Raoul Wallenberg, le diplomate suédois qui sauva des milliers de Juifs de Budapest

Né le 4 août 1912 près de Stockholm, Raoul Wallenberg est envoyé à Budapest en 1944 comme diplomate suédois. Il y organise un vaste programme de protection des Juifs hongrois menacés de déportation, au prix d'un engagement personnel considérable. Arrêté par l'Armée rouge en janvier 1945, il disparaît sans que son sort soit jamais pleinement établi.

3 min de lecturePar la rédaction
Raoul Wallenberg, le diplomate suédois qui sauva des milliers de Juifs de Budapest
Photo : Public domain · Wikimedia Commons

Un diplomate suédois envoyé à Budapest

Raoul Wallenberg naît le 4 août 1912 à Kappsta, près de Stockholm, dans une famille luthérienne liée à la puissante dynastie industrielle et financière des Wallenberg. Il étudie l'architecture aux États-Unis, travaille un temps en Afrique du Sud puis en Palestine mandataire, avant de rejoindre à Stockholm une société de commerce dirigée par un Juif hongrois, Kálmán Lauer. C'est par cette activité qu'il se familiarise avec la Hongrie et sa langue, à une époque où le régime du régent Miklós Horthy multiplie les lois antisémites.

Au printemps 1944, alors que les Allemands et leurs alliés hongrois déportent les Juifs de Hongrie au rythme de 12 000 par jour, principalement vers Auschwitz, le représentant américain du War Refugee Board à Stockholm, Iver Olsen, cherche un homme capable d'organiser un sauvetage à Budapest. Sur la recommandation de Kálmán Lauer, il choisit Wallenberg. Le 9 juillet 1944, celui-ci arrive à Budapest comme premier secrétaire de la légation suédoise.

Les passeports de protection et les maisons suédoises

Wallenberg reprend une méthode déjà employée à Budapest par le vice-consul suisse Carl Lutz : la délivrance de sauf-conduits. Avec son collègue diplomate Per Anger, il fait imprimer des « passeports de protection » présentant leurs porteurs comme des citoyens suédois en attente de rapatriement. Ces documents n'ont aucune valeur juridique réelle, mais leur apparence officielle suffit souvent à convaincre des autorités allemandes et hongroises parfois disposées à se laisser corrompre.

Avec des fonds fournis par le War Refugee Board, il loue trente-deux immeubles à Budapest, qu'il déclare protégés par l'immunité diplomatique. Des plaques comme « Bibliothèque suédoise » et de grands drapeaux suédois sont apposés sur les façades pour appuyer la ruse. Ces bâtiments finissent par héberger près de 10 000 personnes. Au plus fort de l'opération, plus de 350 personnes travaillent pour ce programme de sauvetage.

Face aux convois de déportation

Le risque pris par Wallenberg apparaît clairement dans le témoignage de Sandor Ardai, l'un de ses chauffeurs, qui raconte une scène où le diplomate intercepte un convoi de Juifs en route pour Auschwitz, sous la garde des SS et des Croix fléchées. Selon ce récit, Wallenberg grimpe sur le toit du train pour distribuer des passeports de protection à travers les portes encore ouvertes, ignorant les ordres allemands de descendre. « Les Croix fléchées ont commencé à tirer sur lui en lui criant de s'en aller (...) je suis persuadé que, si elles l'ont fait, c'est qu'elles étaient vraiment impressionnées par son courage », rapporte Ardai. Les personnes munies d'un passeport sont alors autorisées à rejoindre des voitures aux couleurs suédoises garées à proximité.

Le nombre total de personnes sauvées par Wallenberg fait l'objet d'estimations divergentes selon les sources : environ 20 000 selon le CRIF, cité dans Le Monde ; 4 500 selon l'historien Yehuda Bauer ; entre 7 000 et 9 000 selon Randolph Braham. D'autres estimations, allant jusqu'à 100 000 personnes, ont également circulé sans être confirmées avec certitude.

Arrestation et disparition en 1945

Le 17 janvier 1945, Wallenberg est arrêté par l'Armée rouge, probablement soupçonné d'espionnage au service des États-Unis. Ce qui lui arrive ensuite reste incertain. La version soviétique officielle affirme qu'il serait mort en 1947 d'une crise cardiaque en détention, mais plusieurs témoins ont déclaré l'avoir vu vivant dans des prisons russes ou sibériennes jusque dans les années 1980. En 2000, le gouvernement russe a conclu qu'il était bien mort en 1947, mais exécuté. En 2001 pourtant, des enquêteurs suédois indiquaient qu'il n'existait « pas de preuve tangible » de son sort. Il a par ailleurs été confirmé dans les années 1990 qu'il travaillait avec l'Office of Strategic Services, ancêtre de la CIA.

Un Juste parmi les nations, une mémoire vivante

En reconnaissance de son rôle pendant la Shoah, Israël lui a accordé le titre de Juste parmi les nations par le mémorial de Yad Vashem, ainsi que celui de citoyen d'honneur d'Israël. Il est fait citoyen d'honneur des États-Unis en 1981, devenant le deuxième récipiendaire de cette distinction, puis citoyen d'honneur du Canada et de la Hongrie. De nombreux monuments, rues, parcs, comités et instituts portant son nom perpétuent aujourd'hui sa mémoire à travers le monde, rappelant l'exemple d'un diplomate qui a choisi d'agir face à la persécution.

Questions fréquentes

Combien de personnes Raoul Wallenberg a-t-il sauvées ?
Les estimations varient selon les sources : environ 20 000 selon le CRIF, 4 500 selon l'historien Yehuda Bauer, entre 7 000 et 9 000 selon Randolph Braham, et jusqu'à 100 000 selon d'autres estimations non confirmées.
Qu'est devenu Raoul Wallenberg après son arrestation ?
Arrêté par l'Armée rouge le 17 janvier 1945, son sort reste incertain. La version soviétique évoque une mort en 1947 par crise cardiaque, mais des témoins l'ont dit vu vivant plus tard, et des enquêteurs suédois affirmaient en 2001 n'avoir aucune preuve tangible de son destin.
Pourquoi Wallenberg est-il reconnu Juste parmi les nations ?
Yad Vashem lui a accordé ce titre en raison de son action à Budapest, où il a délivré des passeports de protection et organisé l'abri de milliers de Juifs hongrois menacés de déportation, au péril de sa propre sécurité.

Sources : Wikipédia

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