« Un État qui a franchi une limite que même les régimes les plus obscurs du XXᵉ siècle s’efforçaient de ne pas dépasser n’a pas besoin d’un nouveau « mécanisme de contrôle », mais de quelqu’un qui l’empêche de mettre en œuvre la doctrine raciale selon laquelle il agit. », écrit le quotidien israélien Haaretz.
» Alors que de nombreux citoyens du pays continuent de placer leurs espoirs dans le système judiciaire, un regard lucide montre que la justice israélienne constitue un maillon supplémentaire de la machine criminelle qu’est devenu l’État d’Israël. La société israélienne n’est pas capable — et beaucoup de ses membres ne le souhaitent même pas — d’arrêter ce qui est en train de se produire », estime le journal.
Une centaine de détenus palestiniens morts en prison… et aucune inculpation
« L’armée israélienne a ouvert des dizaines d’enquêtes sur la mort de Gazaouis en détention, mais personne n’a été inculpé, a rapporté Haaretz. Dans la plupart des enquêtes, l’armée affirme ne pas savoir qui sont les suspects ni à quel moment les décès se sont produits. Pourtant, ces morts sont survenues dans des installations fermées, clôturées et équipées de caméras, où toutes les entrées et sorties sont enregistrées et où les personnes présentes font l’objet d’une surveillance étroite tout au long de leur séjour », écrit le quotidien israélien Haaretz.

« Il ne s’agit ni d’un dysfonctionnement ni d’une « défaillance systémique »., poursuit le journal. Un système incapable d’établir pourquoi et comment une personne dont il a la responsabilité est morte n’est pas un système d’enquête qui a échoué, mais un système dont la fonction est de produire de l’ignorance chez ses citoyens. Ceux-ci savent qu’il vaut mieux ne pas chercher à savoir ce qui se passe derrière ces hauts murs. »
« Les éléments du système qui permet ces crimes sont connus. Les soldats ou policiers impliqués harmonisent leurs témoignages, les témoins palestiniens sont présentés comme des menteurs, les preuves disparaissent, l’enquête est ouverte (quand elle l’est) avec retard afin de n’aboutir à rien, et il ne reste plus au procureur militaire qu’à annoncer l’existence de « difficultés probatoires ». Cette technique est caractéristique des systèmes criminels, où il n’est même plus nécessaire de formuler les choses explicitement. . « Les commandants ne peuvent pas vraiment faire face aux réservistes », écrivait Yaniv Kubbowitz .
Kubbowitz ne mentionnait toutefois pas un élément essentiel du processus. Le soldat qui commet un crime sait que personne ne le convoquera pour l’interroger ; l’enquêteur sait que personne n’attend de lui qu’il identifie le responsable ; le procureur sait quelle décision favorisera sa carrière et laquelle le fera passer pour un traître. À mesure que les crimes commis par les soldats sur le terrain se multiplient, et que le nombre de leurs complices —commandants, enquêteurs, procureurs — augmente, l’application de la loi devient politiquement et socialement impossible.
L’ouverture des dossiers ne révélerait pas seulement quelques « pommes pourries » dans « l’armée la plus morale du monde », mais tout un verger rongé par les vers. Cela vaut également pour les meurtres de Palestiniens commis par des civils, c’est-à-dire des colons. Ceux-ci viennent — comme ils l’ont fait le week-end dernier — « se promener » aux abords de villages palestiniens dans le but de semer la terreur parmi leurs habitants. Ils le font avec l’accompagnement de l’armée et à la faveur d’une entente tacite entre les colons et les hommes en uniforme.
Dans les régimes les plus sombres, qui ont fait du meurtre une méthode de gouvernement, il arrivait pourtant que l’on traduise en justice ceux qui tuaient et pillaient en dehors de leur propre « ordre » et de leur propre « légalité ». Non par souci d’intégrité, mais parce que même un régime criminel cherche à conserver le monopole du crime : s’assurer que les homicides sont commis sur ordre, ou conformément à des objectifs et à des plans, et non à l’initiative d’individus
Israël a renoncé à l’apparence de légalité
« Le lexique de la brutalité » vise à présenter le vocabulaire utilisé par les Israéliens lorsqu’ils parlent de la guerre : « dommages collatéraux », « il n’y a pas de personnes non impliquées », « zone de destruction », « migration volontaire », « victoire totale », « raser Gaza », et bien d’autres.
Israël, en 2026, après près de trois années de génocide dans la bande de Gaza, a même renoncé à cette apparence de légalité. Le crime n’est plus seulement exempt de sanctions: il est célébré au grand jour.
La minorité de criminels condamnés durant la période précédente, comme Elor Azaria, n’a même plus besoin d’être graciée. Comme l’a récemment déclaré le ministre de la Défense, Israel Katz, Azaria est « un soldat exemplaire ». S’il a payé ce prix c’est parce qu’il a été filmé en train de commettre un crime, et non à cause du crime lui-même.

À présent, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, se fait photographier en souriant avec fierté, tenant en main un rapport de l’ONG La Paix Maintenant (שלום עכשיו) sur les pogroms commis en Cisjordanie et l’accélération de l’annexion. L’acte d’accusation est devenu un certificat d’excellence, et le criminel un modèle à suivre.
Un enfant par jour tué à Gaza : une routine
Pendant ce temps, dans la bande de Gaza, l’armée de l’air continue de tuer en moyenne un enfant palestinien par jour. Pour ces victimes, aucune enquête n’est même ouverte, pas même une enquête destinée à n’aboutir à rien. Il n’en est plus besoin, puisque tuer des enfants n’est désormais plus un acte qui appelle une investigation. C’est devenu une routine.

Un État qui a franchi une limite que même les régimes les plus obscurs du XXᵉ siècle s’efforçaient de ne pas dépasser n’a pas besoin d’un nouveau « mécanisme de contrôle », mais de quelqu’un qui l’empêche de mettre en œuvre la doctrine raciale selon laquelle il agit. Alors que de nombreux citoyens du pays continuent de placer leurs espoirs dans le système judiciaire, un regard lucide montre que la justice israélienne constitue un maillon supplémentaire de la machine criminelle qu’est devenu l’État d’Israël. La société israélienne n’est pas capable — et beaucoup de ses membres ne le souhaitent même pas — d’arrêter ce qui est en train de se produire.
L’histoire a déjà montré comment cela se termine : la société allemande ne s’est ni ressaisie ni guérie d’elle-même ; elle n’a commencé à se reconstruire qu’après sa défaite et son occupation par des puissances étrangères, qui lui ont imposé le démantèlement du régime et de ses institutions, ainsi que la traduction en justice d’une partie de ses criminels. Ce n’est qu’alors, lentement et au prix d’un processus douloureux, qu’une société rongée par la haine des Juifs a commencé à réapprendre ce que sont le droit et la morale.
Nous n’écrivons pas cela à la légère, mais il n’y a plus d’autre manière de le dire : une intervention étrangère est nécessaire. À défaut, le nombre de corps de Palestiniens ne fera qu’augmenter. »
CAPJPO-Europalestine
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