Yom haShoah ; Une sirène pour ne pas oublier
Dans un climat marqué par les tensions régionales et la menace persistante de l’Iran, Israël commémore cette année la Journée du souvenir de l’Holocauste dans une atmosphère singulière, mêlant recueillement et vigilance. Alors que les sirènes d’alerte ont rythmé le quotidien ces dernières semaines, une autre sirène, bien différente, retentira mardi matin à 10 heures à travers le pays : celle du souvenir, dédiée aux six millions de Juifs assassinés pendant la Shoah. Un moment suspendu, où la population s’immobilise, non pas pour se protéger, mais pour se souvenir.
La cérémonie officielle s’est ouverte lundi soir au mémorial de Yad Vashem, dans un format préenregistré, conséquence directe du contexte sécuritaire. Habituellement organisée en présence des plus hautes autorités et du public, elle a cette fois été adaptée pour limiter les risques. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Isaac Herzog y ont pris la parole, aux côtés de survivants venus allumer les six torches commémoratives, symbole des millions de victimes du génocide nazi. Cette transmission de mémoire, incarnée par les derniers témoins encore en vie, prend une dimension particulière à mesure que leur nombre diminue.
Au-delà de la cérémonie, l’ensemble du pays s’inscrit dans cette journée de recueillement. Après la sirène nationale, une cérémonie de dépôt de gerbes se tient à huis clos à Yad Vashem, tandis que d’autres événements, ouverts au public, permettent d’entretenir la mémoire collective. Des visites guidées, des rencontres avec des survivants et des initiatives comme « Zikaron Basalon », qui invite les citoyens à accueillir des témoins chez eux, témoignent d’une volonté de transmission directe entre générations. Cette approche, plus intime, vise à ancrer l’histoire dans le vécu et à éviter qu’elle ne devienne abstraite.
Mais cette commémoration ne se déroule pas dans un vide politique. Elle s’inscrit dans un contexte de confrontation avec l’Iran, que les autorités israéliennes n’hésitent pas à évoquer en parallèle. Lors d’une rencontre avec les porteurs de flamme, Benjamin Netanyahu a souligné ce qu’il présente comme un basculement historique : d’un peuple persécuté à un État capable de se défendre et de projeter sa puissance. Cette lecture, qui insiste sur la transformation stratégique d’Israël depuis 1945, vise à établir un lien direct entre mémoire et sécurité nationale. Elle suscite toutefois des débats, certains y voyant une politisation du souvenir.
À l’échelle internationale, la commémoration prend également une dimension globale. Des cérémonies sont organisées dans plusieurs pays, notamment au Royaume-Uni, au Canada, en Pologne ou encore aux États-Unis. La Marche des vivants, entre Auschwitz et Birkenau, rassemble des milliers de participants, dont une cinquantaine de survivants, dans un symbole fort de résilience. Partout, la même préoccupation domine : préserver la mémoire alors que disparaissent les derniers témoins directs de la Shoah.
Dans ce contexte, la Journée du souvenir de l’Holocauste apparaît comme un moment à double portée. Elle reste un temps de recueillement universel, mais elle s’inscrit aussi dans les réalités contemporaines d’un État confronté à des menaces sécuritaires. Entre mémoire du passé et tensions du présent, Israël rappelle, une fois encore, que l’histoire continue de peser sur les choix et les discours d’aujourd’hui.
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