Hossein Taeb : le haut responsable qui fait le lien entre Mojtaba Khamenei, absent, et les dirigeants iraniens
Il a été nommé conseiller auprès du commandant des Gardiens de la révolution et a conservé des liens étroits avec le bureau du Guide suprême. Des rapports émanant de centres de recherche occidentaux, notamment de l’Institute for the Study of War (ISW), continuent de le présenter comme l’un des membres les plus éminents du cercle intérieur de Mojtaba Khamenei.
Depuis l’élimination d’Ali Khamenei lors de l’attaque conjointe américano-israélienne contre Téhéran, et l’élection de son fils Mojtaba au poste de troisième Guide suprême de l’Iran par l’Assemblée des experts, le 9 mars, une question centrale est apparue concernant la structure du pouvoir dans le pays : comment les relations entre le nouveau Guide suprême et les hauts responsables de l’État sont-elles gérées, compte tenu de son absence totale de la scène publique ?
Selon la Constitution iranienne, le Guide suprême est l’autorité suprême de l’État et le commandant en chef des forces armées. Il dispose de pouvoirs très étendus, notamment celui de définir les grandes orientations politiques du pays, de commander les forces armées, de nommer les hauts responsables militaires, de nommer le chef de l’autorité judiciaire ainsi que plusieurs autres hauts fonctionnaires. L’accès au Guide suprême et la transmission de ses directives et décisions constituent donc l’un des aspects les plus importants du fonctionnement du pouvoir.
Depuis son élection par l’Assemblée des experts, Mojtaba Khamenei n’est apparu lors d’aucun événement public, aucune réunion officielle ni aucune communication publique. Il était également absent aux funérailles de son père, et les médias officiels n’ont jusqu’à présent publié aucune photographie de ses réunions ou de ses échanges. Cette absence prolongée a alimenté de nombreuses spéculations sur le fonctionnement du bureau du Guide suprême et sur les mécanismes par lesquels il communique avec les institutions de l’État.
Le président iranien Massoud Pezeshkian est le seul haut responsable à avoir publiquement déclaré avoir rencontré le nouveau Guide suprême. Pezeshkian avait déjà confirmé avoir rencontré Mojtaba Khamenei, mais dans ses dernières déclarations, il a décrit ses communications avec lui comme « extrêmement difficiles », laissant entendre que même les hauts responsables de l’État ne disposent pas d’un accès direct à lui.
Parmi toutes les personnalités influentes en Iran, le nom de Hossein Taeb est davantage cité que celui de toute autre personnalité comme intermédiaire entre Mojtaba Khamenei et les institutions du pouvoir.
Taeb est né à Téhéran en 1963 et a commencé ses études religieuses dans la ville de Qom avant de rejoindre les Gardiens de la révolution après la révolution iranienne. Pendant la guerre Iran-Irak, il a servi dans une unité où Mojtaba a également servi pendant une certaine période. De nombreux chercheurs et sources estiment que les deux hommes se sont rencontrés pour la première fois et ont développé à cette époque une relation de confiance étroite, un lien qui s’est prolongé pendant quatre décennies et qui est devenu l’un des maillons sécuritaires les plus importants de la structure du pouvoir iranien.
Après la guerre, Taeb a occupé une série de fonctions au sein des Gardiens de la révolution et de la milice Basij, avant de se rapprocher progressivement du bureau du Guide suprême. Il a d’abord exercé différentes fonctions au sein du bureau d’Ali Khamenei, puis a pris le commandement du Basij, avant d’être nommé en 2009, dans le contexte des vastes manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle, à la tête de la nouvelle Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution.
Au cours de ses presque treize années à ce poste, le service de renseignement des Gardiens de la révolution est passé du statut d’agence auxiliaire à celui d’institution la plus importante en matière de sécurité intérieure en Iran. Il est devenu un acteur majeur dans les affaires politiques et sécuritaires, la traque des opposants au régime, l’espionnage, la cybersécurité et la prise de décisions stratégiques. De nombreux analystes estiment que l’influence de cette organisation durant cette période a même dépassé celle du ministère du Renseignement, faisant de Hossein Taeb le responsable du renseignement le plus puissant d’Iran.
Son rôle dans la répression des manifestations de 2009 et de celles de novembre 2019, ainsi que sa gestion de nombreux dossiers de sécurité, ont conduit à l’inscription de son nom sur les listes de sanctions des États-Unis et de l’Europe, en plus des sanctions imposées par d’autres pays.
En juin 2022, Hossein Taeb a été limogé de son poste de chef de l’Organisation du renseignement des Gardiens de la révolution, une décision que beaucoup ont liée aux échecs du renseignement et aux nombreuses infiltrations des services de renseignement israéliens en Iran. Toutefois, selon la chaîne Al Arabiya, son limogeage ne signifiait pas qu’il sortait du cercle du pouvoir.
Il a immédiatement été nommé conseiller auprès du commandant des Gardiens de la révolution et a conservé des liens étroits avec le bureau du Guide suprême. Des rapports émanant de centres de recherche occidentaux, notamment l’Institute for the Study of War (ISW) et le Critical Threats Project, continuent de le présenter comme l’un des membres les plus éminents du cercle intérieur de Mojtaba Khamenei.
L’absence totale de Mojtaba Khamenei de la vie publique a accru l’importance des personnalités qui ont accès à lui.
Parmi les commandants des Gardiens de la révolution et les responsables de la sécurité, Hossein Taeb se distingue pour plusieurs raisons. La première est sa relation personnelle, établie de longue date, avec Mojtaba Khamenei, qui remonte aux années de la guerre Iran-Irak dans les années 1980. La deuxième réside dans ses années de travail au sein du bureau du Guide suprême et dans sa direction du principal appareil de renseignement des Gardiens de la révolution. La troisième est la confiance réciproque en matière de sécurité qui s’est instaurée entre eux au cours des trois dernières décennies.
Pour cette raison, de nombreux analystes estiment que Taeb n’est plus simplement un conseiller en matière de sécurité, mais qu’il est devenu l’un des principaux canaux par lesquels les directives et les décisions du nouveau Guide suprême sont transmises aux dirigeants des Gardiens de la révolution, aux services de renseignement et aux hauts responsables iraniens.
Bien que les autorités iraniennes n’aient pas officiellement confirmé l’existence d’un tel rôle et n’aient pas non plus révélé comment Mojtaba Khamenei communique avec les institutions de l’État, tous les rapports publiés par les médias et les centres de recherche internationaux décrivent Hossein Taeb comme la personnalité sécuritaire la plus proche du nouveau Guide suprême.
L’absence prolongée de Mojtaba, conjuguée à l’accès limité dont il dispose, a conduit à l’émergence de personnalités de confiance agissant comme intermédiaires entre le Guide suprême et les institutions du pouvoir, Hossein Taeb étant particulièrement mis en avant.
Bien qu’aucun document officiel ne définisse précisément la nature de sa fonction, le rapport d’Al Arabiya indique que Taeb demeure l’une des personnalités les plus influentes dans les coulisses du pouvoir iranien et le candidat le plus évident pour jouer le rôle d’intermédiaire entre le Guide suprême absent et les centres de décision politiques, sécuritaires et militaires. Une influence qui repose davantage sur la confiance personnelle et sur la relation de longue durée qui le lie à Mojtaba Khamenei que sur une fonction officielle.
JForum.Fr
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

