Chiune Sugihara : le diplomate japonais qui sauva des milliers de Juifs à Kaunas

Vice-consul du Japon à Kaunas, en Lituanie, Chiune Sugihara a délivré en 1940 des milliers de visas de transit à des réfugiés juifs, au mépris des ordres de Tokyo. Cet acte de désobéissance lui coûtera sa carrière, mais lui vaudra d'être reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem. Né le 1er janvier 1900 et mort le 31 juillet 1986, il reste l'un des « amis d'Israël » les plus cités de la Shoah.

4 min de lecturePar la rédaction
Chiune Sugihara : le diplomate japonais qui sauva des milliers de Juifs à Kaunas
Photo : Unknown authorUnknown author · Public domain · Wikimedia Commons

Chiune Sugihara naît le 1er janvier 1900 près du temple bouddhiste Kyosen-ji, dans la ville de Mino, préfecture de Gifu. Son père travaille dans un bureau fiscal, sa mère appartient à la classe moyenne supérieure. Chiune est le deuxième d'une fratrie de cinq garçons et une fille. La famille déménage plusieurs fois avant qu'il n'entre, en 1918, à l'université de Waseda, où il obtient un diplôme de langue anglaise. Il fréquente aussi une fraternité chrétienne pour perfectionner son anglais.

Une formation tournée vers la Russie et l'Europe

En 1919, Sugihara réussit l'examen des bourses du ministère japonais des Affaires étrangères. Après un service militaire de 1920 à 1922 comme lieutenant en Corée, il démissionne et passe avec succès l'examen de russe du ministère. Affecté à Harbin, en Chine, il devient un spécialiste des affaires russes. Il s'y marie une première fois et se convertit au christianisme orthodoxe russe. En 1935, il quitte son poste de ministre adjoint aux Affaires étrangères en Mandchourie pour protester contre les mauvais traitements infligés par les autorités japonaises aux populations chinoises locales. De retour au Japon, il épouse Yukiko Kikuchi, avec qui il aura quatre fils.

Vice-consul à Kaunas, aux portes de l'enfer

En 1939, Sugihara est nommé vice-consul du Japon à Kaunas, en Lituanie. Sa mission officielle consiste à surveiller les mouvements de troupes soviétiques et allemandes pour en informer Tokyo et Berlin, et à coopérer avec les services de renseignement polonais. Lorsque l'Union soviétique occupe la Lituanie en 1940, des centaines de réfugiés juifs, polonais et lituaniens, se pressent devant les consulats étrangers pour obtenir un visa de sortie. À cette époque, les Juifs représentent, selon la source, un tiers de la population urbaine du pays et la moitié des habitants de chaque ville.

Des milliers de visas délivrés contre les ordres de Tokyo

Le ministère japonais exige que les visas ne soient accordés qu'à des candidats disposant de fonds suffisants et d'un visa vers une troisième destination. Sugihara interroge trois fois sa hiérarchie, qui refuse toute exception. Entre le 16 juillet et le 3 août 1940, le consul honoraire néerlandais Jan Zwartendijk délivre plus de 2 200 visas fictifs vers Curaçao ou la Guyane néerlandaise, sans exigence d'entrée réelle. En bonne intelligence avec lui, Sugihara décide, du 18 juillet au 28 août 1940, d'ignorer les instructions de Tokyo et d'émettre des visas de transit de dix jours vers le Japon. Ce geste est inhabituel pour un fonctionnaire subalterne dans la hiérarchie diplomatique japonaise. Il obtient aussi des autorités soviétiques l'autorisation, pour cinq fois le prix normal, de faire voyager les réfugiés par le Transsibérien.

Sugihara écrit des visas dix-huit à vingt heures par jour, produisant chaque jour l'équivalent d'un mois de délivrance normale, environ trois cents par jour. Interrogé plus tard sur les raisons de son choix, il aurait cité un adage samouraï : « Même un chasseur ne peut tuer l'oiseau qui vole vers lui en cherchant un refuge. » Beaucoup de bénéficiaires étaient chefs de famille, ce qui leur permettait d'emmener leurs proches.

Le dernier train de Kaunas

Le 4 septembre 1940, Sugihara doit quitter son poste avant la fermeture du consulat. Avant de partir, il remet le tampon consulaire à un réfugié afin que d'autres visas puissent encore être produits. Selon des témoins, il continue d'écrire des documents jusqu'à la gare, puis depuis la fenêtre du train, jetant des feuillets déjà tamponnés à la foule des réfugiés. « S'il vous plaît, pardonnez-moi. Je ne peux pas écrire plus. Je vous souhaite le meilleur », aurait-il dit avant de saluer la foule.

Une carrière sacrifiée, une reconnaissance tardive

Sugihara est ensuite affecté à Königsberg, puis consul général à Prague de mars 1941 à fin 1942, et à la légation de Bucarest de 1942 à 1944. Il est promu troisième secrétaire en 1943. Sa désobéissance de 1940 lui vaut cependant d'être écarté du corps diplomatique japonais en 1945, sans qu'aucune récompense officielle ne suive à l'époque. Le Japon ne le réhabilite qu'après sa mort, survenue le 31 juillet 1986. De son vivant, il confiait son étonnement face au silence des autorités : « Personne n'a jamais rien dit à ce sujet. Je me souviens avoir pensé qu'ils ne se rendaient probablement pas compte du nombre que j'ai réellement émis. »

L'héritage de Sugihara aujourd'hui

Surnommé le « Schindler japonais », Chiune Sugihara a été reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem pour avoir sauvé, selon les sources, des milliers de Juifs de Lituanie et de Pologne au péril de sa carrière. Son parcours illustre la possibilité, même pour un fonctionnaire isolé et sans pouvoir politique, de s'opposer à une administration pour sauver des vies. Son geste reste aujourd'hui cité en exemple dans l'histoire des Justes parmi les nations.

Questions fréquentes

Qui était Chiune Sugihara ?
Un diplomate japonais, vice-consul à Kaunas en Lituanie en 1940, qui a délivré des milliers de visas de transit à des réfugiés juifs au mépris des ordres de son ministère.
Pourquoi Sugihara a-t-il été reconnu Juste parmi les nations ?
Yad Vashem lui a rendu cet hommage pour avoir sauvé des milliers de Juifs de Lituanie et de Pologne en 1940, en risquant sa carrière diplomatique.
Qu'est-il devenu après la guerre ?
Il a été exclu du corps diplomatique japonais en 1945 et n'a été réhabilité par l'État japonais qu'après sa mort, en 1986.

Sources : Wikipédia

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