Trump vient de réaliser un coup de maître monumental – et les commentateurs vont mettre trois jours à s’en apercevoir

Deux accords, une vision, un même président, et (presque) tout le monde n’y a vu que du feu.

Le protocole d’accord conclu par l’administration Trump avec l’Iran a été présenté comme une voie vers la stabilité, mais son esprit sous-jacent est selon mon analyse, sans équivoque : Trump veut faire croire à l’Iran qu’il veut le calme à presque n’importe quel prix (ce qui est vrai, mais qu’en partie – les deux bombardements américains du week-end sur l’Iran étaient là pour leur rappeler qui est le patron).

Puis il s’est passé vendredi un événement majeur, magistral, qui confirme ce que je dis avec force depuis des mois : 1) avec Trump, il faut savoir attendre et s’abstenir de conclure trop vite, 2) le Memorendum ne veut rien de plus qu’un bout de papier.

Le préambule aux discussions (MOU) est loin d’avoir dévoilé les objectifs du président américain – sauf pour ceux qui devinent le très complexe futur géopolitique du Moyen-Orient (mais sont incapables de savoir de quoi demain sera fait). Pour l’instant, il est certain que pour Trump, ce préambule implique d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme atomique, de donner la priorité à la baisse des cours du pétrole, de stabiliser les marchés mondiaux, de traverser les élections de mi-mandat et de mettre fin au paradigme d’une « guerre sans fin ».

Coup de théâtre : le front libanais

L’Iran voulait s’assurer que le Liban reste au premier plan de ses priorités, car c’est au Liban que le pouvoir du Hezbollah se traduit en réalité politique, et qu’il servait à dissuader Israël de l’attaquer pour entraver le développement de son arme nucléaire. Ce protocole d’accord vise pour les Iraniens à consolider le Hezbollah en tant que force centrale au sein du Liban.

Trump a laissé les Iraniens le croire. C’est probablement pour cela qu’il a envoyé le vice-président Vance, un pro-isolationniste qui ne voulait pas faire la guerre à l’Iran, afin d’endormir les mollahs. Il a même laissé Vance signer le document. Au final, le MOU (mémorandum d’entente) a fait hurler les naïfs, car il donnait à croire que le Hezbollah resterait en place et qu’Israël se retirerait du Liban.

C’était même écrit en toutes lettres au paragraphe 1 :

« Les États-Unis d’Amérique et la République islamique d’Iran, ainsi que leurs alliés dans la guerre actuelle, en signant le présent protocole d’accord, déclarent la cessation immédiate et définitive des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban, et s’engagent dès à présent à ne plus déclencher aucune guerre ni aucune opération militaire les uns contre les autres, à s’abstenir de toute menace ou recours à la force les uns contre les autres, et à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. L’accord définitif confirmera la cessation définitive de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban, ainsi que les autres dispositions du présent paragraphe. »

En clair : Israël doit se retirer immédiatement du Liban.

Ce que les Iraniens n’avaient pas prévu, c’est qu’ils sont peut-être bons aux échecs, mais Trump joue au billard à trois boules.

Est arrivé le secrétaire d’Etat Marco Rubio, qui a signé avec le Liban et Israël quelque chose de fondamentalement différent du MOU.

Il n’a signé ni un préambule d’accord, ni une trêve, ni une échappatoire politique, mais un accord de sécurité et de mise en œuvre du cessez-le-feu. La principale caractéristique de l’accord signé entre le Liban et Israël réside dans le fait qu’il s’agit d’un accord trilatéral sur le plan opérationnel (Israël-Liban- Etats-Unis), négocié et « garanti » par les États-Unis.

Récapitulons :

  • Un protocole d’accord (MOU) se distingue fondamentalement, tant en droit international que dans la pratique diplomatique. Il est non contraignant et il définit un objectif et des principes/
  • Accord entre Israël et Liban définit les obligations opérationnelles, les modalités du cessez-le-feu, les conditions du retrait, les règles de déploiement, et les mécanismes de vérification.

Alors que l’Iran ne peut accepter que le Liban reprenne sa souveraineté, que le Hezbollah soit écarté de l’équation militaire, c’est exactement ce que Rubio a signé.

Ce coup magistral lève le voile sur les tactiques du président Trump : retourner contre l’ennemi les fractures manifestes qui existent au sein de Washington.

  1. JD Vance l’isolationniste a proposé et promu un protocole d’accord avec l’Iran fondé sur l’opportunisme, tandis que l’approche du défenseur d’Israël Marco Rubio vis-à-vis du Liban est ancrée dans une philosophie différente — celle où le pouvoir est utilisé au service de la justice, où la diplomatie est mise au service de la libération d’un pays, et où la puissance américaine soutient un allié fort, Israël, et un allié à genoux, le Liban, tout en affaiblissant le réseau des proxys de l’Iran.
  2. Trump a laissé dire à quel point il se laissait rouler dans la farine par les Iraniens. Il a laissé dire que ces derniers jouent des négociations pour gagner du temps. Il a ignoré ceux qui affirment qu’ils refont à Trump exactement ce qu’ils ont fait à Obama, ce qui a rassuré les mollahs dans leur certitude qu’ils jouent la bonne carte, que Trump n’est pas fondamentalement différent de ces lourdauds américains, et qu’ils peuvent le mener par le bout du nez jusqu’à atteindre leurs objectifs. Se sentant sûrs d’eux, ils ont manqué d’attention et n’ont pas vu le piège arriver. Il s’est retourné contre eux avant même qu’ils le voient s’approcher.

