continue d'écrire pour le quotidien Jewish Daily Forward, où il travaille comme correcteur. En 1937, il épouse Alma Haimann, une Juive originaire de Munich, avec qui il restera marié jusqu'à sa mort. La guerre emporte une partie de sa famille : son frère Joshua meurt en 1944, son frère cadet Moishe disparaît en URSS après avoir été déporté au Kazakhstan avec leur mère.

Une œuvre en yiddish traduite dans le monde entier

Naturalisé américain en 1943, Singer publie la même année La Famille Moskat et entame une période de grande productivité. Il livre au Forward 121 nouvelles, dont Gimpel le naïf et La Brève journée du vendredi, ainsi que des romans en feuilleton comme L'Oncle d'Amérique, Le Magicien de Lublin ou L'Esclave. Toute son œuvre est écrite en yiddish : dix-huit romans, quatorze livres pour enfants et de nombreux recueils de nouvelles, puisant leur matière dans la Pologne d'avant-guerre, le folklore ashkénaze et l'exégèse biblique.

La traduction de Gimpel le naïf par Saul Bellow en 1953 marque un tournant : le texte connaît un immense succès et ouvre à Singer un lectorat anglophone puis mondial, les traductions étrangères s'appuyant sur la version anglaise. Conscient des risques de trahison inhérents à la traduction, l'écrivain suit lui-même de près chaque adaptation de ses textes.

Le prix Nobel de littérature et la reconnaissance internationale

Son œuvre mêle observation satirique des mœurs juives et intrusion du surnaturel, démons et esprits venant peupler des récits à la fois graves et facétieux. Dans ses textes tardifs, Singer élargit son propos aux doutes de l'homme contemporain, rapprochant la souffrance humaine de celle des animaux ; il devient dans les années 1970 un défenseur militant du végétarisme. Cette œuvre, saluée par deux prix Louis Lamed et deux National Book Award, culmine en 1978 avec le prix Nobel de littérature, décerné pour « son art de conteur enthousiaste qui prend racine dans la culture et les traditions judéo-polonaises ».

Un héritage littéraire toujours vivant

Isaac Bashevis Singer meurt en 1991 à Surfside, près de Miami. Son œuvre reste aujourd'hui l'un des témoignages littéraires les plus riches sur le monde juif d'Europe orientale disparu dans la Shoah. En choisissant d'écrire en yiddish jusqu'à la fin de sa vie, alors que cette langue reculait partout, il en a fait un instrument de mémoire et de création, transmis à travers le monde grâce à ses traductions.

Questions fréquentes

Pourquoi Isaac Bashevis Singer a-t-il écrit en yiddish plutôt qu'en anglais ?
Le yiddish était sa langue maternelle et celle du monde juif polonais qu'il voulait faire revivre par l'écriture, même après son installation aux États-Unis.
Pour quelle raison a-t-il reçu le prix Nobel de littérature en 1978 ?
Le jury a salué son art de conteur enraciné dans la culture et les traditions judéo-polonaises, capable de restituer l'universalité de la condition humaine.
Quel lien avait sa famille avec la tradition hassidique ?
Son père, le rabbin Pinkas Mendel Singer, descendait du Baal Chem Tov, fondateur du hassidisme, et sa mère était fille d'un rabbin de Biłgoraj.

Sources : Wikipédia

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