L’accord sur le Liban ne se contente pas de remettre en cause le préambule d’accord avec l’Iran ; il en a détruit le fondement même. La paix véritable passe par le démantèlement du rôle néfaste du Hezbollah, c’est la doctrine de l’effet domino que Trump a déjà mis en œuvre en 2016 avec la Chine et le Proche-Orient.

L’accord stipule (rappelons qu’il a été signé par le gouvernement libanais ) :

  • Le retrait des Forces de défense israéliennes (FDI) passe par un désarmement vérifié, et non par une déclaration politique libanaise affirmant que « le problème du Hezbollah est réglé » :

« L’Armée libanaise rétablira l’autorité souveraine effective sur l’ensemble du territoire libanais, sous réserve du désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associés, ce qui permettra aux Forces de défense israéliennes (FDI) de se retirer progressivement du territoire libanais. » (paragraphe 2)

et :

« La mise en œuvre réussie [du désarmement], et les mécanismes de vérification [par les Etats-Unis] visant à faire avancer ce processus ouvriront la voie à des relations stables et pacifiques entre les deux pays et permettront aux Forces de défense israéliennes (FDI) de se retirer du territoire libanais. » (paragraphe 2)

Et le lien structurel qui crée une logique de retrait conditionnel est le suivant :

« Le gouvernement israélien et le gouvernement libanais s’engagent à mettre en œuvre un processus réciproque et progressif, assorti de conditions claires, dans le cadre duquel les Forces armées libanaises (FAL) rétabliront leur autorité souveraine effective sur l’ensemble du territoire libanais, sous réserve du désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures associées, ce qui permettra aux Forces de défense israéliennes (FDI) de se retirer progressivement du territoire libanais. »

C’est le cœur de la mécanique :

  1. Processus séquencé (processus réciproque et séquentiel)
  2. Conditions explicites (à des conditions claires)
  3. Prise de contrôle par l’armée libanaise (LAF)
  4. Désarmement vérifié des groupes armés non étatiques
  5. Puis ensuite seulement : redéploiement progressif de l’IDF

et les Etats-Unis sont sollicités pour assister le Liban et faire en sorte que son engagement à désarmer le Hezbollah ne reste pas lettre morte : finies les parlottes, place aux actes concrets, aux vérifications terre-à-terre, vérifiables et vérifiées, et pas de retrait d’Israël tant que les résultats concrets ne sont pas effectifs :

« Le gouvernement libanais se félicite de la volonté des États-Unis de soutenir ces efforts, tout en reconnaissant que toute nouvelle aide américaine sera strictement subordonnée à des étapes vérifiables, à une transparence totale, à des résultats tangibles et à un suivi continu. »

Plus important encore, la « condition relative au Hezbollah » figure parmi les obligations du Liban :

« Le gouvernement libanais rétablira le monopole de l’État sur l’usage de la force, parviendra à un désarmement complet et vérifié de tous les groupes armés non étatiques, et veillera à ce que ces groupes n’aient aucun rôle militaire ou sécuritaire et ne disposent d’aucune capacité armée où que ce soit au Liban. » (paragraphe 4)

Le paragraphe 5 est encore plus explicite quant au lien entre la menace que représente le Hezbollah et la présence israélienne :

« Le gouvernement israélien souligne que la fin de cette menace, grâce au désarmement et au démantèlement de ces groupes sur l’ensemble du territoire libanais, ainsi qu’à des dispositions supplémentaires en matière de sécurité à convenir entre les deux pays, rendra inutile toute action militaire ou présence future des Forces de défense israéliennes au Liban. »

Ici, le raisonnement est le suivant :

  • la présence militaire israélienne est présentée pour la première fois comme une conséquence de la menace et non une cause ;
  • la disparition de cette menace (désarmement/démantèlement + mesures de sécurité) supprime la nécessité d’une présence militaire.

Les conséquences se font désormais sentir. Dès l’annonce de l’accord, les partisans du Hezbollah ont tenté de mettre le feu à Beyrouth.

Le MOU n’a pas fait gagner du temps aux Mollahs, comme tout le monde l’a hurlé, il a fait gagner du temps à Trump ! L’accord sur le Liban a remis la vérité et la morale au centre du débat. Israël a toutes les cartes en main, et Trump a montré à des observateurs et des analystes qui n’ont encore rien vu, que les mollahs ont signé un bout de papier avec lequel ils peuvent faire des confettis.

Avec ce que je viens de vous expliquer, et si vous vous abstenez prudemment de faire des plans sur la comète et de lire le futur, qui a roulé l’autre dans la farine ?

© Jean-Patrick Grumberg pour .

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